Journée mondiale du recyclage : n’oublions pas la priorité à la réduction !

Le 18 mars célèbre l’importance du recyclage dans le monde. Créée en 1994, la journée mondiale du recyclage a vocation à promouvoir la consommation de produits fabriqués à partir de matériaux recyclés. 

Chaque année, la France produit près de 38 millions de tonnes de déchets ménagers soit presque 500 kg par personne.

Autant de matières premières puisées, épuisées et jetées. A l’occasion de la journée mondiale du recyclage, Surfrider Foundation Europe et Zero Waste France souhaitent rappeler que si le recyclage fait partie des solutions pour traiter les déchets, il doit intervenir après la réduction à la source. Les ONG regrettent que les politiques publiques ne favorisent pas assez les alternatives qui permettront de changer de modèle afin de réduire les impacts sur l’environnement de nos emballages et nos produits. Elles appellent à plus de visibilité et d’investissements en faveur notamment de l’écoconception, du réemploi et de la réparation.

Faut-il encore rappeler les limites du recyclage ? L’exemple du plastique

Moins de 10 % de tout le plastique mis en circulation depuis les années 50 a été recyclé*.

Le recyclage combine d’importantes limites techniques et environnementales qui ne permettent pas de gérer les millions de tonnes de plastiques produits (dégradation de la quantité et qualité du matériau recyclé, consommation énergétique, additifs toxiques… etc) explique Diane Beaumenay-Joannet, chargée de plaidoyer plastique pour Surfrider Foundation Europe.

Les ONG environnementales rappellent qu’il faut être très vigilant car un produit ou un emballage qui se dit recyclable, n’est pas forcément recyclé. Par exemple, sur tous les emballages plastiques mis en marché, un quart n’est pas recyclable faute de filière installée et un quart n’est pas recyclable d’un point de vue technique.

Les industriels continuent à inventer de nouvelles résines ou matériaux multicouches qui se disent recyclables alors qu’aucune filière n’existe pour les traiter ajoute Juliette Franquet, directrice de Zero Waste France.

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Un soutien au détriment des autres alternatives

La hiérarchie des modes de traitement des déchets inscrite dans le droit français et européen indique que la réduction à la source et le réemploi sont prioritaires avant le recyclage.

Et pourtant selon Diane Beaumenay-Joannet, on constate qu’on privilégie encore trop souvent dans les politiques publiques le recyclage aux autres solutions plus bénéfiques pour l’environnement et pour la société en termes notamment de création d’emploi.

Si l’on additionne les fonds existants aujourd’hui issus des récents plans de relance, d’investissement et des fonds de l’ADEME, on réalise que 6 fois plus d’argent est destiné au développement du recyclage par rapport aux fonds pour l’écoconception, la réduction et le réemploi précise Juliette Franquet.

L’argent public n’est pas bien utilisé alors que par exemple la consigne, le vrac et la réparation ont absolument besoin de soutien pour se développer se désole-t-elle.

Les montants alloués ne respectent pas les besoins en investissement des filières de réduction et de réemploi : la stratégie 3R mise en consultation par le Gouvernement au 1er trimestre 2022 les estime à une fourchette comprise entre 1 et 2,3 milliards d’euros quand ceux pour le recyclage sont évalués entre 600 millions et 1,7 milliards d’euros.

Enfin, ce surinvestissement dans le recyclage présente un fort risque de contre-productivité : à force de mettre de l’argent dans le recyclage de certains matériaux, on finit par encourager leur production pour rentabiliser les investissements, au détriment des alternatives de réemploi et de réparation.

*Entre 1950 et 2017, 9,2 milliards de tonnes de plastique ont été produites au total, ce qui fait plus d’une tonne par personne vivant actuellement sur la planète. 24 % seulement sont toujours en cours d’utilisation Il s’agit principalement de produits à usage unique et d’emballages. Moins de 10 % de tout le plastique jamais mis en circulation a été recyclé atlas du plastique

AOL-En-savoir-plus.pngEn savoir plus .... 

.... sur les limites du recyclage

.... sur les fausses bonnes solutions autour du plastique

.... sur la création d’emploi dans le réemploi

.... sur le manque de soutien à la réparation

ONG créée en 1990, Surfrider Foundation Europe, agit pour la protection des océans, du littoral, des vagues et de leurs usagers. Depuis 30 ans, fort d'une équipe d'experts et de 49 antennes bénévoles réparties sur 12 pays européens, l'association travaille avec les parties prenantes (citoyens, secteurs privé et public) sur plusieurs grands thèmes : les déchets aquatiques, l'artificialisation du littoral, le changement climatique, la qualité de l'eau et la santé des usagers. https://surfrider.eu/

Créée en 1997 sous le nom du Cniid, Zero Waste France est une association citoyenne et indépendante qui milite pour la réduction des déchets et une meilleure gestion des ressources. Elle agit auprès de tous les publics (citoyen·nes, élu·es, professionnel·les, entreprises…) à travers quatre missions : faire avancer les politiques publiques, informer les citoyen.nes et décrypter les enjeux, analyser les textes de loi et dénoncer les entreprises, accompagner les actrices et acteurs de terrain. https://www.zerowastefrance.org


Crédit Photo Simplified Pixabay License / Source Rédactionnelle Surfrider Foundation Europe et Zero Waste France