Elle s'appelait Jeanne. Pas Richard, pas Jean, pas même Aliénor. Elle était la fille du milieu dans une fratrie de rois, la cadette que le grand récit médiéval a relégué dans les marges de ses chroniques. Fille d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II Plantagenêt, sœur de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre, Jeanne d'Angleterre porta dans ses veines tout l'éclat et tout le poids d'un empire tentaculaire, qui s'étendait de l'Écosse aux Pyrénées, du Poitou à la Normandie. Et pourtant, son visage s'est effacé.
C'est précisément cet effacement que l'écrivaine Annie Petrel-Mathieu a choisi de réparer. Avec Moi Jeanne d'Angleterre, fille d'Aliénor d'Aquitaine, son septième roman, publié aux Editions A&H dans la collection des Temps, elle redonne la parole à celle que l'on n'a pas entendue. Le livre (parution en mars 2026) s'impose d'emblée comme l'un des romans historiques les plus sensibles de cette saison littéraire.

Ce roman est né d’une passion pour l’écriture et le Moyen Âge (le XIIe siècle en particulier, siècle des romans arthuriens, de Chrétien de Troyes, de Tristan et Yseut, des trouvères et troubadours...). Anne Petrel-Mathieu, qui poursuit :
" Oui, on connaît peu de choses sur ces Dames du XIIe siècle, comme le dit si bien Georges Duby dans l’ouvrage qui leur est consacré. « Elles ne seront jamais pour nous que des ombres indécises, sans contour, sans profondeur, sans accent. » Leur visage n’est pas parvenu jusqu’à nous. Leurs pensées, leurs paroles sont restées silencieuses. C’est pourquoi j’ai choisi de prêter ma voix à l’une d’entre elles !
On sait que, si Jeanne est morte à Rouen en 1199, elle a été enterrée à l’abbaye de Fontevraud, là où se trouvent encore aujourd’hui les gisants d’Aliénor d’Aquitaine, d’Henri II Plantagenêt et de Richard Cœur de Lion. Le 4e gisant, jusqu’alors attribué à Isabelle d’Angoulême (épouse de Jean Sans Terre), pourrait en réalité être celui de Jeanne selon certains médiévistes (comme Martin AURELL décédé récemment). Le propre fils de Jeanne, Raimond VII de Toulouse, a également souhaité reposer auprès de sa mère, il reste aujourd’hui encore une fresque le représentant partiellement sur un des murs près du chœur de l’abbaye. Malheureusement les corps ont tous disparu à la Révolution… "
Jeanne est la fille d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II Plantagenêt ; elle est la soeur de Richard Coeur de Lion et de Jean sans Terre.
La voix qui s'élève dans ces pages est celle d'une fille. Pas d'une reine avant tout, mais d'une fille qui a regardé sa mère avec une admiration muette, presque douloureuse. Aliénor d'Aquitaine, deux fois reine, duchesse libre et indomptable, hante le roman comme une lumière trop vive pour ne pas aveugler celles qui en sont trop proches. Jeanne s'en approche, s'en éloigne, la cherche tout au long d'une vie placée sous le signe du manque et du désir d'être reconnue.
Annie Petrel-Mathieu construit son récit avec une rigueur historique rare et une liberté romanesque pleinement assumée. Elle ne reconstitue pas une biographie. Elle invente de l'intérieur, elle habite une conscience, elle fait entendre une voix intérieure que les archives n'ont jamais pu capter. Pour les lecteurs néo aquitains sensibles à l'histoire et la littérature de leur région, ce roman résonne avec une acuité particulière, tant Aliénor d'Aquitaine reste une figure fondatrice de l'identité du Sud-Ouest.
Gisants de Fontevraud, dont celui désormais attribué à Jeanne © Annie Petrel-Mathieu
Une femme au cœur de l'empire Plantagenêt
Née vers 1165, Jeanne d'Angleterre grandit dans l'un des espaces géopolitiques les plus complexes du Moyen Âge occidental. L'empire Plantagenêt, à son apogée sous Henri II, englobe l'Angleterre, la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine, l'Aquitaine et la Gascogne. Un empire que le roi tient avec une main de fer et que la reine Aliénor, longtemps tenue prisonnière par son propre mari, regarde avec un mélange de fierté et de rancœur.
Dans cet univers où les femmes sont les pièces du jeu dynastique avant d'être des personnes, Jeanne est destinée au mariage politique dès l'enfance. Elle devient reine de Sicile en épousant Guillaume II, roi normand de Palerme. Ce premier destin la propulse dans la Méditerranée médiévale, loin des brumes anglaises et des forêts normandes, au contact d'une civilisation dont le raffinement n'a rien à envier aux cours continentales.

De Fontevraud à Palerme, un itinéraire royal
Le roman suit Jeanne depuis son enfance à l'abbaye de Fontevraud, où elle fut éduquée selon les usages aristocratiques du temps, jusqu'aux rives de la Méditerranée sicilienne. Ce parcours géographique est aussi un parcours intérieur. Chaque étape impose à Jeanne une nouvelle identité, un nouveau rôle, une nouvelle solitude. Fontevraud, symbole du refuge féminin et de la sagesse monastique, contraste avec l'éclat cosmopolite de la cour de Palerme, où les influences arabes, grecques et normandes se fondent en une culture singulière. L'abbaye de Fontevraud est d'ailleurs intimement liée au patrimoine Plantagenêt que de nombreux visiteurs du Grand Ouest viennent découvrir chaque année.
Tu étais belle, tu étais libre. Trop libre peut-être dans un monde où tous les hommes sont rois. Je suis une fille de ton sang. Reine je le fus aussi, mais je n'ai pas eu la même force, le même courage que toi.
Cette voix, posée dès les premières pages, donne le ton de l'ensemble. Il ne s'agit pas d'un roman de gloire, mais d'un roman d'aveu.
La troisième croisade et le destin brisé d'une reine
L'un des épisodes les plus dramatiques de la vie de Jeanne reste sa traversée de la troisième croisade. Quand Richard Cœur de Lion part reprendre Jérusalem aux mains de Saladin, en 1191, il entraîne sa sœur dans ce tourbillon guerrier. Jeanne accompagne la flotte royale en Méditerranée orientale, traversant des terres brûlées par la guerre et la chaleur. Sa présence aux côtés de son frère n'est pas que symbolique : Richard envisage même de la donner en mariage au prince musulman frère de Saladin, habituellement appelé el-'Adil ( ou al-'Adil), dans le cadre d'une négociation diplomatique qui ne verra jamais le jour.
Entre Richard et Jean, une sœur dans l'ombre des rois
La figure de Richard Cœur de Lion est partout dans la littérature et le cinéma médiévaux. Celle de Jean sans Terre, plus sulfureuse, plus contestée, a elle aussi largement été traitée. Mais Jeanne, la sœur entre les deux frères, a presque toujours été oubliée. Annie Petrel-Mathieu fait de cet oubli le moteur même de son roman. Être la sœur de Richard, c'est vivre à l'ombre d'un héros que le monde entier admire. Être la fille d'Aliénor, c'est porter un héritage que rien ne prépare réellement à assumer. Ce thème des femmes effacées par l'Histoire traverse toute la littérature historique contemporaine avec une vitalité croissante.
Je suis fille du vent et de l'orage. Sœur de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre. Et pourtant, l'Histoire ne m'a pas retenue.
Annie Petrel-Mathieu, une plume au service des oubliées de l'Histoire
Avec ce septième roman, Annie Petrel-Mathieu confirme une trajectoire littéraire cohérente et exigeante, celle d'une auteure qui choisit de restituer une voix aux femmes que les grandes fresques historiques ont trop souvent laissées sans parole. Son écriture, à la fois rigoureuse dans les faits et lyrique dans les émotions, réussit l'équilibre difficile entre le roman historique documenté et la fiction intérieure.
Les Editions A&H et la collection des Temps
Moi Jeanne d'Angleterre, fille d'Aliénor d'Aquitaine paraît aux Editions A&H, collection des Temps, maison d'édition qui s'est construite une réputation solide dans le domaine des romans historiques français. La collection des Temps réunit des textes qui font le choix de la profondeur narrative sur la facilité de l'anecdote. Ce roman s'y inscrit naturellement, avec la force tranquille d'un récit qui n'a pas besoin de sensationnalisme pour toucher. Les amateurs de romans historiques ancrés dans le Sud-Ouest médiéval y trouveront une lecture de premier ordre.
Rouen, ultime destination d'un destin accompli
La vie de Jeanne s'achève à Rouen en 1199, quelques semaines après la mort de son frère Richard, alors qu'elle attend un enfant. Elle avait alors à peine 34 ans. Ce dénouement, à la fois proche géographiquement de ses terres d'origine et symboliquement lié à la disparition du roi qu'elle avait suivi jusqu'en Orient, donne au roman une conclusion d'une sobriété poignante. Rouen, ville des ducs normands, ville d'une autre Jeanne quelques siècles plus tard, referme ici un destin de femme que l'Histoire avait cru pouvoir taire.
Jeanne d'Angleterre n'était peut-être pas faite pour régner. Mais elle était faite pour être lue.
Moi Jeanne d'Angleterre, fille d'Aliénor d'Aquitaine, 4e de couverture
« Tu es Aliénor d’Aquitaine, duchesse et reine, épouse successive de deux rois, l’un de France, l’autre d’Angleterre. Toi, ma mère, toi que j’ai tant aimée, admirée en silence. Tu étais belle, tu étais libre. Trop libre peut-être dans un monde où tous les hommes sont rois.
Je suis une fille de ton sang. Reine je le fus aussi, mais je n’ai pas eu la même force, le même courage que toi. Contrairement à toi, je n’étais pas faite pour régner.
Je m’appelle Jeanne. Jeanne d’Angleterre. Fille d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Anjou et du Maine. Je suis fille du vent et de l’orage… ».
Sœur de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre, Jeanne naît au cœur d'un vaste empire qui s'étend bien au-delà de l’Angleterre, de la Normandie et des terres d’Aquitaine. Sur l'échiquier des rois, elle affronte son destin de l’abbaye de Fontevraud à Palerme, des terres brûlées de la 3e croisade à Rouen.
Oubliée de l’Histoire, elle renaît aujourd’hui sous la plume vibrante d’Annie PETREL-MATHIEU. Ce roman dévoile le visage intime, sensible d'une femme qui n’aura de cesse de rechercher l’amour de sa mère, l’indomptable Aliénor d’Aquitaine.
Un voyage au cœur de la flamboyante dynastie Plantagenêt !
Nombre de pages : 300 pages
ISBN : 978-2-493593-27-6
Sources de l'article
- Les Temps / Editions A&H — Présentation du roman Moi Jeanne d'Angleterre, fille d'Aliénor d'Aquitaine
- Photos article © Annie Petrel-Mathieu



