Incendies Gironde / Landes : les couloirs anti-feu, une stratégie sous-exploitée qui aurait pu limiter les dégâts

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Ce 26 juillet 2026, environ 42 000 hectares sont partis en fumée en Gironde et 220 000 personnes ont dû évacuer. Un chiffre qui remet une question sur la table : pourquoi ne construit-on pas plus de couloirs anti-feu dans un massif qu'on sait vulnérable depuis des années ?

Parefeu dans la forêt de pins à Hourtin (Gironde)
Parefeu dans la forêt de pins à Hourtin (Gironde)

La situation reste jugée très critique par les autorités. Dans les Landes voisines, le feu de Biscarrosse confirme la même fragilité, avec plusieurs milliers d'hectares parcourus et des évacuations massives. Deux départements, un même massif, un même problème structurel.

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Constat 42 000 ha brûlés et 220 000 évacuations.
Vulnérabilité Pins denses et sol très inflammable.
Rôle pare-feu Ralentir la progression et guider les secours.
Freins actuels Coût et morcellement de la forêt privée.
Chantiers express Lignes ouvertes d'urgence au Cap Ferret.

Un massif forestier taillé pour brûler

La forêt des Landes de Gascogne n'est pas une forêt comme les autres. Elle est composée à plus de 80 % de pin maritime, souvent planté en peuplements denses où les houppiers se touchent. Résultat : le feu circule horizontalement d'arbre en arbre et multiplie les sautes de feu, ces projections de flammèches qui allument un nouveau foyer plusieurs dizaines de mètres plus loin.

Le sol n'aide pas non plus. Il est sableux, pauvre en matière organique, et retient très mal l'eau. Dès que l'été s'installe, il s'assèche rapidement, ce qui prive le sous-bois et la litière de leur humidité protectrice. Les aiguilles de pin, elles, se décomposent lentement et s'accumulent au sol pendant des années : c'est un combustible tout prêt, en quantité.

Trois facteurs qui augmentent la force de l’incendie

Facteur

Effet concret

Sécheresse précoce

Forêt plus sèche cette année qu'en 2022, année de référence

Vent

Rafales jusqu'à 40 km/h, fronts de flammes accélérés, sautes de feu favorisées

Urbanisation diffuse

Lotissements, campings et routes imbriqués dans le massif, points de départ multipliés

L'origine des feux dans la région reste d'ailleurs majoritairement humaine.

Le couloir anti-feu, une ligne de protection conçue par l’homme

Un couloir anti-feu, aussi appelé pare-feu ou coupe-feu, est une bande de terrain débroussaillée ou déboisée qui casse la continuité de la végétation. L'objectif est simple sur le papier : ralentir la progression des flammes, réduire leur intensité, et offrir un point d'appui aux pompiers pour attaquer l'incendie.

Ces aménagements font partie d'un système plus large, la DFCI (défense des forêts contre l'incendie), qui associe :

  • Le débroussaillement autour des habitations,
  • Des pistes praticables pour les engins,
  • Des points d'eau répartis dans le massif,
  • La surveillance en période à risque.

La préfecture de Gironde compare d'ailleurs le débroussaillement à une véritable ceinture de sécurité autour des maisons.

Infographie représentant l'efficacité de couloirs anti-feu lors d'incendie de forêt

Efficace, mais pas magique

Dans une forêt dense, un couloir anti-feu peut réellement empêcher un feu de basse intensité de passer d'une parcelle à l'autre, et surtout gagner un temps précieux pour les secours. Mais son efficacité chute nettement quand les houppiers restent jointifs de part et d'autre : le feu passe alors par-dessus, porté par les flammes ou les brandons. Ce n'est donc pas un mur infranchissable, mais un outil de ralentissement et de canalisation qui aide les pompiers en leur faisant gagner du temps précieux.

Pourquoi il n'y a jamais assez de couloirs anti-feu ?

Le massif landais est immense, très morcelé entre propriétaires privés, et coûteux à entretenir dans la durée. Un couloir n'est utile que s'il reste ouvert, débroussaillé et accessible : sinon, la végétation reprend vite ses droits.

Créer des couloirs larges suppose aussi d'accepter des coupes régulières et une perte de bois exploitable, un arbitrage souvent relégué au second plan tant que le feu ne rappelle pas son urgence.

Incendie en forêt

Nous devons apprendre des incendies de juillet 2026

Cette année, l'urgence a forcé la main : des couloirs ont été ouverts au bulldozer et à la pelle mécanique autour de secteurs menacés, notamment à Lège-Cap-Ferret sous la direction d’un entrepreneur et figure local : Benoît Bartherotte, pour protéger la presqu’île.

Ce chantier express, mené avec les forestiers et la DFCI, illustre la stratégie déployée cet été autour du Bassin d'Arcachon, de Cestas et de Biscarrosse :

  1. Attaquer le feu directement.
  2. Évacuer les habitants menacés.
  3. Creuser des lignes de défense en parallèle.

Le tout avec un renfort massif de pompiers, militaires et forces de sécurité.

La vraie question posée par ce nouvel épisode n'est plus de savoir si les couloirs anti-feu fonctionnent. C'est de comprendre pourquoi ce réseau reste aussi clairsemé dans un massif où le risque est, année après année, structurellement élevé à cause du réchauffement climatique.

FAVICOSources

  • Reuters
  • ONF
  • Rapport parlementaire / Vie publique
  • Image de mise en avant : © Larrousiney - WikiCommons
  • Image : © Mairie de Montfort le Gesnois