Le Festival Arte Flamenco de Mont-de-Marsan n'a jamais prétendu être un simple spectacle. Depuis bientôt quatre décennies, cette manifestation landaise tient une promesse rare dans le paysage culturel français : celle de faire vivre le flamenco dans toutes ses dimensions, des formes les plus ancestrales aux écritures les plus contemporaines, sans jamais sacrifier l'une à l'autre. En 2026, pour sa 37e édition, le festival confirme cette ligne avec une cohérence éditoriale qui force le respect. Le concept choisi pour structurer la programmation, le jondo, n'est pas un thème décoratif. C'est une invitation à un voyage vers l'essentiel.
Le terme jondo, employé depuis la fin du XIXe siècle dans l'univers flamenco, désigne cette expérience artistique qui transcende l'intellect pour atteindre le sensible, l'émotionnel, le spirituel. Ce que la tradition flamenca nomme aussi le duende : cette part de mystère qui surgit quand l'art touche à l'universel. Le choix de cette notion comme fil rouge de l'édition 2026 n'est pas anodin. Il s'inscrit dans une perspective historique précise : 2026 ouvre le chemin vers le centenaire de la Génération de 27, ce mouvement culturel espagnol du XXe siècle dont Federico García Lorca fut le représentant le plus lumineux, et dont l'influence sur le flamenco reste déterminante. Lorca, justement, dont l'ombre traverse toute la programmation de cette édition.
Du 30 juin au 4 juillet, trois scènes accueilleront un plateau d'artistes d'exception, figures établies et talents émergents confondus, dans un dialogue que seul le flamenco sait rendre aussi naturel qu'électrisant. Mont-de-Marsan, ville aux trois rivières où se rejoignent la Midouze, la Douze et le Midou, offre à nouveau son cadre à cette célébration qui attire chaque année quelque 18 000 festivaliers.
Le Pôle, temple des grandes figures du baile
Le Pôle, salle emblématique des Théâtres de Gascogne, réserve comme chaque année ses soirées aux grandes compagnies de danse flamenco. Cette scène a accueilli par le passé María Pagés, Eva Yerbabuena, le Ballet Flamenco de Andalucía ou encore Rafaela Carrasco. En 2026, elle s'ouvre le mardi 30 juin avec Llámame Lorca, de la compagnie de Manuel Liñán. Ce spectacle choral, coproduit avec l'Institut andalou du flamenco, est une réinterprétation personnelle et engagée de l'univers de García Lorca, portée par une distribution entièrement composée d'artistes grenadins, compatriotes du poète. Personne, comme Lorca, n'a su approfondir autant l'essence du flamenco et du jondo : l'ouverture de festival ne pouvait pas être mieux choisie.
Le mercredi 1er juillet, Alfonso Losa et Paula Comitre présentent Alter ego, une oeuvre intimiste d'une grande sensibilité. Le bailaor madrilène et la danseuse sévillane, accompagnés du guitariste Fran Vinuesa et des voix d'Ismael de la Rosa et Rocío Luna, proposent une rencontre artistique d'une intensité rare, affranchie de toute barrière stylistique. Le jeudi 2 juillet marque une première avec Babel, Torre Viva, création de la compagnie de David Coria. Ce flamenco actuel et vivant dialogue avec le monde contemporain, avec la nécessité de construire des ponts, avec la force du collectif.
Le vendredi 3 juillet, Magnificat de María Moreno emplira le Pôle de joie. Sa relecture d'un passage biblique, interprétée par des artistes originaires de Cádiz, est une célébration de la vie, de l'amitié et de la féminité. Ce spectacle a remporté le Prix du public au festival de Jerez 2026. Enfin, le samedi 4 juillet, Mercedes Ruiz clôturera la programmation au Pôle avec son Romancero del baile flamenco, hommage à ses maîtres et à ses racines, sous la direction musicale du guitariste Santiago Lara.

Le Théâtre Molière, écrin du chant et de la guitare
Deuxième coeur du festival, le Théâtre Molière se consacre à l'art du chant et de la guitare, tout en accordant une place essentielle à la danse. Pour cette édition, la salle bénéficie d'un nouveau plancher acoustique qui promet des conditions optimales, aussi bien pour les artistes que pour le public. La soirée d'ouverture du mardi 30 juin fait la part belle à De Tablao, recréation de l'atmosphère des tablaos madrilènes des années 1960-1970, avec le jeune cantaor Ismael « el Bola » en prestation soliste. Le corps de ballet composé de Salomé Ramírez, lauréate du prix Desplante au Festival de La Unión et révélation au festival de Jerez, d'Aitana Rousseau et d'Ángel Reyes complète une soirée d'ouverture de haute volée.
Le mercredi 1er juillet, Grenade est à l'honneur avec Graná por bandera. Antonio Campos, cantaor créatif capable de conjuguer tradition et contemporanéité, est accompagné de José Fermín Fernández, l'une des plus grandes révélations de la guitare flamenca actuelle, acclamé dans le monde entier, et de la danseuse Raquel Heredia « la Repompa », figure majeure de la danse grenadine contemporaine. Le jeudi 2 juillet, Alejandro Hurtado et Patricia Guerrero présentent Devenir, oeuvre où la racine du flamenco le plus jondo se mêle à la discipline classique et s'ouvre à de nouvelles esthétiques. Le guitariste alicantin, Prix d'interprétation au Festival de Jerez, sera une découverte pour bien des spectateurs.
Le vendredi 3 juillet, Segundo Falcón au chant, entouré des guitares de Manolo Franco et Paco Jarana, propose Huellas de albero, triomphe de la dernière Biennale de flamenco de Séville, un récital où le spirituel imprègne chaque note, dans une transmission directe entre la scène et la salle.
La danse et la guitare ne font qu'un, s'entrelacent et se croisent comme deux courants jumeaux d'un même fleuve indomptable.
Le Village, carrefour des territoires flamencos
Place Charles-de-Gaulle, le Village est le coeur battant et populaire du festival. À partir de 20 heures chaque soir, artistes français, espagnols et landais y font résonner leur amour du jondo dans une ambiance chaleureuse et conviviale. Cette scène est un trait d'union entre deux traditions culturelles bien plus étroitement liées qu'il n'y paraît, entre la France et l'Espagne.
Les mardi 30 juin et mercredi 1er juillet, deux spectacles venus de Badajoz, Tierra Jonda et Resonancias, portés par Miguel de Tena et Esther Merino, mettent en lumière l'héritage jondo de l'Estrémadure. Le mercredi 1er juillet, le danseur Lucas el Luco se produit dans Flamenco sin fronteras, illustration de la vitalité du flamenco pratiqué en France. Le jeudi 2 juillet, la danseuse française Céline Daussan ouvre la soirée avec Mirada avant que la jeune bailaora grenadin Irene Morales ne présente Raw, oeuvre dirigée par Manuel Liñán alliant maturité et prise de risque.
Le vendredi 3 juillet réserve un moment particulièrement symbolique : Nicky García, né à Mont-de-Marsan, foulera pour la première fois la scène du festival de sa ville natale. Cet enfant du festival, qui a découvert le flamenco à l'âge de 6 ans dans les gradins de cette même manifestation, en devient vingt ans plus tard l'un des artistes de la programmation. Son spectacle Recuerdos, accompagné du guitariste Sangitananda, de la danseuse Helena Cueto et du percussionniste Juanma Cortés, est l'un des symboles forts de cette édition. La soirée du vendredi commence avec le groupe bordelais Qairo et son spectacle métissé, coproduit par le CaféMusic, partenaire du festival. Le samedi 4 juillet, la bailaora Lori la Armenia présente sa création Tanza avant qu'une session Electro Duende des DJ Lisa del Cristo, Ibhamuza et L.HKLéon ne transforme la place en dance floor pour clore le festival en beauté.

Pourquoi Arte Flamenco attire bien au-delà des Landes
Le Festival Arte Flamenco ne se résume pas à ses soirées de spectacle. Autour de la programmation, un ensemble de rendez-vous culturels vient nourrir la réflexion et prolonger l'expérience. Quatre conférences au CaféMusic explorent le flamenco entre tradition et création contemporaine, avec notamment le philosophe Georges Didi-Huberman, des musicologues et des artistes en dialogue. Le photographe Léo Geoffrion expose au Pôle près de 50 images prises dans les coulisses des éditions 2024 et 2025, un témoignage documentaire rare sur les instants qui précèdent l'entrée en scène. Quatre films documentaires sont projetés au cinéma le Grand Club, dont Red Carnation de Roser Corella, consacré à Manuel Liñán, et Farruquito, une dynastie du flamenco. Des stages et masterclasses avec la Fondation Cristina Heeren, partenaire du festival, permettent à des danseurs du monde entier de se perfectionner du 29 juin au 3 juillet.
La nouveauté 2026 mérite d'être soulignée : le premier Prix Confluences, Grand Prix du Festival Arte Flamenco, sera remis le mercredi 1er juillet à un artiste de la programmation. Cette distinction, réalisée par Cédric Sourdouyre, artisan d'art et facteur d'instrument installé à Biscarrosse, porte des valeurs qui font écho à celles du flamenco lui-même : liberté, tolérance, ouverture à l'autre et transmission. Le festival publie par ailleurs le deuxième numéro de ses Cahiers, revue annuelle réunissant philosophes, écrivains, poètes et photographes autour de l'écosystème flamenco, avec un dossier consacré à Federico García Lorca, assassiné il y a 90 ans.
Ce que cette édition dit du flamenco d'aujourd'hui
Engagé sur les plans écologique et social, le Festival Arte Flamenco porte une vision de la culture qui dépasse le seul divertissement. Labellisé « Événement éco-engagé » de niveau 1 depuis 2023, il supprime les bouteilles plastiques, mutualise les transferts entre compagnies et privilégie les circuits courts pour l'alimentation. Il mène également des actions culturelles en direction des publics scolaires et des personnes éloignées de la culture, notamment à l'hôpital dans le cadre du programme Culture & Santé. Le projet « Objectif 40 : décarbonons la culture ! » initié par le festival mobilise acteurs culturels, entreprises et institutions landaises autour des défis climatiques du secteur.
Cette capacité à conjuguer excellence artistique et responsabilité sociale, à faire coexister le cante jondo le plus pur et l'innovation contemporaine, à accueillir aussi bien les grands noms de la scène internationale que le jeune Nicky García de Mont-de-Marsan, c'est peut-être cela la définition la plus juste du Festival Arte Flamenco. Un festival qui, après 37 éditions, n'a rien perdu de son duende.
Sources de l'article
- Festival Arte Flamenco – festivalarteflamenco.fr – Dossier de presse et Programme








