Après 25 ans de recherches dans l’ombre, Syklea dévoile en 2026 une technologie pour transformer le CO2 en carburant

Partagez l'article

Et si les algues devenaient l'une des réponses les plus sérieuses à la décarbonation de l'industrie lourde et à la production de carburant par la même occasion ?

Syklea, une entreprise girondine, transforme le CO2 en carburant grâce à des algues.
Syklea, une entreprise girondine, transforme le CO2 en carburant grâce à des algues.

Syklea, jeune biotech implantée en Gironde, développe depuis 2021 une technologie de captation du CO₂ industriel par microalgues, sans bassin, sans eau courante, et avec des rendements qui font lever les sourcils. Le projet est discret, mais mérite clairement qu'on s'y attarde !

À lire également :

Syklea : 25 ans de recherche derrière une start-up de 4 ans

Basé à Saint-Sulpice-et-Cameyrac, à 20 minutes de Bordeaux, Syklea est la concrétisation commerciale de plus de 25 ans de travaux en R&D sur les microalgues et la captation carbone. Fondée en 2021 sous le nom Planet Forever, elle est rebaptisée Syklea en 2023 pour mieux incarner son positionnement : transformer le CO₂ en ressource valorisable.

Derrière le projet, trois profils scientifiques et entrepreneuriaux : Pierre Calleja, Christophe Conan et Gérard Canal. Pierre Calleja est notamment connu pour ses travaux sur les "arbres à algues" urbains, des installations vivantes capables de filtrer l'air en ville. Ce n'est donc pas un projet de garage, mais bien une recherche appliquée qui cherche enfin à passer à l'échelle industrielle.

La révolution No Water Technology™

La plupart des systèmes à microalgues fonctionnent avec des bassins ouverts ou des photobioréacteurs remplis d'eau. Syklea prend le contre-pied total avec sa No Water Technology™ (NWT) : les microalgues croissent sur un support à film mince, avec un minimum de liquide recyclé en quasi-circuit fermé.

Résultat :

  • 45 à 60 % de réduction des coûts énergétiques par rapport aux procédés classiques.
  • Élimination de plus de 99 % de l'eau utilisée habituellement.
  • 50 à 100 g de CO₂ capté par m² de panneau par jour.
  • Plus de 600 kg d'hydrocarbures produits par m² par an pour certaines souches (notamment Botryococcus braunii).

Ces panneaux NWT sont modulaires : ils s'installent sur des cheminées industrielles, des toitures ou des façades de bâtiments, sans nécessiter de surface supplémentaire au sol, captant ainsi directement le CO₂.

Syklea, une entreprise girondine, transforme le CO2 en carburant grâce à des algues.

Du CO₂ de cheminée aux biocarburants : le procédé en 3 temps

Le procédé de Syklea suit une logique simple, mais l'exécution est ce qui créée leur valeur.

Étape

Ce qui se passe

Capture

Les fumées industrielles sont dirigées vers les panneaux NWT. Les microalgues absorbent le CO₂ sous l'effet de la lumière (LED ou naturelle).

Cultivation

Les algues se développent sans eau liquide, sur support optimisé, avec recyclage quasi-total des nutriments.

Valorisation

Les lipides extraits deviennent des biocarburants (méthane, hydrocarbures synthétiques) ou de la biomasse pour la chimie, les cosmétiques ou les plastiques.

Le CO₂ n'est pas stocké ou enfoui, il est converti en matière première. C'est là toute la logique d'économie circulaire portée par la startup girondine.

Syklea, une entreprise girondine, transforme le CO2 en carburant grâce à des algues.

Qui seront les clients ? Les plus gros émetteurs en premier

Pour les particuliers, la technologie de Syklea n’est clairement pas adaptée. Ses solutions ALIUM Systems ciblent en priorité les industries à fortes émissions : cimenteries, aciéries, verreries, raffineries et incinérateurs. Ce sont précisément les secteurs où les alternatives de décarbonation sont les plus rares et les plus coûteuses.

En parallèle, la gamme UrbanAlg vise les espaces urbains avec des purificateurs d'air intérieur (bureaux, hôpitaux, écoles) et des démonstrateurs en plein air, dont plusieurs sont en cours de déploiement autour de Bordeaux et en Gironde. Des collectivités territoriales sont également dans le viseur, dans le cadre des plans climat locaux.

Face aux procédés de captation chimique classiques (CCS) ou aux autres projets microalgues (souvent trop gourmands en eau et en surface), Syklea occupe un créneau clair : modulaire, industriellement réaliste, et économe en ressources. Bref, une combinaison de facteurs clés de succès !

Il va falloir surveiller Syklea

Syklea reste une jeune structure deep tech, encore en phase de croissance. Ses chiffres d'affaires et financements ne sont pas publiés, et la couverture médiatique nationale est limitée, en partie parce que sa communication cible les décideurs industriels et les institutionnels, pas le grand public.

Mais les signaux sont là : démonstrations urbaines en cours, banque de souches accessible aux partenaires, et une technologie brevetée qui répond à une contrainte réglementaire croissante (taxes carbone, quotas EU ETS). Si la croissance se confirme dans les 18 à 24 prochains mois, Syklea pourrait bien passer du radar régional à l'agenda des grandes industries européennes !

Une startup girondine à garder dans un coin de l'écran…

FAVICOSources :

  • Données officielles Syklea
  • Images : © Syklea