Cette envolée des prix raconte une histoire à deux faces avec d'un côté, les marchés financiers et les industriels scrutent leurs graphiques et de l'autre, une réalité très concrète qui se dessine avec des kilomètres de câbles qui disparaissent dans la nuit, des trains retardés, des pannes en cascade ainsi que des réparations longues et coûteuses.
Une transition énergétique paradoxalement ralentie par une pince coupante.
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Les moteurs de la flambée du cuivre en 2025
Le cuivre est devenu le métal de la transition énergétique. Véhicules électriques, renforcement des réseaux, data centers, éoliennes, panneaux solaires : tout consomme du cuivre, beaucoup de cuivre, durablement. Certes, des alternatives existent (l'aluminium dans certains usages, la fibre optique en télécommunications), mais dès qu'il s'agit de puissance et de robustesse électrique, le cuivre reste incontournable.
Le cuivre est la matière qui relie, qui alimente, qui fait circuler l'énergie moderne.
En 2025, les prix se sont envolés sur fond de tensions multiples. Sur le London Metal Exchange comme au COMEX de New York, la même équation s'impose : une demande solide portée par les secteurs électro-intensifs face à une offre qui progresse moins vite qu'espéré.

Du côté de la production, les fragilités s'accumulent. Une mine n'est pas une usine où l'on tourne simplement un robinet. La teneur du minerai baisse dans de nombreux gisements, les contraintes d'accès à l'eau se durcissent, les incidents techniques se multiplient, sans compter les tensions sociales et les nouvelles réglementations environnementales. Côté consommation, l'électrification additionne les besoins : une voiture électrique contient plusieurs dizaines de kilos de cuivre, une borne rapide en mobilise davantage encore, et chaque ligne électrique renforcée ajoute des tonnes supplémentaires.
Quand la tonne grimpe, le cuivre devient un aimant. Et cet aimant attire aussi ceux qui ne suivent pas la partition industrielle.
Rails et câbles : le coût invisible des vols
Le paradoxe des vols de cuivre tient à une disproportion brutale. Pour les voleurs, la revente rapporte quelques centaines ou milliers d'euros. Pour la collectivité, le dommage peut immobiliser tout un réseau. Un câble de signalisation ferroviaire ne se remplace pas comme un simple fil électrique domestique : il s'inscrit dans une chaîne complexe de sécurité, de détection, de communication. Quand il manque, la circulation se dégrade, ralentit, puis s'arrête. La remise en état demande du temps : diagnostic, sécurisation, remplacement, tests exhaustifs.

En France, la SNCF a progressivement durci son arsenal de protection, allant jusqu'à déployer des drones équipés de capteurs infrarouges capables d'opérer de nuit. L'objectif : dissuader, détecter plus tôt, intervenir plus rapidement sur les zones sensibles. Mais le défi est immense face à des milliers de kilomètres de voies et de câbles exposés.
Le phénomène dépasse largement les frontières françaises. En 2025, l'Espagne a connu des perturbations majeures sur une ligne à grande vitesse après des vols de câbles, affectant des milliers de voyageurs. Plus spectaculaire encore, fin juin 2025, des services Eurostar ont été lourdement perturbés après le vol de centaines de mètres de câble près de Lille, démontrant la vulnérabilité des infrastructures modernes face à des opérations nocturnes ciblées.
Dans ce tableau, la hausse du prix du cuivre agit comme un catalyseur. Non seulement chaque kilo volé vaut plus cher, mais le métal devient plus recherché, plus facile à écouler sur les marchés parallèles. Et pendant ce temps, les réseaux ferroviaires ne peuvent pas s'offrir le luxe d'une pause.
Bornes électriques : la nouvelle cible
Le phénomène est plus récent, mais il se répand rapidement. Les bornes de recharge, surtout celles accessibles 24h/24 dans des zones semi-isolées, cumulent tous les facteurs attractifs pour les délinquants : câbles épais riches en cuivre, lieux peu surveillés la nuit, réparations techniques coûteuses, et impact immédiat sur les usagers.
En Allemagne, les opérateurs ont signalé une nette hausse des vols et dégradations visant les câbles de recharge en 2025. La mécanique est presque chirurgicale : un câble arraché, une station hors service, une réparation qui coûte plusieurs milliers d'euros, et des automobilistes qui repartent frustrés, parfois inquiets sur la fiabilité du réseau de recharge. À l'échelle d'un territoire, ces incidents répétés minent la confiance et peuvent freiner l'adoption des véhicules électriques.
Les ripostes se multiplient : gaines renforcées, visseries inviolables, capteurs d'ouverture, systèmes d'alarme, marquage des câbles, relocalisation dans des zones plus surveillées. Mais une réalité demeure : tant qu'un câble contient du cuivre, il conserve une valeur de revente attractive. L'infrastructure de la transition énergétique doit donc être pensée aussi comme une infrastructure à défendre.
La géographie de l'or rouge
Le cuivre provient de bassins géologiques très concentrés, dessinant une carte mondiale aux contours nets.
Premier pôle : l'Amérique du Sud
Le Chili demeure la référence mondiale, avec des districts miniers légendaires. Dans le désert d'Atacama, au nord du pays, se trouve Escondida, souvent considérée comme la plus grande mine de cuivre au monde. Le Pérou, pour sa part, combine grands projets andins et tensions locales autour des enjeux sociaux, environnementaux et logistiques.
Video BHP : Chile site tour - Escondida Growth
Deuxième pôle : l'Afrique centrale
La Copperbelt, à cheval sur la République démocratique du Congo et la Zambie, occupe une place croissante dans l'équilibre mondial. En RDC, des complexes comme Kamoa-Kakula incarnent cette montée en puissance, avec des volumes désormais décisifs à l'échelle planétaire.
Troisième pôle : Asie-Pacifique et Amérique du Nord
L'Indonésie pèse avec la gigantesque mine de Grasberg (cuivre et or), tandis que les États-Unis (notamment l'Arizona) et le Mexique restent des producteurs majeurs. L'Australie et le Kazakhstan complètent le tableau. Face à eux, la Chine joue un rôle déterminant moins par ses mines que par ses capacités de transformation et de raffinage, qui structurent une large part des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Cette concentration géographique renforce la dimension stratégique du cuivre et accroît la sensibilité aux aléas techniques, climatiques, sociaux ou politiques qui peuvent affecter ces régions.
Les 10 plus grandes mines de cuivre au monde
| Rang | Mine | Pays | Production 2024 (tonnes) * | Propriétaires principaux |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Escondida | Chili | 1 280 000 | BHP (57,5%), Rio Tinto (30%), Mitsubishi/JX (12,5%) |
| 2 | Grasberg | Indonésie | 816 466 | Freeport-McMoRan, PT Mineral Industri Indonesia |
| 3 | Kamoa-Kakula | RD Congo | 437 061 | Ivanhoe Mines, Zijin Mining, gouvernement RDC, Crystal River |
| 4 | Buenavista | Mexique | 433 000 | Southern Copper (Grupo Mexico) |
| 5 | Cerro Verde | Pérou | 430 459 | Freeport-McMoRan, Buenaventura, Sumitomo |
| 6 | Collahuasi | Chili | 640 000* | Glencore, Anglo American, Mitsui |
| 7 | Antamina | Pérou | ~400 000 | Glencore, BHP, Teck Resources, Mitsubishi |
| 8 | Tenke Fungurume | RD Congo | 400 000 | CMOC (Chine), Gécamines |
| 9 | Miedz (KGHM) | Pologne | 395 160 | KGHM Polska |
| 10 | Polar Division | Russie | 345 000 | Norilsk Nickel |
*Capacité de production annuelle
Ce classement illustre la domination du Chili et du Pérou dans la production mondiale, mais aussi la montée en puissance spectaculaire de la République démocratique du Congo, avec deux mines parmi les dix premières. La mine d'Escondida à elle seule représente environ 5% de l'offre mondiale de cuivre.
2026 : protéger l'infrastructure de la transition
La flambée du cuivre pose une question cruciale : comment protéger ce qui est devenu stratégique ? Car le vol de câble n'est plus un simple délit opportuniste. Il s'est transformé en risque systémique, touchant la mobilité (trains), l'énergie (réseaux, bornes de recharge) et la continuité économique (retards, arrêts, surcoûts).
Les réponses se construisent à plusieurs niveaux. D'abord, la sécurisation : surveillance accrue, coopération renforcée avec les forces de l'ordre, lutte contre les filières de revente illégale, contrôle strict des débouchés et ferrailleurs. Ensuite, la conception technique : rendre l'arrachement plus difficile, réduire l'attractivité pour la revente, intégrer la protection dès la phase de design des installations. Enfin, la stratégie matière : accélérer massivement le recyclage. Le cuivre possède un avantage majeur dans cette perspective : il se recycle très bien, sans perte de qualité. Plus l'économie circulaire du cuivre sera performante, moins la dépendance à l'extraction minière sera brutale.
En 2025, l'or rouge nous rappelle une vérité concrète : l'électrification n'est pas qu'une affaire de technologies propres et d'investissements massifs. C'est aussi une question de sécurité industrielle, de maintenance préventive et de fils qu'il faut apprendre à mieux protéger. La transition énergétique se joue parfois, paradoxalement, à coups de pinces coupantes dans la nuit.
Sources de l’article
- COMEX (New York) - Marché à terme du cuivre
- Mining.com : Classement et production des plus grandes mines de cuivre mondiales (2024)
- SNCF - Rapports sur les vols de câbles et dispositifs de sécurisation
- Presse internationale : Incidents Eurostar (juin 2025), perturbations en Espagne, vols de câbles de bornes électriques en Allemagne
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