Avenue Francis Planté, à Saint-Avit, le trafic s'arrête. Le pont qui enjambait la Douze pour relier le centre-bourg à la route de Canenx est fermé depuis ce mardi 2 juin 2026, pour une durée estimée à environ dix-huit mois. La décision, unanime, a été prise par Frédéric Dutin, président de Mont de Marsan Agglomération, Jean-Guy Baché, vice-président en charge de la Voirie et du Patrimoine communautaire, et Bernadette Young, maire de Saint-Avit. Une fermeture immédiate s'imposait face à une altération structurelle jugée incompatible avec la sécurité des usagers.
Ce pont centenaire, propriété de la commune de Saint-Avit mais dont l'entretien relève de Mont de Marsan Agglomération, ne traversait pas seulement une rivière. Il traversait aussi le temps, reliant les habitants d'un bourg au coeur du pays de Marsan à la ville voisine de Mont-de-Marsan, distante de trois kilomètres. Son histoire est celle de Saint-Avit elle-même, commune discrète du département des Landes, nichée à l'orée du parc naturel régional des Landes de Gascogne et portant le nom d'un saint du Ve siècle, Avit, évêque de Vienne né vers 450 et décédé vers 525.
La Douze, rivière qui coule sous l'ouvrage, n'est pas un simple cours d'eau de fond de vallée. Née en Armagnac dans le département du Gers, elle parcourt 123 kilomètres avant de rejoindre le Midou à Mont-de-Marsan, donnant naissance à la Midouze, affluent de l'Adour. Ces rivières ont façonné le territoire depuis des siècles. Dès la fin du XIe siècle, elles constituaient des barrières naturelles pour les sites médiévaux de la région, avant de devenir des axes de vie, de commerce et de passage. Le pont de Saint-Avit s'inscrit dans cette continuité : un maillon modeste mais vital du maillage rural landais.
Saint-Avit a traversé les grandes turbulences de l'histoire nationale. De la guerre de Cent Ans aux guerres de Religion, jusqu'à la Révolution française, le village a subi destructions et reconstructions. Son église, qui porte le même nom que le saint patron de la commune, fut pillée, vandalisée et même incendiée. Elle fut chaque fois relevée. Le pont, lui, a tenu. Jusqu'à aujourd'hui.
Une dégradation documentée depuis 2020
La fermeture du pont de Saint-Avit n'est pas une surprise de dernière heure. Elle est l'aboutissement d'un processus de surveillance et d'alerte enclenché il y a six ans. En 2020, une première évaluation technique avait classé l'ouvrage dans la catégorie la plus dégradée du parc d'ouvrages d'art, en raison d'une capacité portante insuffisante. Le pont avait alors été limité en tonnage, restriction appliquée pour en prolonger l'usage sans compromettre la sécurité.
En juillet 2024, une expertise menée par le Cerema dans le cadre du Programme National Ponts est venue confirmer ce diagnostic. Le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement, référent public en aménagement qui accompagne l'État et les collectivités face aux défis climatiques et infrastructurels, a identifié un défaut majeur dans la structure et préconisé des travaux curatifs à brève échéance. En février 2026, un bureau d'études a constaté une nouvelle accentuation de la dégradation. Le seuil de sécurité acceptable était atteint.
Le Programme National Ponts, un outil de diagnostic inédit
Le Programme National Ponts, lancé après les alertes répétées sur l'état des ouvrages d'art en France, a permis d'évaluer des milliers de ponts sur l'ensemble du territoire. Le pont de Saint-Avit fait partie de ceux que ce programme a permis d'identifier comme prioritaires. Sans cet outil de surveillance systématique, la dégradation aurait pu rester invisible jusqu'à un incident grave.
Pourquoi fermer le pont maintenant
La fermeture totale au 2 juin 2026 répond à une logique de précaution absolue. Face à la menace que représente la structure pour la sécurité des automobilistes, les élus de Mont de Marsan Agglomération et la maire de Saint-Avit ont choisi l'unanimité plutôt que le compromis. Aucun tonnage limité, aucune restriction partielle : la fermeture est totale.
Une déviation a été mise en place pour les usagers habituels. Les riverains du quartier, qui empruntaient quotidiennement cet ouvrage, ont été informés lors d'une réunion organisée avec Bernadette Young. Pour les élèves scolarisés dans la commune, une solution de pédibus a été proposée afin de maintenir leur trajet vers l'école dans des conditions sécurisées.
Quand les travaux pourront-ils commencer
La contrainte principale n'est pas financière, elle est hydrologique. Les travaux sur un ouvrage enjambant la Douze ne peuvent être réalisés qu'en période d'étiage, c'est-à-dire lorsque le niveau de la rivière est suffisamment bas pour permettre une intervention dans le lit. Cette fenêtre se situe entre juin et octobre. Les prochains travaux ne pourront donc pas démarrer avant juin 2027.
D'ici là, les services techniques de Mont de Marsan Agglomération lanceront dans les prochaines semaines les études techniques préalables, indispensables aux demandes de subvention et à la préparation du chantier. Un délai contraint mais maîtrisé, qui laisse le temps à une préparation rigoureuse.
Saint-Avit, entre forêt landaise et agglomération montoise
La commune de Saint-Avit occupe une position géographique particulière dans le département des Landes. À trois kilomètres au nord de Mont-de-Marsan, elle bénéficie de la proximité immédiate du chef-lieu tout en conservant un cadre rural préservé. Sa limite nord borde le parc naturel régional des Landes de Gascogne, vaste territoire forestier qui couvre une grande partie du massif landais.
Avec moins de 700 habitants, Saint-Avit est une commune à taille humaine, intégrée à Mont de Marsan Agglomération qui regroupe les services de voirie, de patrimoine communautaire et de nombreuses compétences mutualisées. C'est précisément cette organisation intercommunale qui permet à une petite commune comme Saint-Avit de bénéficier d'expertises techniques et de financements pour des opérations d'envergure comme la reconstruction d'un pont. Dans ce contexte, les projets d'infrastructure dans les Landes témoignent d'une dynamique territoriale portée par les intercommunalités du département.
Le pont de Saint-Avit fermera ses arches pour un temps. Mais cette interruption n'est pas une fin : elle est la condition d'un renouveau. L'eau continuera de couler, comme elle le fait depuis des siècles, indifférente aux ponts des hommes, patiente et souveraine.
Sources de l'article
- Mont de Marsan Agglomération – Communiqué de presse : Fermeture du pont de Saint-Avit, 2 juin 2026
- Wikipédia – Saint-Avit (Landes) – https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Avit_(Landes)







