Le Festin #100 : l’utopie pour thématique

Pour célébrer la parution de son centième numéro, le festin a choisi un pari relevé : l’utopie pour thématique, rien de moins. Passé, présent, futur nourrissent le sommaire d’un numéro hors du commun, à la pagination augmentée. Dans ce numéro est d’abord retracé le parcours de ....

 Le Festin #100 : en un mot comme en cent : un numéro collector.
Le Festin #100 : en un mot comme en cent : un numéro collector.

.... visionnaires – ou d’excentriques, selon le point de vue – : du « roi d’Araucanie et de Patagonie » venu du Périgord amadouer les Indiens mapuches de la pointe sud de l’Amérique du Sud au dandy et magnat des temps  modernes, Bruno Ledoux, récent repreneur du château d’Ilbarritz à Bidart ; des frères Réthoré, magnifiques recréateurs d’une folie charentaise appelée Mercerie qui les ruina, à l’Écossais Patrick Geddes, concepteur d’une tour en Dordogne, disparue de nos jours, aux remarquables soubassements théoriques et scientifiques ; de l’héritier Wendel, commanditaire du château d’Ilbarritz, conçu tout à la fois pour abriter le plus grand orgue jamais conçu et comme un palais hygiéniste idéal, à Napoléon III, qui voulut la création de la commune landaise de Solférino en tant que lieu de l’utopie agraire; de la Lot-et-Garonnaise Paulette Bernège, féministe avant l’heure, pionnière des « sciences ménagères », à ce Facteur Cheval qui, en Charente-Maritime, sculpta à n’en plus finir pour le bien d’un jardin surréaliste…

Ce Spécial Utopies est aussi l’occasion d’inventorier des projets architecturaux envisagés et jamais réalisés, tels qu’à Pau ou Bordeaux, archives inédites à l’appui, quand en contrepoint sont recensés des projets improbables et pourtant bel et bien accomplis à travers la région, dans tous les domaines (littérature, architecture, sport, etc.). Enfin, l’utopie emporte de convoquer l’imaginaire : retrouvez des exercices de style prospectifs façonnés par des artistes et penseurs de la Nouvelle-Aquitaine.


pdfLes Grands Sujets du Festin n°100


L'Edito par XAVIER ROSAN
.... D’AUTRES ÉDENS

« Une carte du monde sur laquelle ne figure pas d’Utopie ne mérite pas le moindre coup d’oeil. » Oscar Wilde

Projection imaginaire et illusoire, l’utopie, toujours en quête d’un modèle idéal, part du postulat que le présent est loin d’être parfait et se propose de l’améliorer, soit en dessinant les contours d’une terre promise (la Jérusalem céleste) – on parle d’utopie positive –, soit en alertant sur l’enfer qui se dessine (Le Meilleur des mondes, d’Aldous Huxley) – utopie négative. La science-fiction, par exemple, offre un terreau dans lequel les pensées utopiques se sont de tout temps élaborées (à commencer par L’Odyssée d’Homère).

couv LF100Aux XVIIIe et XIXe siècles, des visionnaires à l’image de Jules Verne ont tissé, à l’aune des progrès scientifiques de leur temps, des fictions parfois à peine décalquées du quotidien, si bien que certaines de leurs « élucubrations » se sont effectivement réalisées un jour. L’utopie est donc un tissu de rêves, pouvant, à l’occasion, se changer en réalité. Vision chimérique pour une société meilleure ou phantasme explorant des horizons inexplorés, elle génère des récits de voyages imaginaires, sur terre, sur mer ou dans les airs. Quantité d’édens, d’eldorados, de pays de « cocagne » ont ainsi été anticipés, et ne cessent de l’être encore de nos jours.

C’est aussi (et peut-être surtout ?) ce qui fait avancer le monde. De fait, sous couvert d’utopie, certains penseurs se donnent libre cours, par devers les censures et les frontières, pour bâtir leur société idéale, à commencer par Utopia (« lieu de nulle part »), l’Angleterre transfigurée de Thomas More, qui a donné son nom au concept qui nous occupe. L’utopie est bien souvent à l’origine d’une ville, ou ce qui le deviendra (Hossegor, par exemple). Mais les penseurs utopistes font fréquemment abstraction de la réalité tangible, si bien que nombre de leurs projets restent dans des cartons (Cyprien Alfred-Duprat), lesquels, au demeurant, nous émerveillent.

À l’inverse, certaines « utopies » peuvent tout à fait s’accomplir, souvent dans des domaines technologiques (l’homme qui vole de Léonard de Vinci), urbanistiques (le plan Voisin de Le Corbusier) et politiques (les philosophes des Lumières), mais les échecs sont nombreux, tel Solférino dans les Landes, conjecturé par Napoléon III et bien vite tombé en déshérence. In fine, tout à l’origine est « utopie », même si le « principe de réalité » prévaut en toutes circonstances, car une utopie qui se concrétise n’est, quasiment par définition, plus une utopie… Au diable les définitions, cela dit. Demeurent les rêves, les visions, les illusions, les formulations plus ou moins chimériques de la pensée, sans lesquels le quotidien n’existerait tout simplement pas.

À l’occasion de ce n° 100 du festin, plutôt que de regarder dans le rétroviseur des presque trois décennies de parution de la revue (une forme d’utopie à l’origine…), nous avons souhaité ouvrir grandes nos pages aux territoires de l’Utopie (positive), ultime et magnifique espace de liberté propre à l’Humanité, rempart inviolable contre les dérives et les fanatismes qui menacent le monde, ce « nulle part » en chacun de nous.

Référence ISBN : 9782360621507
En savoir plus http://www.lefestin.net