La gemme : “l’or des pins” des Landes de Gascogne

Le gemmage est pratiqué dans les Landes de Gascogne depuis l’Antiquité. A cette époque, le territoire était essentiellement occupé par des marécages. Le pin maritime, essence autochtone était présente mais en proportions largement moindres qu’actuellement.

La résine récoltée était notamment utilisée par l’empire Romain dans le calfatage des bateaux. Depuis cette époque et jusqu’au XIXe siècle, les techniques de récolte ont peu évolué. Après blessure du pin, la gemme s’écoulait et était récoltée dans un trou au pied de l’arbre. A partir du XIXe siècle, une vaste campagne de boisement des Landes de Gascogne a été lancée sous Napoléon III.

L’objectif était de drainer les landes, et arrêter l’avancée des dunes. Le gemmage s’est considérablement développé et les techniques de récolte évoluèrent. En effet, en 1844 la gemme est récupérée dans un pot en terre cuite fixé sur le tronc : c’est la méthode Hugues (Krasnodebski, 2016). La filière de la résine devient plus structurée et s’industrialise. Des usines de distillation voient le jour.

A l’époque, le gemmeur a un statut de métayer. Il partage son revenu issu de la récolte de gemme avec le propriétaire des terres (environ 50% des revenus sont versés au propriétaire). Ce statut ne convient pas aux gemmeurs, ce qui sera à l’origine de crises. Dans les années 1920, le pic de production est atteint avec 178 millions de litres récoltés. Les revenus engendrés par la résine sont supérieurs à ceux engendrés par la récolte de bois. Dans les années 1930, l’Union Corporative des Résineux est créée. Son rôle est de répartir le prix de la gemme entre les parties prenantes : gemmeurs, propriétaires et distillateurs. A partir des années 50, la production de résine dans les Landes chute. En 1952 elle n’est plus que de 62 millions de litres en 1959, 12 millions de litres en 1975 puis quasi-nulle en 1993 (Guinaudeau, 1961).

Les causes de cette chute sont nombreuses. Premièrement, de grands incendies ont ravagé la forêt entre 1945 et 1949. A cela s’ajoutent le travail pénible et solitaire (le gemmeur doit vivre en forêt, éloigné des villages) et la rémunération insuffisante. Le gemmage n’attire plus les jeunes et la profession de gemmeur est vieillissante. En parallèle, la France importe de la gemme à des coûts très inférieurs de pays tels que le Portugal, la Grèce et la Chine. La main d’œuvre étant beaucoup moins 4 chère qu’en France, la filière française n’est pas compétitive. Le développement des produits de synthèse (issus de la pétrochimie) participera également à la disparition du gemmage dans les Landes de Gascogne.

©ALDEAN Infographie - DH Photographie

Le saviez-vous ?

II ne faut pas confondre le produit qu'on appelle la gemme (ou résine) avec la sève du pin. La sève circule dans l'arbre, entre les racines et les feuilles, et sert au transport de l'eau et des substances nutritives. La gemme, elle, est un produit de cicatrisation que le pin élabore et tient en réserve dans ses canaux résinifères, et qu'il a la possibilité d'envoyer en réaction aux agressions : blessures, attaques d'insecte, etc.

Du nouveau dans le gemmage

L’association Gemme la Forêt d’Aquitaine, créée en 2014, mène depuis 2018 une expérimentation à Saint-Vincent-de-Paul avec un nouveau procédé de gemmage.

Le projet de Gemme La Forêt d’Aquitaine est basé sur la méthode Borehole (perçage d’un trou de 14 mm sur 12 cm de profondeur) avec recueil de la résine dans un sac plastique. Le périmètre d’expérimentation s’opère sur trois parcelles (stations différentes). 4 à 5 activants différents (retardateur favorisant l’écoulement de la résine) ont été testés sur deux des trois stations. 

Classiquement, la résine naturelle est transformée en deux produits principaux, la colophane et l'essence de térébenthine. Le taux de térébenthine issu des expérimentations de l’association est d’environ 30 %. Ce taux est relativement élevé par rapport à d’autres résines standard importées.

Les arbres concernés sont tous destinés à la coupe dans le cadre d’éclaircissages (2e ou 3e éclaircissage). Les pins choisis ont entre 20 et 33 ans. Les blessures faites par ces nouvelles techniques n’ont pas d’incidence sur la santé des arbres.

 

© Dia!Films

La consommation planétaire de résine dépasse plus d'un million de tonnes annuellement. L’Europe importe 25 % des besoins mondiaux. Les industries consommatrices de résine sont à 90 % dépendantes de l'importation. 

La Chine est de très loin le premier producteur avec environ 75 % des parts de marché. Suivent le Brésil, l’Indonésie, le Vietnam et l’Inde.

L’expérimentation conduite par Gemme La Forêt d’Aquitaine vise à relocaliser la production de résine naturelle. 180 000 tonnes pourraient être fournies en utilisant seulement 22,5 % de la superficie de forêt de pins en Aquitaine. 

Association Gemme la Forêt d'Aquitaine

Cette vidéo de présentation de notre association « Gemme La Forêt d’Aquitaine », développe le rôle majeur occupé par la résine naturelle, au sein de notre société de consommation. Depuis 2015 nous menons une démarche de promotion et de recherche, pour relocaliser une partie de la production de cette fabuleuse matière première renouvelable, grâce à la mise en œuvre de nouvelles techniques de gemmage.

©ALDEAN Infographie - DH Photographie

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