Tout a commencé par une volonté politique forte, celle d'un homme d'État visionnaire et d'un roi conscient que la grandeur d'un royaume ne se mesure pas seulement à ses frontières terrestres. En octobre 1626, le cardinal de Richelieu, premier ministre de Louis XIII, signe l'édit de Saint-Germain et donne à la France ce qu'elle n'avait jamais vraiment eu : une Marine d'État permanente, organisée, dotée d'un commandement unifié. Ce geste fondateur marque l'an zéro d'une institution qui n'a cessé, depuis quatre siècles, de protéger les Français sur tous les océans du monde.
Quatre cents ans, c'est une durée qui dépasse les règnes, les révolutions, les républiques et les guerres. C'est aussi une continuité rare dans l'histoire des institutions françaises. Des corsaires de Jean Bart aux frégates furtives d'aujourd'hui, des circumnavigations de Bougainville aux patrouilles anti-piraterie dans le golfe d'Aden, la Marine nationale a su se réinventer à chaque époque sans jamais perdre son identité profonde : servir, protéger, rayonner.
L'année 2026 transforme cet anniversaire en moment de fierté collective. Partout en France, des événements labellisés, des cérémonies militaires, des expositions et des concerts rythment les mois jusqu'en décembre. La Nouvelle-Aquitaine, territoire à l'histoire maritime dense, notamment autour de Rochefort, prend toute sa part dans cette célébration nationale. C'est l'occasion, pour un large public, de redécouvrir une institution qui représente aujourd'hui près de 38 000 marins, 154 bâtiments déployés sur tous les océans et le deuxième domaine maritime mondial après les États-Unis.
De Philippe Auguste à Richelieu : les siècles d'une marine sans État
L'histoire navale française débute véritablement au Moyen Âge. En 1203, le rattachement de la Normandie au royaume de France offre pour la première fois à la couronne une façade maritime. Un premier arsenal voit le jour à Rouen, le Clos des Galées, mais la France ne dispose toujours pas d'une armée navale permanente. Cette absence structurelle pèse lourd : la désastreuse défaite de l'Écluse en 1340, face aux flottes anglaises et flamandes, en est la conséquence directe.
Pendant près de trois siècles, les rois de France arment des navires au gré des conflits, sans jamais bâtir d'institution durable. C'est cette lacune que Richelieu va combler avec une remarquable lucidité politique. Nommé grand maître, chef et surintendant général des mers, il unifie le commandement, professionnalise les équipages et dote le royaume de chantiers navals capables de rivaliser avec les puissances maritimes européennes. Son successeur, Colbert, poursuivra cette oeuvre en 1669 en devenant le premier secrétaire d'État à la Marine, supervisant à la fois la flotte de guerre, le commerce transocéanique et le réseau consulaire.
La première chose qu'il faut faire est de se rendre puissant sur la mer qui donne entrée à tous les États du monde.
À la fin du XVIIe siècle, la France s'affirme comme la première puissance navale de son temps. Les victoires d'Agosta et de Béveziers illustrent la domination française sur les mers. Des noms entrent dans la légende : Duquesne, Tourville, Jean Bart, Duguay-Trouin. Mais les guerres continentales épuisent les finances royales et la montée en puissance britannique s'impose progressivement comme une réalité géostratégique incontournable.

La Chesapeake et les Lumières : quand la France change l'histoire du monde
Le renouveau français survient dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, sur deux fronts simultanés. Sur le plan scientifique d'abord, avec les circumnavigations de Bougainville entre 1766 et 1767 puis les expéditions de La Pérouse de 1785 à 1788, qui placent la France parmi les grandes nations exploratrices du monde. Sur le plan militaire ensuite, grâce à des amiraux d'exception comme Suffren et De Grasse.
Le 5 septembre 1781, la bataille de la Chesapeake constitue l'un des hauts faits d'armes les plus décisifs de toute l'histoire navale française. En battant la flotte britannique au large des côtes américaines, l'amiral De Grasse prive les troupes de Cornwallis de tout secours et scelle, de fait, l'indépendance des États-Unis d'Amérique. Une victoire stratégique qui résonne encore aujourd'hui et sera solennellement commémorée le 5 septembre 2026 lors d'un spectacle son et lumières dans un lieu symbolique.
Du XIXe siècle à nos jours : innovations, drames et grandeur retrouvée
Le XIXe siècle voit la France pionnière dans la révolution de la propulsion à vapeur. En 1859, la frégate cuirassée La Gloire devient le premier navire de guerre blindé construit au monde, inaugurant une ère nouvelle dans l'architecture navale. En 1899, le sous-marin Narval s'impose comme le premier sous-marin réellement opérationnel à l'échelle internationale. La Marine devient parallèlement un acteur central de la constitution du second empire colonial, de l'Indochine à la Polynésie, du Sénégal à la Nouvelle-Calédonie.
Le XXe siècle réserve ses heures les plus sombres à la flotte française. En 1942, le sabordage de la flotte à Toulon représente l'un des moments les plus douloureux de cette histoire. Mais c'est aussi le siècle de la reconstruction et de la modernisation radicale. Dès les années 1970, la Marine nationale intègre la dissuasion nucléaire française avec ses sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. En 2001, l'entrée en service du porte-avions Charles-de-Gaulle, à propulsion nucléaire, place définitivement la France dans le cercle très fermé des grandes puissances navales mondiales.
Pour les passionnés d'histoire maritime de la région, la Nouvelle-Aquitaine conserve une relation intime avec cette histoire navale, particulièrement à travers Rochefort, ville fondée par Colbert en 1666 et berceau de la construction navale royale pendant deux siècles.
Pourquoi 2026 est une année charnière pour redécouvrir la Marine française
Au-delà du symbole, cet anniversaire répond à un enjeu contemporain majeur. La France est une puissance maritime de premier plan, avec le deuxième domaine maritime mondial après les États-Unis, soit plus de 11 millions de kilomètres carrés d'eaux sous juridiction française. Pourtant, cette réalité reste largement méconnue du grand public. Les 400 ans de la Marine nationale sont précisément l'occasion de remettre cette dimension au coeur de l'identité nationale.
La chef d'état-major de la Marine a souhaité faire de cette année un moment de valorisation d'une marine combattante, tournée vers la jeunesse et les territoires. Plus de 50 journées Jeunesse et Territoires au large se déroulent ainsi sur l'ensemble du territoire métropolitain entre mai et juin 2026, avec cérémonies militaires, projections en plein air et villages d'animation. Les initiatives locales y trouvent leur place, qu'elles émanent d'associations, d'établissements scolaires ou de collectivités.
En Nouvelle-Aquitaine, le Service historique de la Défense à Rochefort anime un cycle de conférences sur l'histoire de la Marine jusqu'au 19 novembre 2026. Une programmation qui s'adresse autant aux chercheurs qu'aux curieux, dans une ville dont l'identité est indissociable de l'aventure navale française. Les expositions photos dans les villes marraines viendront compléter ce tableau tout au long de l'été et de l'automne.
Les événements majeurs à venir jusqu'en décembre 2026
Le calendrier des célébrations est dense et rythmé jusqu'à la fin de l'année. La Journée nationale des marins du 25 juin rassemblera partout en France des événements locaux organisés par la Marine ou ses partenaires, en hommage aux hommes et femmes qui servent sous le pavillon tricolore. Le 14 juillet 2026 sera thématisé autour de la Marine, à l'honneur dans les défilés militaires à Paris comme dans les grandes villes de province, une première dans l'histoire récente de la fête nationale.
Le 5 septembre, la commémoration de la bataille de la Chesapeake prendra la forme d'un spectacle nocturne scénarisé, en région comme au Trocadéro, rappelant le rôle décisif de la flotte française dans l'indépendance américaine. En novembre, le Salon Euronaval réunira les professionnels de la défense maritime internationale, clôturant en beauté une année anniversaire hors du commun.
Pour les 4 et 5 juillet, le Festival International des Musiques Militaires d'Albertville accueillera la Musique de la Marine nationale dans un cadre festif et populaire. Autant de rendez-vous qui dessinent, semaine après semaine, le portrait d'une institution vivante, ancrée dans son temps et résolument tournée vers les générations futures. Quatre cents ans après l'édit de Saint-Germain, la mer reste ce territoire sans frontières où la France continue d'exister pleinement.
Sources de l'article
- Marine nationale / Ministère des Armées – 400 ans de la Marine national
- Photos © SIRPA - Marine Nationale



