Préserver et développer l’estuaire de la Gironde

Si l’estuaire de la Gironde reste une voie d’eau préservée, la multiplicité de ses facettes offre de réelles opportunités de développement local. C’est bien là que réside tout l’enjeu des politiques des pouvoirs publics qui cherchent, à travers la conjugaison de leurs efforts et de leurs stratégies, à assurer un .....

... développement harmonieux de ce territoire, c’est-à-dire permettant de réelles retombées économiques tout en préservant cet écosystème à la fois d’une incroyable richesse et d’une relative fragilité. La configuration spatiale estuarienne (140 kilomètres de rives) associée à la typicité des paysages a fortement influé le mode de développement de cet espace.

N’étant pas aménagé pour accueillir un tourisme de masse, les acteurs du territoire ont choisi de valoriser ce qui pouvait paraître comme un handicap de prime abord en un avantage comparatif et un levier de développement : c’est de son aspect sauvage que l’estuaire tire désormais son développement. Doté de pôles reconnus (Blaye, Pauillac, Agglomération Royannaise), c’est le maillage de pôles secondaires qui reste l’enjeu majeur, d’abord pour construire une offre de produits commercialisables suffisante et en adéquation avec les attentes des clientèles, ensuite parce qu’elle favorise le séjour sur le territoire, et, partant, génère davantage de retombées économiques.

Préserver et développer lestuaire de la GirondeSi le développement du territoire dans un contexte concurrentiel fort constitue bel et bien une volonté réelle des pouvoirs publics, c’est d’abord et avant tout sur un développement endogène et équilibré que se fonde cette stratégie : en cela cette détermination, marquée par un objectif de croissance équilibrée sur le long terme, est véritablement caractéristique à cet espace.

La relative préservation de l’estuaire de la Gironde a longtemps été le révélateur de difficultés intrinsèques : ce ne sont pas seulement les habitants de métropole bordelaise pourtant proche, qui méconnaissaient les potentialités de cet espace en termes d’activités et de visites, ce sont aussi les acteurs locaux eux-mêmes qui, au cours de la seconde moitié de 20ème siècle, se sont détournés en partie de cette voie d’eau souvent subie comme une barrière au développement. L’action conjuguée de différents programmes européens et nationaux ont ainsi permis d’infléchir cette tendance pour aller, progressivement, vers une reconquête des patrimoines estuariens. Les nouvelles volontés locales initiées par ses programmes ont permis depuis la fin des années 1990 d’inverser cette tendance.

Le C.I.A.D.T. Estuaire de la Gironde, tout comme les programmes européens LEADER + et LEADER, s’inscrivent parfaitement dans cette philosophie de synergie des acteurs et d’aménagement des territoires ruraux. C’est d’ailleurs cette démarche qui a permis à ce que certains projets soient retenus dans le Pôle d’Excellence Rurale Estuaire de la Gironde en 2007. C’est fort de ce constat que des collectivités locales telles le S.M.I.D.D.E.S.T. ou la Communauté de Communes de l’Estuaire, parce qu’elles s’inscrivent pleinement dans ce mode de développement, peuvent être considérées comme deux illustrations de cette dynamique.

Sans chercher à développer un tourisme de masse, l’estuaire dispose de ressources naturelles et patrimoniales souvent méconnues par le grand public constituant par là même un vrai avantage comparatif (archipel d’îles du centre-estuaire, verrou Vauban classé à l’UNESCO, route des vins du Médoc et route verte, faune et flore remarquables…) compatible avec une fréquentation touristique forte mais raisonnée. Les contraintes relatives concernant l’accès à ces richesses constituent en cela une limite intrinsèque à une fréquentation touristique excessive (accès aux îles contraints par la prise de bateau, accès au phare de Cordouan également contraint par le phénomène des marées…).

Le canton de Saint-Ciers-sur-Gironde, traditionnelle voie de passage entre les différents sites touristiques majeurs de l’estuaire, a choisi au début des années 2000 de valoriser l’estuaire et ses marais pour disposer d’une vitrine touristique cohérente à l’échelle de l’estuaire de la Gironde. Les marais desséchés ne sont plus considérés comme des espaces de productions céréalières ou d’activités traditionnelles locales (chasse à la tonne ou pêche) mais aussi et surtout comme de réels réservoirs de la biodiversité, qui, s’ils sont préservés et gérés avec efficacité, constituent un axe de développement touristique à part entière. Là où des territoires limitrophes ont su valoriser leur patrimoine architectural ou oenologique à l’échelle régionale ou nationale, la Communauté de Communes de l’Estuaire et les communes du canton ont l’ambition d’en faire de même pour leurs marais.

Chenal de navigation permettant d’alimenter l’agglomération bordelaise, la Gironde a pendant de nombreuses années été une voie d’eau sous-équipée en termes d’équipements touristiques structurants (type halte nautique). Parce qu’il ne s’agit pas simplement d’aménager pour développer, le territoire a cherché, avec l’aide de ses partenaires, à penser globalement son territoire touristique, et ceci, à deux niveaux :

  • Au niveau du noeud d’activités proposées localement : les visiteurs, pour se déplacer sur un site, attendent désormais une offre de services complète, allant de la restauration, à la location de matériel, en passant par les boutiques mettant en valeur les produits locaux du territoire ;
  • Au niveau de son positionnement dans l’offre globale estuarienne : pour approcher les touristes, il convient également de positionner son offre non seulement dans son environnement immédiat mais aussi dans un périmètre plus vaste tant du point de vue de la complémentarité que de l’aspect concurrentiel.

Si l’équipement des deux rives de l’estuaire a été réalisé grâce à l’investissement de tous les acteurs publics, c’est l’arrivée et le développement de compagnies de bateaux à passagers qui a permis de confirmer tout le potentiel de développement touristique de l’estuaire de la gironde. Ainsi, CroisiEurope, Leader européen des croisières fluviales, a été la première entreprise à répondre au signal envoyé par le territoire. Disposant depuis 2013 de deux navires dédiés à la navigation sur la Gironde (Le princesse Aquitaine et Le Cyrano de Bergerac, dernier né de l’entreprise), ceux qui furent les précurseurs du tourisme de croisière sur le fleuve seront désormais suivis en 2014 et 2015 par les compagnies UNIWORLD et VIKING portant à quatre le nombre de bateaux de croisière sillonnant les eaux de l’Estuaire.

Préserver et développer lestuaire de la Gironde

Ce développement entrepreneurial s’est également traduit par la création et le développement d’entreprises plus locales telles que Gens d’Estuaire ou La compagnie des deux rives. Ces deux derniers exemples viennent confirmer la mise en marche d’un développement doux du transport de passagers sur l’estuaire de la gironde. Au-delà des emplois créés par le développement de ses activités, c’est aussi l’ensemble des activités locales existantes qui sera soutenu à terme par le développement de ce tourisme fluvial que ce soit pour les viticulteurs, les producteurs locaux ou plus largement les commerçants.

Le port des Callonges est un des derniers ports estuariens à accueillir en son sein activité de plaisance et pêche professionnelle. Situé au coeur des marais du Blayais dont la richesse est reconnue (classement en ZNIEFF et zone Natura 2000 au titre des directives Oiseaux et Habitat), c’est l’opportunité foncière qu’a constitué l’acquisition du domaine des Nouvelles Possessions (désormais réserve ornithologique Terres d’Oiseaux) qui a donné corps au projet de halte nautique.

Si le développement du tourisme fluvial est bien en marche sur la zone centrale de l’estuaire, les professionnels du secteur étaient tous unanimes sur le manque d’équipements et de projets touristiques à faire découvrir à leurs clients. La frontière naturelle que peut constituer l’estuaire devient, si tant est que quelques sites soient aménagés, une formidable voie d’accès entre le Médoc (son littoral et ses vins à la renommée mondiale) et la Haute Gironde qui dispose quant à elle d’un patrimoine architectural, culturel et naturel d’intérêt. Enfin, la liaison entre les différents sites touristiques situés sur la même rive devient désormais possible offrant une opportunité nouvelle aux habitants et aux visiteurs, en permettant l’approche d’espaces méconnus et pourtant si recherchés, les îles estuariennes dont la valorisation touristique est déjà bien engagée.

Le projet de Halte nautique du port des Callonges s’inscrit pleinement dans cette logique de développement et de liaison aux autres sites émetteurs de l’estuaire de la gironde. Un premier équipement a été mis en place en juillet 2009 pour accueillir les bateaux passeurs qui ne pouvaient pas accéder au port faute de places disponibles ou en raison de leur taille . C’est le développement du tourisme de croisière, associé à l’activité croissante du parc ornithologique Terres d’oiseaux, qui ont poussé les collectivités (C.C.E. et Syndicat Intercommunal du Port des Callonges) à réaliser deux nouvelles phases d’aménagements sur le port des Callonges :

  • Tout d’abord en requalifiant les abords du port des Callonges (2012);
  • Ensuite, au profit des adaptations à réaliser pour rendre cet ouvrage conforme à l’accueil des croisiéristes (qui n’étaient pas encore présents en 2008/2009), la C.C.E. a souhaité effectuer une requalification plus globale en augmentant l’accessibilité à la halte nautique par le rajout de 75 mètres de passerelles.

Cette dernière opération, d’un montant de 330 000 € environ permet désormais de proposer aux croisiéristes une offre d’activités nouvelles : si les grands vignobles bordelais restent au coeur de l’offre commerciale de CroisiEurope, la découverte des marais constituera la pause nature des croisière de 6 et 7 jours sur l’estuaire de la gironde. Désormais, la mise en place d’une valorisation globale de l’estuaire à travers tous ses équipements reste la prochaine étape à franchir, afin que le fleuve constitue définitivement un objet commun au service d’un développement touristique partagé.