Avec 5 370 emplois militaires et 1 700 emplois supplémentaires générés dans l’économie locale, elle influence directement 7 100 emplois et 14 050 habitants. La présence militaire en Nouvelle-Aquitaine dépasse sa dimension stratégique. Elle structure aussi l’économie des territoires. La base de défense Rochefort-Saintes-Cognac-La Rochelle en est un exemple emblématique. Quels sont ses impacts sur l’emploi, la consommation et les communes environnantes ?
Un employeur clé pour Charente et Charente-Maritime
En 2023, la base de défense Rochefort-Saintes-Cognac-La Rochelle, hors site de La Rochelle, emploie 5 370 militaires, ce qui en fait le premier employeur des départements de Charente et Charente-Maritime, devant le centre hospitalier de La Rochelle. Créée en 2011, elle regroupe les bases aériennes 721 (Rochefort), 722 (Saintes) et 709 (Cognac), ainsi que des effectifs des armées localisés à La Rochelle (non inclus dans cette étude).
L’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) représente 97 % des effectifs, suivie par la Marine Nationale (2 %) et l’Armée de Terre (1 %). La base accueille 2 930 élèves militaires (55 % des effectifs), principalement basés à Rochefort et Saintes. Les militaires de carrière comptent pour 38 %, et les réservistes pour 7 %. La moyenne d’âge des militaires est de 28 ans, avec une proportion de 23 % de femmes, proche de la moyenne nationale au sein de l’AAE.

Un impact économique direct et indirect
Au-delà des emplois militaires, la base génère plus de 1 700 emplois supplémentaires dans l’économie locale. Cela signifie que trois emplois militaires engendrent un emploi local. Ces emplois proviennent des dépenses de consommation des militaires et de leurs familles, ainsi que des dépenses liées au fonctionnement de la base.
En 2023, la base a dépensé 21,9 millions d’euros auprès d’entreprises locales pour son fonctionnement et ses infrastructures, créant 260 emplois indirects, principalement dans :
- L’entretien des bâtiments et espaces verts (59 %)
- La construction (26 %)
- L’industrie alimentaire (5 %)
Au total, 7 100 emplois salariés et 14 050 habitants sont liés à la base, représentant 2,2 % des emplois et 1,3 % de la population en Charente et Charente-Maritime.

Les trois bases aériennes : des leviers économiques locaux
La base de défense Rochefort-Saintes-Cognac-La Rochelle est composée de trois bases aériennes majeures : Rochefort, Cognac-Châteaubernard et Saintes. Chacune joue un rôle économique crucial dans son territoire.
La base aérienne de Rochefort : un ancrage local fort
Avec plus de 3 000 emplois militaires, la base de Rochefort est le deuxième employeur de Charente-Maritime. Elle génère 860 emplois supplémentaires grâce aux dépenses de consommation et de fonctionnement, portant le total à 3 900 emplois (2,0 % des emplois du département).
Son influence s’étend sur 46 communes, où 13 % des emplois et 6 % des habitants sont liés à sa présence. La base influence également 7 300 habitants (1,1 % de la population charentaise-maritime).

La base aérienne de Cognac-Châteaubernard : un acteur économique clé
La base de Cognac-Châteaubernard emploie 1 470 militaires, ce qui en fait le troisième employeur de Charente. Elle génère 620 emplois supplémentaires, pour un total de 2 100 emplois (1,7 % des emplois du département). Ces emplois font vivre 4 800 habitants (1,4 % de la population charentaise).
Son impact économique s’étend sur 53 communes, où 7 % des emplois et 5 % des habitants sont liés à sa présence.

La base aérienne de Saintes : un impact local significatif
La base de Saintes emploie 870 militaires, ce qui en fait le huitième employeur de Charente-Maritime. Elle génère 200 emplois supplémentaires, pour un total de 1 100 emplois (0,6 % des emplois du département). Ces emplois font vivre 1 900 habitants (0,3 % de la population charentaise-maritime).
Son impact économique s’étend sur 13 communes, où 5 % des emplois et 3 % des habitants sont liés à sa présence.

Un impact économique diversifié
Derrière les grilles des casernes et les exercices en uniforme se cache un moteur économique souvent méconnu : les bases militaires. À Rochefort, Saintes et Cognac, la présence de milliers de soldats et de leurs familles ne se limite pas à une question de défense nationale. Elle irrigue en silence l'économie locale, créant des emplois là où d'autres secteurs peinent à maintenir leur activité.
Des hôpitaux aux écoles : un effet domino sur les services publics
À l'hôpital de Rochefort, le service des urgences ne désemplit pas. Parmi les patients, de nombreux militaires et leurs proches, dont la présence stable permet de maintenir des postes médicaux qui auraient pu disparaître. "Sans eux, on aurait probablement dû fermer des lits", confie un cadre hospitalier sous couvert d'anonymat. Les crèches, les écoles et les centres sociaux bénéficient du même phénomène : une population jeune et nombreuse qui garantit leur fréquentation.
Cette dynamique se répercute sur l'administration locale. Les mairies des communes environnantes voient leurs recettes fiscales augmentées par les résidents liés à la base. "On peut investir dans des équipements publics qu'on n'aurait pas pu se permettre autrement", explique un élu de Saintes. Les services de l'État - trésorerie, préfecture, douanes - y trouvent aussi une justification renforcée pour maintenir leurs effectifs.
Le commerce local dopé par des clients réguliers
Dans le centre-ville de Rochefort, les commerçants ne s'y trompent pas. "Les militaires, c'est notre clientèle la plus fidèle", souligne la gérante d'une boulangerie près de la base. Supermarchés, garages, coiffeurs : tous constatent cette manne régulière. "Ils dépensent localement, et ça fait tourner l'économie", ajoute un restaurateur. Même les marchés hebdomadaires profitent de cette fréquentation assurée, avec des étals qui ne désemplissent pas les jours de paie.
Le BTP en première ligne des retombées économiques
Mais c'est peut-être le secteur du bâtiment qui bénéficie le plus directement de cette présence militaire. "Sans les contrats de la base, on aurait du mal à tenir", reconnaît un artisan maçon. Entre l'entretien des casernes, les travaux d'infrastructure et les logements à construire pour les familles de militaires, les entreprises locales du BTP trouvent ici un vivier de commandes régulier. "Ça nous permet d'embaucher et de former des apprentis", se félicite un chef d'entreprise.
Un écosystème économique qui dépasse les murs des casernes
Ce qui frappe les observateurs, c'est l'effet multiplicateur de ces dépenses. Chaque euro dépensé par un militaire ou la base elle-même se répercute plusieurs fois dans l'économie locale. "C'est un cercle vertueux", analyse un économiste local. Les salaires versés aux militaires sont réinvestis dans les commerces, qui paient leurs fournisseurs locaux, qui à leur tour embauchent...
Dans des territoires souvent menacés par la désertification économique, cette présence militaire apparaît comme un rempart invisible. "Sans eux, beaucoup de commerces auraient fermé et des services publics auraient disparu", résume un maire. Un constat qui donne une nouvelle dimension à la notion de "défense nationale" : celle d'un bouclier économique pour des territoires qui en ont bien besoin.

Un acteur économique majeur pour les territoires
La base de défense Rochefort-Saintes-Cognac-La Rochelle, avec ses trois bases aériennes, s’impose comme un pilier économique pour la Charente et la Charente-Maritime. Au-delà de son rôle militaire, elle génère des milliers d’emplois, stimule la consommation locale et soutient les entreprises des territoires environnants.
Son influence s’étend bien au-delà de ses murs, façonnant la vie économique et sociale des communes voisines. Les dépenses des militaires, de leurs familles et des fournisseurs locaux irriguent des secteurs clés comme la santé, le commerce, l’administration publique et la construction. Cette dynamique crée un écosystème économique résilient, où chaque euro dépensé se répercute en emplois, en revenus et en développement pour les territoires.
Un ancrage qui fait de cette infrastructure bien plus qu’une simple base militaire : un moteur économique indispensable pour des régions où chaque emploi compte.
Sources de l'article
- Insee Flash Nouvelle-Aquitaine n° 127, Octobre 2025
- Insee Analyses Nouvelle-Aquitaine n° 166, Octobre 2025
- Insee Analyses Nouvelle-Aquitaine n° 167, Octobre 2025
- Insee Analyses Nouvelle-Aquitaine n° 168, Octobre 2025



