Du 29 janvier au 1er février, Le Grand OFF s'impose comme une alternative qui replace les artistes et le public au cœur de l'événement, sans barrières financières, en s'appuyant sur une Charte qui définit des valeurs éthiques fortes : transparence, équité, respect des personnes et refus catégorique de l'intelligence artificielle dans la création visuelle.
📅 Du 29 janvier au 1er février 2026 | 📍 60 lieux à Angoulême | 🎨 Plus de 150 événements gratuits

Une mobilisation collective inédite
Cette manifestation née dans l'urgence rassemble l'ensemble des acteurs culturels locaux : auteurices, éditeurices, libraires, associations, institutions et étudiants. Le résultat impressionne : plus de 150 événements répartis dans 60 lieux publics et privés à travers plusieurs quartiers. Expositions, conférences, ateliers, spectacles, dédicaces et soirées composent une programmation qui refuse la logique de vitrine pour proposer une véritable ville-atelier au plus près des créateurs et de leurs publics.
Depuis 1987, le Off accompagne discrètement le rendez-vous officiel d'Angoulême. En 2026, il change d'échelle pour maintenir ce créneau qui fait de la cité charentaise une capitale reconnue mondialement. Cette dynamique soutenue par les collectivités locales raconte bien plus qu'un plan B : elle dessine un laboratoire culturel qui pose les questions traversant toutes les professions artistiques aujourd'hui. Comment faire fête de manière juste et durable ? Comment rémunérer correctement celles et ceux qui créent ?
Une cartographie géante à travers toute la ville
Le Grand OFF se déploie comme une promenade culturelle à choix multiples. La programmation investit des lieux emblématiques : la Cité internationale de la bande dessinée et son Musée, la Maison des auteurs, l'Hôtel Saint-Simon, les Chais Magelis, La Baraka, sans oublier de nombreux tiers-lieux qui tissent le réseau culturel contemporain. L'événement revendique une logique simple : multiplier les points d'entrée pour éviter l'impression d'un centre unique obligatoire et favoriser une circulation fluide.
Cette approche décentralisée transforme l'information en enjeu majeur. L'organisation propose un site structuré par filtres permettant une lecture heure par heure, complété par des supports papier distribués sur place. L'objectif reste concret : faciliter l'accueil, éviter l'entre-soi et rendre la programmation accessible malgré son foisonnement.

Les temps forts : Rabier, Bretécher et le spectacle vivant
Plusieurs rendez-vous majeurs structurent la programmation. Le Vaisseau Moebius accueille Animalités, une grande exposition consacrée à Benjamin Rabier, créateur du canard Gédéon et artisan du visuel iconique de La Vache qui rit. Ce choix rappelle que la bande dessinée constitue une culture visuelle partagée au-delà des cercles d'initiés.
Le Musée présente une rétrospective Claire Bretécher, figure majeure qui a su regarder la société au scalpel avec humour et sens de l'observation. La mettre au premier plan rappelle ce que la BD a porté dans le débat public. À la Préfecture de la Charente, une exposition Matthieu Sapin fait entrer le dessin dans les murs institutionnels, symbolisant une reconnaissance officielle du médium.
Le programme valorise aussi des formats qui échappent à la dédicace classique, notamment avec un spectacle conté et dessiné par Guillaume Trouillard. La rencontre devient récit vivant, dessin en direct et écoute collective partagée. Un volet dédié, Le Grand OFF des petits lecteurs, s'adresse aux scolaires et familles, affirmant que la BD constitue une langue d'apprentissage à part entière.

Une Charte pour transformer les règles du jeu
Le cœur politique du Grand OFF réside dans sa Charte, conçue comme base de bonnes pratiques directement nourrie par les revendications des collectifs professionnels. Elle garantit une visibilité sans hiérarchie de notoriété, prend en compte la diversité éditoriale et valorise des formats variés de rencontre.
Sur le plan crucial de la rémunération, la Charte pose des principes clairs : rémunération des dédicaces traditionnellement gratuites, paiement des interventions selon une grille de référence, reconnaissance d'un droit de présentation publique pour les artistes exposés, et rémunération pour la création visuelle de l'événement. Toutes les entrées restent gratuites pour le public, de même que les emplacements pour les exposants. Des points d'accueil identifiés orienteront les visiteurs, tandis qu'un espace dédié aux auteurices proposera repos et bagagerie.
En filigrane, cette Charte répond à la fatigue d'un modèle devenu problématique : trop d'attente, trop peu d'échange véritable, une asymétrie criante entre valeur culturelle et réalité économique des créateurs. Le Grand OFF formalise ce qu'il refuse et ce qu'il veut expérimenter concrètement.
Un mouvement en constellation à travers l'Europe
Parallèlement, les Fêtes Interconnectées de la Bande Dessinée proposent un week-end de célébration simultanée dans plusieurs villes françaises et européennes. Nantes, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Strasbourg, Marseille, Paris, Bruxelles, Mons et Tournon-sur-Rhône figurent sur une affiche d'Anouk Ricard, accompagnée d'une carte interactive. Ce principe fait écho au Grand OFF : une culture qui ne dépend plus d'un lieu unique mais peut se propager et se partager entre territoires.
Dans la même période, plusieurs auteurs et maisons d'édition néo-aquitains figurent dans les sélections scolaires 2026. Les poissons, eux, ne pleurent pas de Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx pour les lycées, Camille Cobra de Cléry Dubourg et Léo Louis-Honoré pour les collèges, L'Île des mythes d'Anaïs Halard et Sole Otero pour les écoles. Trois œuvres qui affirment la BD comme lecture de formation, pas simple loisir.

Une semaine culturelle qui se réinvente
Dire que Le Grand OFF remplace le rendez-vous traditionnel serait exact calendairement, mais réducteur quant à la dynamique réelle. Il occupe un vide et le transforme en expérimentation publique. Gratuité généralisée, dispersion dans la ville, formats variés, respect et rémunération équitable : tout dessine une proposition qui dépasse l'événementiel ponctuel.
Pour Angoulême, l'enjeu est clair : garder son statut de capitale du 9e Art sans faire semblant, prouver qu'une ville peut porter une fête culturelle autrement qu'en vitrine commerciale. Pour les auteurices, retrouver un espace où la rencontre ne se paie pas en épuisement et où le travail artistique ne disparaît pas derrière l'organisation.
Reste la question que le Grand OFF pose sans détour à tout le secteur : si ce modèle fonctionne en termes de public, de qualité de rencontre et d'équité, restera-t-il un simple off marginal ou deviendra-t-il une nouvelle référence pour organiser les grandes manifestations du 9e Art ?
Sources de l’article
- Dossier de presse “Le Grand OFF* de la bande dessinée” (édition 2026, conférence de presse et Charte)
Crédit Photo Julien Magnan



