La cathédrale Saint-André de Bordeaux et son insolite clocher séparé qu'est la Tour Pey-Berland

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Sur la place Pey-Berland, la cathédrale Saint-André conserve la mémoire des rois et des pèlerins, mais aussi le souffle de ses orgues, qui raconte Bordeaux autrement.

La Cathédrale Saint-André de Bordeaux, place Pey Berland, face à la Mairie ancien Palais de Rohan
La Cathédrale Saint-André de Bordeaux, place Pey Berland, face à la Mairie ancien Palais de Rohan

Il y a des monuments que l’on regarde d’abord pour leur silhouette et là, on s'interroge vraiment. À Bordeaux, la cathédrale Saint-André fait partie de ceux-là, avec ses volumes, sa longueur impressionnante et son clocher séparé.

Fiche patrimoine : la cathédrale Saint-André de Bordeaux

Les repères essentiels à retenir en un coup d’œil

Origines Une église cathédrale est mentionnée dès 814, puis l’édifice est consacré en 1096.
Style La cathédrale mêle héritage roman et développement gothique, ce qui raconte sa construction par étapes.
Particularité Son clocher, la tour Pey-Berland, est séparé de l’édifice pour éviter que le poids et les vibrations des cloches ne fragilisent la cathédrale.
Grandes dates 1137 : mariage d’Aliénor d’Aquitaine et du futur Louis VII.
1615 : mariage d’Anne d’Autriche et de Louis XIII.
Point d’intérêt Le Portail royal, les voûtes, les décors anciens et la vue depuis la tour Pey-Berland comptent parmi les repères majeurs.
Les orgues La cathédrale est aussi un grand lieu de patrimoine musical. Le chantier du nouvel orgue doit redonner toute sa voix au monument.
Insolite Le détail le plus surprenant reste justement ce clocher isolé, devenu l’une des silhouettes les plus reconnaissables de Bordeaux.
Classement La cathédrale appartient au patrimoine majeur de Bordeaux et s’inscrit dans le périmètre UNESCO des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

La Cathédrale Saint-André de Bordeaux, place Pey Berland, face à la Mairie ancien Palais de Rohan -  Reportage photos  © Hugues Alfano

Mais pourquoi donc, a-t'on tenu à l'écart son clocher ?

Pourtant, à mesure que l’on s’en approche, une autre lecture s’impose. Ce n’est plus seulement une façade que l’on contemple. C’est un lieu où se croisent l’histoire politique de l’Aquitaine, les traces du patrimoine religieux, les souvenirs des grands mariages princiers et une mémoire musicale presque aussi forte que la mémoire de pierre.

Clocher, Tour Pey Berland  à l'est de la Cathédrale Saint-André à Bordeaux - © Hugues Alfano

Consacrée en 1096 par le pape Urbain II, l’église cathédrale est l’un des grands repères de Bordeaux depuis le Moyen Âge. Elle porte en elle plusieurs époques. On y lit encore l’héritage roman dans la nef ancienne puis l’essor gothique dans le chœur et les élévations postérieures. Ce mélange n’est pas une faiblesse esthétique. Il raconte au contraire une construction lente, transformée par les siècles, par les usages et par les restaurations successives. Saint-André n’a pas l’uniformité de certaines cathédrales françaises. Elle possède autre chose, une forme de stratification visible qui rappelle que Bordeaux s’est bâtie par couches, entre pouvoir religieux, ambitions urbaines et destin européen.

bordeaux cathedrale saint andre transept credit photo hugues alfano

Ses murs ont vu passer des figures qui dépassent largement l’histoire locale. En 1137, Aliénor d’Aquitaine y épouse le futur Louis VII. En 1615, Anne d’Autriche et Louis XIII y sont unis à leur tour. Deux mariages, deux séquences de l’histoire de France, dans un même édifice bordelais. Mais Saint-André ne se résume pas à ces grandes dates. Elle conserve aussi une autre grandeur, plus discrète pour le visiteur pressé, celle de ses orgues. Dans une cathédrale, l’orgue n’est jamais un simple meuble sonore. Il est une architecture dans l’architecture, une voix du lieu, un témoin des choix liturgiques, esthétiques et techniques d’une époque. À Bordeaux, cette histoire-là est particulièrement dense.

bordeaux cathedrale saint andre nef credit photo hugues alfanoCathédrale Saint-André à Bordeaux, la nef  © Hugues Alfano

Une cathédrale royale au cœur de l’histoire bordelaise

La cathédrale Saint-André de Bordeaux s’impose d’abord par ses dimensions. Longue d’environ 124 mètres, elle fait partie des grands édifices religieux du Sud-Ouest. Son implantation sur la place Pey-Berland la place dans un dialogue constant avec le Palais Rohan, aujourd’hui la mairie de Bordeaux et avec la tour-clocher qui lui fait face. Ce voisinage compose l’un des ensembles monumentaux les plus lisibles de la ville.

Les fondations de la cathédrale ne pouvaient pas supporter durablement le poids et surtout les vibrations des cloches.

Le clocher, la Tour Pey-Berland

Si le clocher de Saint-André est séparé de la cathédrale, ce n’est pas seulement pour une raison de composition monumentale. La tour Pey-Berland, haute de 66 mètres, a été construite à l’écart afin d’éviter que les vibrations des cloches ne fragilisent l’édifice. Dans le Bordeaux médiéval, marqué par un sous-sol humide et les marais de proximité alimenté par d’anciens cours d’eau comme la Devèze et le Peugue, cette précaution prenait sûrement un sens encore plus concret. Sa flèche est surmontée depuis 1863 d’une statue dorée de Notre-Dame d’Aquitaine, Vierge à l’Enfant.

La visite de la Tour se fait par un ecalier de plus de 220 marches et permet d'avoir un panorama sur la ville de Bordeaux.

bordeaux cathedrale saint andre sculpture mort credit photo hugues alfano

Une histoire qui commence bien avant la ville moderne

Les sources patrimoniales rappellent qu’une église cathédrale est mentionnée à Bordeaux dès 814. L’édifice consacré en 1096 par Urbain II s’inscrit donc dans une continuité bien plus ancienne que son apparence actuelle. La nef conserve des éléments issus de la période romane tandis que le chœur et plusieurs parties orientales relèvent du gothique. Cette superposition explique le caractère un peu inattendu de Saint-André. Elle n’entre pas tout à fait dans une case. Elle tient à la fois de la grande cathédrale médiévale et du palimpseste urbain.

Le théâtre discret des grands mariages

Bordeaux aime rappeler le mariage d’Aliénor d’Aquitaine célébré en 1137 dans la cathédrale. Ce n’est pas un détail décoratif. Cet épisode rattache directement l’édifice à l’un des basculements politiques majeurs du Moyen Âge occidental. Quelques siècles plus tard, l’union d’Anne d’Autriche et de Louis XIII confirme cette dimension royale. Saint-André n’est donc pas seulement la cathédrale d’un diocèse. Elle fut aussi, à certains moments, une scène du pouvoir.

À Saint-André, Bordeaux ne regarde pas seulement son passé religieux. Elle retrouve un point de contact entre l’histoire d’Aquitaine, l’histoire de France et une mémoire sonore encore vivante.

Ce qu’il faut regarder quand on entre à Saint-André

Le visiteur voit souvent d’abord la hauteur des voûtes et la profondeur de la nef. Mais plusieurs détails méritent un arrêt plus attentif. Le Portail royal, les peintures murales funéraires, les albâtres de Nottingham, certains bas-reliefs, une crucifixion attribuée à Jacob Jordaens ainsi que des grilles du XVIIIe siècle composent une lecture plus fine de l’édifice. Ce sont ces éléments qui font de Saint-André un lieu de lecture lente plutôt qu’un simple décor monumental.

Le Portail royal et la mémoire des couleurs

L’un des aspects les plus intéressants tient à la restauration du Portail royal. Ses sculptures étaient autrefois peintes de couleurs vives. Cette information change le regard. Elle rappelle que les cathédrales médiévales n’étaient pas ces mondes de pierre nue que l’on imagine souvent aujourd’hui. Elles parlaient aussi par la couleur, par la mise en scène visuelle et par une pédagogie du regard.

bordeaux cathedrale saint andre sculptures celestes credit photo hugues alfano

Une cathédrale inscrite dans deux patrimoines

Saint-André relève à la fois du patrimoine monumental bordelais et de l’inscription UNESCO liée aux Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France. Autrement dit, elle s’inscrit dans une histoire urbaine locale et dans un récit européen de circulation, de foi et de voyage. Cette double appartenance éclaire sa place particulière à Bordeaux. Elle n’est ni isolée ni figée. Elle appartient à un réseau de monuments dont le sens dépasse la seule ville.

Les orgues de Saint-André ou la mémoire du monument par le son

Dans beaucoup de cathédrales, l’orgue impressionne. À Bordeaux, il raconte en plus une histoire faite de disparitions, de transferts, de reconstructions et de choix techniques successifs. Après la Révolution, le mobilier de la cathédrale a largement disparu. Un orgue de Jean-Baptiste Micot, venu de La Réole, fut transféré à Saint-André en 1812 puis échangé en 1815 avec l’instrument de Dom Bedos provenant de Sainte-Croix, jugé plus sonore. Cette seule séquence montre que l’histoire des orgues bordelais est aussi une histoire de circulation des instruments.

bordeaux cathedrale saint andre orgue credit photo hugues alfanoCathédrale Saint-André à Bordeaux, l'orgue restauré entre 2021 et  2023 -  Reportage photos  © Hugues Alfano

Un buffet ancien et un instrument plusieurs fois repensé

Le grand orgue actuellement connu du public s’inscrit dans un buffet historique restauré. L’instrument néo-classique élaboré par Georges Danion comptait 76 jeux réels répartis sur quatre claviers manuels et pédalier. Cette tradition organistique dans la cathédrale s’appuie aussi sur une succession d’états anciens, notamment pour l’orgue de chœur. On comprend alors que l’orgue de Saint-André n’est pas un objet figé. Il a toujours été ajusté à l’acoustique du lieu, aux goûts musicaux et aux moyens techniques du moment.

Pourquoi les orgues reviennent aujourd’hui au premier plan

Depuis plusieurs années, la question de la reconstruction et de la restauration des grandes orgues est redevenue centrale. Un premier projet de mécénat avait été présenté pour doter la cathédrale d’un instrument à la hauteur du monument. En 2026, une nouvelle étape a été confirmée avec la dépose de l’instrument actuel, la restauration du buffet et la fabrication d’un nouvel orgue par le consortium Rieger-Orglez pour une remise en service annoncée au printemps 2030. Ce chantier dit quelque chose d’essentiel. Le patrimoine ne se contente pas d’être conservé. Il doit parfois être recréé pour redevenir audible.

Le côté insolite que l’on ne remarque pas toujours

Le premier élément insolite de Saint-André est visible de tous avec son clocher est séparé de la cathédrale. La tour Pey-Berland, construite au XVe siècle, n’est pas un simple beffroi voisin. Elle répond à une contrainte très concrète. Le clocher primitif était jugé trop fragile pour supporter les cloches et le bourdon. Il fallut donc bâtir un clocher indépendant. Cette dissociation a donné à l’ensemble son allure si particulière sur la place bordelaise.

Plus étonnant encore, la tour Pey-Berland a failli disparaître à la Révolution avant d’être réaffectée, un temps, à une fabrication de plomb de chasse. Le genre de détail qui rappelle qu’un monument peut traverser les siècles au prix de détours inattendus. L’insolite à Bordeaux n’est pas toujours une anecdote légère. C’est parfois une survie.

Enfin, il y a l’insolite sonore. Dans une ville souvent racontée par le vin, les façades du XVIIIe siècle et les quais, Saint-André rappelle qu’un monument peut aussi se définir par ce qu’il fait entendre. Un grand orgue reconstruit n’ajoute pas seulement des concerts au calendrier culturel. Il rend à la cathédrale une part de sa respiration historique. À Bordeaux, la pierre parle déjà beaucoup. Mais quand l’orgue retrouve sa voix, c’est toute la ville ancienne qui change légèrement de registre.

Une présence qui dépasse le patrimoine religieux

Aujourd’hui, la cathédrale Saint-André reste l’un des repères majeurs du paysage bordelais. Elle attire pour sa silhouette, pour son histoire, pour Aliénor d’Aquitaine, pour son classement patrimonial et pour la vue offerte depuis la tour Pey-Berland avec ses 233 marches. Mais elle intéresse aussi parce qu’elle fait le lien entre plusieurs Bordeaux. Le Bordeaux médiéval, le Bordeaux royal, le Bordeaux UNESCO et le Bordeaux culturel de demain.

La cathédrale n’est pas seulement un monument à visiter. C’est un lieu où la ville se relit. Les pierres y conservent la mémoire du temps long. Les orgues, eux, rappellent qu’un patrimoine vivant ne se contente pas d’être regardé. Il doit encore pouvoir résonner. Et c’est peut-être là que Saint-André touche le plus juste. Dans cette capacité rare à tenir ensemble l’histoire, la beauté, l’étrangeté et le son.

À Bordeaux, la cathédrale Saint-André occupe une place à part. Monument d’histoire, repère visuel, lieu de mémoire royale et espace musical en renaissance, elle condense plusieurs récits de la ville dans un même ensemble de pierre. Son intérêt tient autant à ce qu’elle montre qu’à ce qu’elle suggère. Une façade, une nef, un portail, un clocher séparé, un orgue en reconstruction : chaque élément raconte un Bordeaux plus ancien, plus nuancé et parfois plus surprenant qu’il n’y paraît au premier regard.

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Dans le paysage patrimonial du Sud-Ouest, Saint-André demeure ainsi un lieu vivant. Non parce qu’il échapperait au temps, mais parce qu’il continue au contraire de dialoguer avec lui. C’est dans cette tension entre héritage, restauration et réinvention que la cathédrale trouve aujourd’hui toute sa force.

Autour de la cathédrale, la vie musicale ne repose pas seulement sur la mémoire des lieux. Elle s’incarne aussi dans l’action de l’association Cathedra, créée en 2014 pour faire rayonner la musique sacrée et le patrimoine instrumental de Saint-André. Par ses saisons de concerts, ses récitals et son festival d’orgue, elle contribue à faire de la cathédrale un monument vivant, où l’histoire de la pierre continue de dialoguer avec celle du son.

FAVICOSources de l’article

  • Ministère de la Culture, POP - Cathédrale Saint-André de Bordeaux, et ses orgues
  • Bordeaux Tourisme - Tour Pey-Berland et cathédrale Saint-André.
  • Cathedra - Les orgues.
  • DRAC Nouvelle-Aquitaine - Un nouveau souffle pour le grand orgue de la cathédrale Saint-André de Bordeaux.
  • UNESCO - Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.
  • Reportage photos  © Hugues Alfano
  • Video Allo Week-end Cahédrale Saint-andré à Bordeaux