Festival Trente Trente les rencontres du court

Trente Trente, initié et porté par la compagnie de théâtre Les Marches de l’Été et son metteur en scène Jean-Luc Terrade, défend depuis sa création en 2004 une programmation de formes courtes hybrides et pluridisciplinaires.

TRENTE TRENTE propose un regard sur les formes courtes actuelles et convie le public à la découverte d’artistes émergents qui bousculent et réinventent le paysage des arts vivants.
TRENTE TRENTE propose un regard sur les formes courtes actuelles et convie le public à la découverte d’artistes émergents qui bousculent et réinventent le paysage des arts vivants.

Surprenant par son format et sa programmation, l’événement 30/30 devenu Trente Trente, suscite toujours autant la curiosité en offrant une vision plurielle et pointue de la création contemporaine.

Comme un symbole - Alexandre Fandard © Cie Al-FaComme un symbole - Alexandre Fandard © Cie Al-FaRéunissant chaque année une trentaine de propositions artistiques, cette manifestation née à Bordeaux poursuit son rayonnement à Bordeaux Métropole mais aussi en région Nouvelle-Aquitaine. Un évènement qui interroge les écritures contemporaines avec une programmation à la fois éclectique et exigeante valorisant la richesse et la particularité de la nouvelle scène, aussi bien locale, nationale, qu’internationale.

Trente Trente propose  également  des  workshops encadrés par les artistes de  la  programmation, ouverts aux amateurs de danse, de performance ou encore de musique... et valorise le processus de création par l’accueil en résidence d’une partie des artistes invités. L’Atelier des Marches au Bouscat, espace de travail à l’année, se transforme alors en espace de représentations le temps de l’événement.

Un festival dédié aux formes courtes  engagées  et expérimentales

Trente Trente se joue des genres et propose une vingtaine de formes artistiques aux croisements des disciplines : danse, performance, musique, théâtre, cirque…

Ce rendez-vous unique met en avant des créations à la fois éclectiques et exigeantes valorisant ainsi la richesse et la particularité de la nouvelle scène locale, nationale et internationale.

Avec toujours pour fil rouge l’audace et l’impertinence, Trente Trente présente des spectacles courts décalés et hybrides de formes scéniques créées par des artistes d’horizons différents.

Après une 18e édition initialement prévue en janvier 2021 et décalée en juin dernier, Trente Trente reprend ses quartiers d'hiver et revient du 18 janvier au 10 février 2022 pour sa 19e édition !

Trente Trente 2022 Visuel

Programmation 2022

 

11 ARTISTES RÉGIONAUX – NOUVELLE-AQUITAINE

  • STHYK BALOSSA, Bordeaux NADIA LARINA, Bordeaux NICOLAS MEUSNIER, Bordeaux YACINE SIF EL ISLAM, Bordeaux
  • SOPHIE DALÈS, Bordeaux CIE TRANSLATION, Bordeaux
  • ANNABELLE CHAMBON, CEDRIC CHARRON, JEAN-EMMANUEL BELOT, Bordeaux DAVID CHIESA & FELICIE BAZELAIRE, Bordeaux
  • JERÔME GALAN, Bordeaux CIRCO AEREO, Limoges FRANÇOISE HARF, Bordeaux
Every drop of my blood Fluo Quentin Geyre Groseille Vidéo
Every drop of my blood - Fluo © Quentin Geyre Groseille Vidéo
l'expat,création 2021; théâtre de suresnes jean vilar; suresnes ; Salim Mzé Hamadi Moissi; danaucante; hip hop; crump; solo; chorégraphe; danseur;
Salim Mze Hamadi Moissi.l Expa t- Dan. Aucante

 

16 ARTISTES NATIONAUX ET INTERNATIONAUX

  • LUIZ DE ABREU / CALIXTO NETO, France / Brésil YOUNESS ABOULAKOUL, Ile de France (Paris, 75) LEILA KA, Pays de la Loire (St Nazaire, 44) ALEXANDRE FANDARD, Ile de France (Paris, 75) FABRICE LAMBERT, Ile de France (Paris, 75) ARTHUR PEROLE, PACA (Marseille, 13)
  • MATHIEU MA FILLE FOUNDATION, PACA (Marseille, 13)
  • SALIM MZÉ HAMADI MOISSI, France / Comores RENAUD HERBIN, Grand Est (Strasbourg, 67) PHILIPPE FOCH, Ile de France (Paris, 75)
  • BAB ASSALAM, Rhône Alpes (Lyon, 69)
  • MARIE JOLET & JULIEN VADET, Ile de France (Paris, 75) COMPAGNIE 7 BIS, Rhône Alpes (Lyon, 69)
  • OLIVIER DE SAGAZAN ET ARNAUD METHIVIER, Loire Atlantique (Nantes, 44) SAMUEL LEFEUVRE & FLORENCIA DEMESTRI, Belgique
  • JAMES BATCHELOR, Australie

Metal memoire - Philippe Foch © Eric Sneed
Metal memoire - Philippe Foch © Eric Sneed

9 CRÉATIONS // 4 ÉTAPES DE CRÉATION // 1 AVANT-PREMIÈRE

  • LONTANO (étape de travail) EN OUTRE (création)
  • EVERY DROP OF MY BLOOD (étape de travail) TROISIÈME NATURE (création)
  • COMME UN SYMBOLE (création) HEARTBREAKER(S) (création) LOVE ME TOMORROW (création)
  • DANS MA CHAMBRE, ÉPISODE 3 (PROJET PIRATE) (étape de travail)
  • POP CORN PROTOCOLE **DEEP SHOW** (création) LES BÊTES (création)
  • ISOLÉS EN TANT QUE MOTIFS (création)
  • DE LA SAINTE FACE A LA TÊTE VIANDE (création)
  • NARTISTE (étape de création)
  • SE FAIRE LA BELLE (avant-première)
 

pdf-eb697.png29 SPECTACLES // 27 ARTISTES ET COMPAGNIES // 11 LIEUX

 

Jean Luc Terrade

Entretien avec Jean-Luc Terrade
Directeur artistique de Trente Trente
Directeur de la compagnie les marches de l’été

QUEL EST L’ADN DE TRENTE TRENTE EN 2022 ?

Trente Trente présente du 18 janvier au 10 février 2022 sa 19e édition. Il s’agit d’un festival dédié aux formes courtes, qui ne dépassent pas 40mn. Et toujours, depuis près de 20 ans, un festival pluridisciplinaire avec une forte présence du travail corporel, de la danse et de la performance, mais aussi du théâtre, du cirque, des installations, de la musique ou encore des marionnettes. Par ces rencontres, je m’attache depuis le départ – et ce leitmotiv n’a pas changé - à présenter des artistes qui ne sont pas encore très reconnus, de les prendre au début de leur processus de création. Ainsi que des artistes peu visibles (voire pas du tout) en Nouvelle-Aquitaine. Ce fut par exemple le cas dans le passé pour Volmir Cordeiro, citons également Meytal Blanaru ou encore Leila Ka. Trente Trente, c’est un festival, et aussi cette ambition de découvrir et faire découvrir des artistes.

OÙ SE DÉROULENT LES SPECTACLES ET PERFORMANCES ?

Nous travaillons le plus souvent possible dans des lieux hors plateau. Par exemple, nous allons proposer des spectacles dans divers sites de la municipalité bordelaise : le Marché de Lerme, la Halle des Chartrons, l’Agora ou encore l’Hôtel Ragueneau cette année ; et pour la première fois cette édition, nous investirons la BAG (Bakery Art Gallery) à Saint- Michel, un lieu hybride qui nous ressemble. Ce type de « scènes » - qui n’en sont pas forcément à la base - permet un rapport autre que frontal dans la performance, ce que demandent souvent les artistes, avec une intimité plus grande avec les spectateurs. Ces derniers peuvent se placer à 360°, ou encore au plus proche des performeurs, assis ou debout, sans « filtre » entre plateau et public.
Les rencontres comptent également des structures partenaires fidèles, comme le T4S à Gradignan, ou encore la Manufacture CDCN à Bordeaux.

QUEL FIL ROUGE CETTE 19ÈME ÉDITION ?

Le fil rouge, s’il en est un, serait en premier lieu le rapport au corps d’une façon générale. Que cela passe par le geste ou la voix. Un rapport qui part de l’intime du corps présenté, pour parler in fine à l’universel. Je pense que ce thème a d’autant plus de sens après la crise sanitaire qui a éloigné les corps entre eux.
L’autre particularité – que je maintiens chaque année - est de présenter à 80% des solos ou des duos. C’était à la base une contrainte financière, mais c’est devenu un choix de Trente Trente : souvent dans la performance ce sont des artistes seuls qui présentent leur travail, c’est une façon de se mettre à nu. Je citerais en ce sens à nouveau Volmir Cordeiro, mais aussi Steven Michel, ou encore François Chaignaud : même s’ils travaillent aussi avec des pièces de groupe, une partie de leurs travaux est un travail en solo. Cet intime-là est très difficile à obtenir, et c’est pour cela qu’il m’intéresse. D’autant plus, encore une fois, après le confinement. Car quelque part, l’idéal de l’intime est d’essayer d’enlever au maximum les barrières entre l’artiste et le spectateur, or depuis presque deux ans nous n’arrêtons pas d’en établir des barrières. Par nécessité bien sûr, mais pas sans impact sur le monde du spectacle vivant. D’où l’interrogation plus grande encore cette année sur ce type de format, en espérant que ce lien à l’intime reviendra, et que l’on pourra retrouver - ou du moins rechercher au maximum - cette intimité.

CETTE ÉDITION SEMBLE FAIRE LA PART BELLE AUX TALENTS RÉGIONAUX : UNE RAISON À CELA ?

En effet sur 27 compagnies et artistes invités, il  y a une intention particulière de mettre en lumière les talents locaux (près de la moitié de la programmation), que ce soient les nouveaux comme les fidélités que je tiens à affirmer. La première raison à cela est pratique : avec le confinement, les programmateurs ont moins eu la possibilité de se déplacer pour découvrir de nouvelles créations en résidence. Mais au-delà de cette contrainte, je pense qu’à l’heure où la culture retrouve peu à peu ses marques, il est essentiel de s’engager et de soutenir nos artistes en région.
Et la Nouvelle-Aquitaine jouit d’un foisonnement –qui s’agrandit en dépit de la crise traversée– d’artistes particulièrement intéressants, qu’il faut mettre en lumière. Hors circuits, ou hors institutions, créer et présenter leur travail a été d’autant plus difficile. Parmi les propositions made in Nouvelle-Aquitaine, nous allons présenter le travail passionnant de Sophie Dalès, ou encore de Sthyk Balossa que je suis depuis plusieurs années. C’est aussi la spécificité des rencontres : une fidélité au fil des éditions, pour un véritable suivi. Comme le duo Éric Charron et Annabelle Chambon qui présentera sa nouvelle création.

JUSTEMENT, QUELS SERONT LES TEMPS FORTS DE LA PROGRAMMATION 2022 ?

Il y a cette édition 29 spectacles dont 14 créations, étapes de travail et avant premières, dont une grande partie d’artistes régionaux mais pas uniquement ; par exemple Alexandre Fandard va créer son solo Comme un symbole, Leila Ka va présenter le troisième volet de son triptyque de danse, Se faire la belle. Cette artiste avait dévoilé son premier solo à Trente Trente il y a quelques années, qui à présent tourne partout.
C’est notre objectif de pouvoir proposer un grand nombre d’artistes au début de leur parcours artistiques pour qu’ils puissent être découverts par des programmateurs et diffuseurs durant les rencontres, comme ce fut le cas par exemple pour Claudio Stellato. Une autre pépite de cette programmation dont nous sommes fiers : Yacine Sif El Islam qui portera une parole très forte avec Sola Gratia. Dans cet uppercut théâtral, il revient sur l’agression homophobe dont il a été victime en 2020.

UN COUP DE CŒUR EN PARTICULIER CETTE ÉDITION ?

Difficile de n’en citer qu’un, mais le coup de cœur que je maintiens depuis 3 ans, ce serait Nicolas Meusnier (qui va proposer Sitcom et Heartbreaker(s) durant cette 19e édition). Un coup de cœur à la fois pour son écriture, et son interprétation. C’est l’un des rares artistes parmi celles et ceux que j’ai rencontrés qui travaille à partir de son vécu (sa famille, sa vie…) en en faisant un acte artistique qui ne reste pas focalisé sur lui mais qui ouvre sur le monde.
C’est aussi le cas pour le spectacle de Yacine Sif El Islam. Et impossible de ne pas également citer cette incroyable chorégraphe russe qui vit à Bordeaux, Nadia Larina, qui surprendra j’en suis sûr avec le duo Every drop of my blood. En juin 2021, Nicolas et Nadia ont d’ailleurs participé, durant l’édition tronquée de Trente Trente (seules les résidences à huis-clos ont été maintenues en janvier 2021 en raison de la crise sanitaire NDLR), à un stage passionnant avec Steven Cohen, qui pour moi est LE performeur.

VOUS ÉVOQUEZ TRENTE TRENTE COMME UN FESTIVAL PLURIDISCIPLINAIRE : QUELLE PLACE POUR LES ARTISTES CIRCASSIENS ?

Ils sont présents aussi. Tous les ans nous travaillons avec l’Agora de Boulazac, cette année il y aura deux spectacles et deux présentations de travaux. Et tous les deux ans il y a la manifestation Un Chapiteau en Hiver à Bègles, avec deux soirées musicales organisées dans ce cadre : Derviche de Bab Assalam et Sylvain Julien, un duo de musiques syriennes accompagné d’un artiste circassien, suivi de La sainte face à la tête viande, une commande que nous avons faite à Olivier de Sagazan et Arnaud Nano Méthivier autour de la figure du clown. Ce sera très surprenant.

DANS UN CONTEXTE ENCORE FORTEMENT INCERTAIN POUR LE MONDE DE LA CULTURE, LE CHOIX DE PROGRAMMER DES FORMES HYBRIDES N’EST-IL PAS RISQUÉ ?

Par goût et par choix, j’aime les formes atypiques, singulières et dérangeantes car je pense tout simplement que l’art doit déranger. Ce qui n’est pas évident d’ailleurs, car pour vraiment déranger il faut que l’artiste lui-même se mette en danger sur le plateau, je dirais que c’est cela qui peut être plus risqué dans ce contexte portant encore de nombreuses inquiétudes et interrogations.
Mais au final, n’est-ce pas encore plus utile voire nécessaire de s’interroger en ce moment ? Cela m’intéresse plus que jamais de « déranger » dans le bon sens le public. Cela peut paraitre déstabilisant : pourquoi le faire me direz-vous ? Car je pense qu’il faut que le public soit disponible à recevoir quelque chose, à se défaire de ces habits sociaux que l’on a tous, et à accepter la parole de l’autre en abandonnant la sienne. Si l’on garde trop de codes, nous n’irons pas chercher ailleurs une parole différente. Avec la performance et l’art alternatif, quelque part, les gens sont obligés de lâcher prise. Dans l’absolu, c’est pour cela que Trente Trente porte une programmation hybride, et avec encore plus de conviction après deux ans de codes supplémentaires imposés.
Il y a 20 ans lorsque nous avons créé le festival, c’était assez rare, mais désormais c’est de plus en plus le choix de manifestations et programmateurs. Pour aller encore plus loin, c’est pour cela que dès le départ j’ai également voulu créer un festival où tous les arts se mélangent pour que le public ne soit pas mis dans des cases, que le public de théâtre soit mélangé à celui de la musique, des marionnettes, etc.

QUE SOUHAITEZ-VOUS TRANSMETTRE AU PUBLIC IN FINE, UNE FOIS CE LÂCHER-PRISE ATTEINT ?

>Que ce soit sur des formes dérangeantes ou plus conventionnelles, le but est le même : essayer de trouver une intimité entre ce qu’il se passe au niveau du plateau et ce qu’il se passe au niveau de l’individu, public, seul et en communauté. Les voies dont différentes pour y arriver, mais l’objectif reste le même : interroger le monde, le rôle de l’art à mon sens. Ce qui serait une mauvaise direction, ce serait de l’aborder d’une manière frontale. Je pense qu’il faut passer par une fiction ou un rêve, de façon plus abstraite, car si nous interrogeons le monde de façon trop frontale, nous ne pouvons pas aller très loin dans la réflexion collective comme individuelle. L’art, c’est d’abord de la poétique, ce qui le rend – contrairement aux idées reçues qui ont la vie dure, surtout pour l’art contemporain – tout sauf élitiste. Il ne passe pas par l’intellect, mais avant tout par l’émotion et le sensoriel.

CONCLURIEZ-VOUS QUE TRENTE TRENTE EST UN FESTIVAL ALTERNATIF MAIS TOUS PUBLICS ?

Je ne sais pas si c’est accessible à tout le monde… En possibilité oui, tout le monde peut venir et d’ailleurs notre politique tarifaire va en ce sens pour que le prix des spectacles ne soit pas un frein. Il faut cependant accepter que des gens refusent ce type de programmations, ils en ont le droit après tout. Mais en tout cas chez moi, et chez l’ensemble de nos partenaires, ils peuvent refuser et partir facilement ! Avant on jetait bien des tomates sur la scène quand on n’aimait pas un spectacle…
Je n’irais pas jusqu’à demander cela au public, mais je souhaiterais qu’il s’affranchisse encore un peu de ces derniers codes, qu’il s’autorise le droit de tester, avec la possibilité d’aimer et de ne pas aimer, et de se sentir libre de l’exprimer. Autant je demande aux artistes de s’engager, autant je le demande aussi au public, pour qu’il se passe quelque chose dans la salle et après. Recevoir l’art, ça n’est pas être passif devant une proposition artistique ou un tableau. Encore une fois c’est un lâcher-prise, des deux côtés. C’est peut-être cet engagement réciproque qui fait de Trente Trente un festival accessible à tous…