Prix Montaigne : François Azouvi, lauréat 2021

Le jury du Prix littéraire Montaigne présidé par Xavier Darcos, Chancelier de l’Institut, a choisi de décerner le Prix 2021 à François Azouvi pour son ouvrage « Français, on ne vous a rien caché » (Gallimard, 2020).

Créé en 2003 à l’initiative de la Ville de Bordeaux et de l’Académie du Vin de Bordeaux, ce prix littéraire récompense la qualité d’un essai portant des valeurs d'humanisme, de tolérance et de liberté, chères au célèbre écrivain Michel de Montaigne, maire de Bordeaux de 1581 à 1585.

François Azouvi est directeur d’études à l’EHESS et directeur de recherches au CNRS. Il travaille sur l'histoire politique et culturelle de la philosophie moderne, en s'attachant principalement à l'histoire de la réception des grandes doctrines philosophiques en France.

Après « le Mythe du grand silence », cet ouvrage est le second volet d'un travail de l’historien et philosophe François Azouvi sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et sa « mythologie nationale ». Il y questionne la trace, encore vivace, de la résistance dans notre société. Il bat en brèche la croyance en le mensonge, consolateur d’une dissimulation de la réalité aux Français après la guerre, embellissant leur comportement et glorifiant la mémoire d'une résistance en vérité moins reluisante que sa légende dorée

Le livre

Ce n'est pas de l'histoire de la Résistance qu'il s'agit ici mais de sa mémoire, autrement dit de la trace, encore vivace, qu'elle a laissée dans notre société. Ce livre constitue le second volet d'un travail sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et sa « mythologie nationale ».

Prix Montaigne François Azouvi lauréat 2021Le premier - Le Mythe du grand silence. Auschwitz, la mémoire, les Français (Fayard, 2012) - réfutait la croyance que la mémoire de la Shoah aurait été refoulée dès 1945. Cet ouvrage pourfend la croyance qu'une chappe de plomb forgée par les gaullistes et les communistes dès 1944 aurait voulu que la France ait été uniment et unanimement résistante dès 1940. Il serait revenu à la génération née après la guerre de démystifier la Résistance et la France libre. Or cette passion n'est pas allée sans susciter sa propre mythologie, d'autant plus tenace qu'elle s'est alimentée à la conviction de son audace. Cependant les documents ont, de nouveau, paru à François Azouvi exiger cette remise en question radicale des pseudo-évidences sur lesquelles nous vivons. 

La Résistance et la France libre ont-elles vraiment fait croire aux Français qu'ils n'avaient pas été vaincus, qu'ils avaient tous vaillamment résisté, que Vichy avait à peine existé ? De Gaulle  a-t-il été le « grand mystificateur » qu'on dit souvent, l'artisan d'un « mensonge » qui aurait tellement plu aux Français qu'ils l'auraient gobé avec enthousiasme ? Bref, faut-il penser que l'héroïsme n'a été qu'une valeur de contrebande qui a permis de faire « passer » l'Occupation, la collaboration, la compromission de certains et la passivité de la plupart ? Disons-le nettement : cette croyance en un mensonge consolateur est un mythe, et le présent livre montre comment et quand celui-ci s'est construit, quelle part de vérité il contient et quelle histoire a écrite la mémoire de cet événement hors du commun qu'a été la Résistance.

Contrairement à ce que l'on pense, tout a été mis tout de suite sur la table, les Français ont pu savoir tout ce qu'ils désiraient apprendre et aucune censure n'a empêché quiconque le souhaitait de regarder en face les années noires. Et les Français de l'après-guerre ne s'en sont pas privés. Alors pourquoi la société française croit-elle qu'elle a cru à ce mythe ? Parce que l'heure est à la compassion pour les victimes qui nous ressemblent, et non pas aux héros qu'il nous faut admirer.

Cette année, un Prix spécial du jury sera décerné à Paul Veyne pour l’ensemble de son œuvre. Après une carrière universitaire, il occupe la chaire d'Histoire de Rome au Collège de France de 1975 jusqu'à 1998 et en devient professeur honoraire. Proche de Michel Foucault et de René Char, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’Antiquité qui ont modifié l'image que l'on avait de ces civilisations, son dernier ouvrage, « Une insolite curiosité » est un recueil essentiel de textes éclectiques de ce grand professeur d’études antiques et auteur consacré.

Le Prix Montaigne est constitué de 120 bouteilles de Grands Crus de Bordeaux, offerts par les châteaux membres de l’Académie du Vin de Bordeaux : Domaine de Chevalier, Château Haut-Brion, Château La Mission Haut-Brion, Château Latour-Martilllac, Château Olivier, Château Beychevelle, Château Capbern, Château Coufran, Château Chasse-Spleen, Château Coufran, Château Fonréaud, Château Fourcas Hosten, Château Gloria, Château d’Issan, Château Lafon Rochet, Château La Lagune, Château de Pez, Château Phélan Ségur, Château Poujeaux, Château Siran, Château Dassault, Château Fombrauge, Château La Dominique, Château Trottevieille, Château Bastor-Lamontagne, Château Guiraud, Château de Myrat et Château Nairac.

Le Prix Montaigne : un palmarès prestigieux

  • 2020 : Michel Pastoureau pour son livre « Jaune. Histoire d’une couleur ».
  • 2019 : Jean Birnbaum pour son livre « La Religion des Faibles. Ce que le djihadisme dit de nous ».
  • 2018 : Philippe Sands pour « Retour à Lemberg ». Un prix spécial du jury avait été attribué la même année à Arlette Jouanna pour sa biographie sur Montaigne.
  • 2017 : Patrice Gueniffey pour son ouvrage « Napoléon et De Gaulle. Deux héros français ».
  • 2016 : Éric Roussel pour « François Mitterrand. De l'intime au politique ».
  • 2015 : Régis Debray de l’Académie Goncourt, pour « Un candide à sa fenêtre. Dégagements II ».
  • 2014 : Philippe Raynaud pour son ouvrage « La politesse des lumières - Les lois, les mœurs, les manières ».
  • 2013 : Jean-Pierre Le Goff pour « La fin du village : Une histoire française ».
  • 2012 : Pierre Nora de l’Académie Française, pour « Historien public ».
  • 2011 : Laurent Fabius pour « Le cabinet des douze ».
  • 2010 : Mona Ozouf pour «Composition française, retour sur une enfance bretonne». Un prix spécial du jury avait été attribué la même année à Jean-Claude Casanova, membre de l'Institut de France, pour la revue Commentaire.
  • 2009 : Elie Barnavi pour son ouvrage « L'Europe frigide, réflexions sur un projet inachevé ».
  • 2008 : Philippe Beaussant de l’Académie Française pour « Passages de la Renaissance au baroque».
  • 2007 : Pascal Bruckner pour «La tyrannie de la pénitence, Essai sur le masochisme en Occident».
  • 2006 : Thérèse Delpech pour « l’Ensauvagement, Le retour de la barbarie au XXIe siècle ».
  • 2005 : Michel Winock, pour « La France et les juifs, de 1789 à nos jours ». Un prix spécial du jury avait été attribué la même année à François Cheng de l’Académie Française, pour « Le livre du vide médian ».
  • 2004 : Jacques Julliard, pour son ouvrage « Le choix de Pascal ».
  • 2003 : Philippe Sollers, pour « Illuminations ».

Le Prix Montaigne : rappel

Cette distinction salue la qualité littéraire d’un essai exprimant pour notre temps, l’ouverture et la liberté d’esprit, ainsi que l’humanisme sans frontières qui furent ceux de Michel de Montaigne. Présidé par Xavier Darcos, Chancelier de l’Institut de France, le jury est composé des personnalités suivantes : Pierre Mazet, secrétaire perpétuel, Nicolas de Bailliencourt dit Courcol, Jean-Pierre de Beaumarchais, Marguerite Figeac, Patrice Gueniffey, Yves Harte, Robert Kopp, Alexandre de Lur Saluces, Philippe le Villain, Jean-Marie Planes, Mathilde Royer de la Bastie, et de Catherine Dupraz.


 

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