Au bord de la faillite il y a 10 ans et pourtant la France compte « plus que jamais » sur cette entreprise du Sud-Ouest pour sa production d'obus en 2026

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Le site industriel qui refusait de mourir.

Au bord de la faillite il y a 10 ans et pourtant la France compte « plus que jamais » sur cette entreprise du Sud-Ouest pour sa production d'obus en 2026
Au bord de la faillite il y a 10 ans et pourtant la France compte « plus que jamais » sur cette entreprise du Sud-Ouest pour sa production d'obus en 2026

Dans le sud-ouest de la France, à Tarbes, il existe un lieu qui raconte à lui seul un siècle et demi d’histoire industrielle française, avec ses heures de gloire, ses périodes d’abandon et ce moment très particulier où tout bascule, quand un outil qu’on croyait dépassé redevient indispensable, presque vital : les Forges de Trarbes !

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Les Forges de Tarbes naissent au XIXe siècle, à une époque où l’acier est au cœur de tout, des ponts aux canons, des rails aux machines-outils. On y forge des pièces épaisses, lourdes, précises, destinées à la défense, à l’aéronautique ou à l’industrie pétrolière. Pendant la guerre froide, l’usine tourne à plein régime pour répondre aux besoins de l’armée française, avec une cadence dictée par la logique des blocs et des arsenaux.

À partir des années 1990, la désindustrialisation s’installe avec son lot d'usines fermées et de délocalisations. Les Forges vivent également des heures sombres : les commandes militaires diminuent, la concurrence internationale s’intensifie, les décisions se prennent loin du site. Les machines ralentissent, certaines lignes s’arrêtent, d’autres sont mises sous cocon, c’est-à-dire conservées sans produire, en attendant un hypothétique retour.

Le savoir-faire reste là mais figé comme un moteur qu’on n’a pas fait tourner depuis trop longtemps. L’emploi chute, la perspective d’une fermeture définitive n’est plus un tabou. Beaucoup pensent que l’histoire est terminée…

Quand la géopolitique rallume les fours

Le retour de la guerre de haute intensité en Europe, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, agit comme un électrochoc sur les armées occidentales. Les stocks de munitions fondent à une vitesse que peu d’états avaient anticipée. L’armée française, comme ses partenaires européens, se retrouve face à une réalité très concrète, produire vite, produire beaucoup et surtout pour la première fois depuis longtemps… chez soi !

Au cœur de cette équation se trouve un objet : l’obus de 155 millimètres, calibre standard de l’OTAN. Derrière cette pièce cylindrique se cache une complexité métallurgique redoutable. Le corps de l’obus doit résister à des pressions extrêmes, supporter des accélérations violentes, conserver une géométrie parfaite après forgeage et peu de sites savent encore le faire dans l'Hexagone.

Les Forges de Tarbes en font partie.

Elles sont même le seul site en France capable de produire le corps en acier de cet obus. Du jour au lendemain, une usine que l’on croyait condamnée devient un maillon stratégique de la défense nationale.

Les commandes repartent, les machines redémarrent et les fours se rallument.

Le corps d’obus, une pièce bien moins simple qu’elle en a l’air

Vu de l’extérieur, un corps d’obus ressemble à un « vulgaire » tube épais de métal mais vu de l’intérieur d’une forge, c’est une autre histoire ! La matière doit être chauffée à très haute température, déformée sans créer de fissures, refroidie de manière contrôlée pour obtenir les bonnes propriétés mécaniques. Une erreur et la pièce est inutilisable ! 
Cette maîtrise ne s’improvise pas. Elle repose sur des décennies d’expérience et c'est pourquoi remettre en route une forge ne consiste pas seulement à rallumer des machines, il faut aussi retrouver des compétences, former, recruter, redonner confiance à un collectif de travail.

Europlasma et le pari industriel à contre-courant

La renaissance des Forges de Tarbes doit beaucoup à une décision industrielle forte, prise en 2021 par le groupe Europlasma. À l’époque, l’entreprise est surtout connue pour ses activités dans la dépollution industrielle et la valorisation des déchets.

Racheter une forge historique en difficulté pouvait donc sembler un pari audacieux, voire risqué.

Le contexte international va transformer ce pari en opportunité majeure.
À partir de 2022, la demande explose. Europlasma investit pour moderniser les équipements et l’État accompagne le mouvement. La Direction générale de l’armement, le ministère des Armées, les collectivités locales soutiennent financièrement et stratégiquement la relance. Environ 70 salariés travaillent désormais à plein temps sur le site, avec des recrutements en cours pour des profils très recherchés, opérateurs de forge, techniciens, chaudronniers. La production vise 100 000 corps d’obus par an, un niveau inédit depuis des décennies.

Défense aujourd’hui, énergie demain

Europlasma affiche des ambitions plus larges pour le site que la simple production d'obus. La forge pourrait produire à terme des pièces pour des technologies liées à la transition énergétique, comme certains équipements pour la fusion nucléaire ou l’hydrogène. L’idée consiste à utiliser la même maîtrise du métal pour répondre à des besoins civils et énergétiques de long terme.

Ce double usage pose une question centrale, celle de la formation. Relancer une usine ne suffit pas si les compétences disparaissent. Il faut transmettre, former, attirer des jeunes vers des métiers industriels souvent méconnus, parfois mal compris. Le vrai défi se situe là, transformer un sursaut lié à la conjoncture géopolitique en dynamique durable.

Indicateurs clés de la transformation des Forges de Tarbes

Indicateur

Avant reprise (2021)

Situation actuelle (2026)

Effectif

≈ 20 salariés

Plusieurs centaines

Production annuelle

Faible, irrégulière

160 000 pièces/an dès 2025

Carnets de commandes

Fragiles

Remplis pour 10 ans

Soutien financier public

Aucun

7,1 millions d’euros (DGA)

Valorisation du site

N/A

56 millions d’euros (fin 2023)

Clients et partenaires

Activité locale limitée

KNDS France, Ukraine, export

 

FAVICOSources :

  • Presselib’, « Les guerres font revivre les Forges de Tarbes »,
    article de presse régionale mettant en lumière le redémarrage industriel du site, les enjeux d’emploi local et la transformation d’une usine menacée en actif stratégique pour la souveraineté industrielle française.
  • Wikipedia, « Les Forges de Tarbes »,

  • Europlasma, Activités et filiales – Industries,
    présentation officielle du groupe Europlasma, de ses activités industrielles, de sa stratégie de diversification et du rôle des Forges de Tarbes dans son portefeuille industriel.