Montesquieu seigneur féodal et viticulteur éclairé
L’association Aquitaine Historique, en plus de la publication de sa revue bimestrielle, édite pour la première fois un ouvrage historique consacré à "Montesquieu, seigneur féodal, viticulteur éclairé dans les Graves de Bordeaux". Dans l'Esprit des Lois, Montesquieu a montré une conception nouvelle de ...
..... l'organisation des sociétés qui a d'abord servi de modèle à l'élaboration de la Constitution des États-Unis d'Amérique, à leur début, puis aux gouvernements de notre époque. Cependant, héritier de domaines dont il était le seigneur, il ne pouvait trouver de revenus que dans la pratique des coutumes d'origine féodale. Il a dû exercer, dans la gestion de ses biens, les droits et les devoirs encore existants au XVIIIe siècle.
(Cl. Thierry MAUDUIT © Aquitaine Historique)
Auteur
Ancien professeur des sciences de la vie et de la terre, diplômée en œnologie et en chimie agricole, Marie-José Thiney a publié aux Éditions Mollat le Petit Guide de l’œnologie et le Vademecum des vins de Bordeaux. Également, aux Éditions Sud Ouest, Fascinant Médoc – Histoire d’un pays. Elle est Vice-présidente de l’Académie Montesquieu et membre correspondant de l’Académie du vin de Bordeaux.
Extraits de la Préface par Christian TAILLARD, Président de l’Académie Montesquieu
C’est la réalité du personnage qu’était Montesquieu et de ce que pouvaient être ses préoccupations quand il séjournait à La Brède qu’a cherché à approcher Mme Thiney. Certes, elle n’est pas la première à tenter de découvrir « l’autre » Montesquieu. Le docteur Eylaud qui fut l’un des Pères fondateurs de l’Académie Montesquieu et son premier président, MM. Cadilhon, Figeac, Maffre et bien sûr Robert Shackleton ont, parmi d’autres, déjà abordé tout ou partie de cette question.
Modestement, Mme Thiney a voulu cerner dans son cadre aquitain celui qu’elle considère comme « un homme de cabinet aussi bien qu’un homme de plein air ». Le Janus bifrons qui fréquente les Salons parisiens et hante halliers et futaies de La Brède est « tout en nuances et en diversité ». Cette assertion ne surprend pas, mais la démonstration qu’en fait Mme Thiney, est passionnante. M. le baron est un propriétaire terrien bonhomme, mais près de ses intérêts. Était-il ladre ou bien plutôt ménager, à La Brède, des deniers qu’il dépensait sans compter pour ses voyages onéreux à travers l’Europe et pour faire bonne figure dans des Salons où le jeu occupait parfois autant de place que les conversations philosophiques ? C’est à la seconde proposition qu’il faut sans doute se rallier si l’on en croit Maupertuis : « Il fut fort négligé dans ses habits et méprisait tout ce qui était au-delà de la propreté ; il n’était vêtu que des étoffes les plus simples et n’y faisait jamais ajouter ni or ni argent. La même simplicité fut dans sa table et dans tout le reste de son économie ».
Mme Thiney analyse minutieusement la stratégie foncière qui le conduit par achats successifs à agrandir et finalement réunir de vastes parcelles. Cette politique de remembrement était bonne en elle-même pour le développement rationnel de la viticulture ou de la sylviculture selon les secteurs ; mais l’auteur montre bien que dans le cas présent l’amour de la terre n’était pas la seule motivation : Montesquieu « achetait des droits féodaux plutôt que des terres » ose-t-elle même avancer, exemples à l’appui.
Tout cela est bien vu par Mme Thiney qui explique comment procède le maître de La Brède, choisissant les cépages et améliorant les techniques d’entretien et la taille de la vigne. Ces pages, fruit d’une fine connaissance des questions viticoles, comptent parmi les meilleures de cet essai, tout comme la belle description des paysages et des terroirs de la baronnie de La Brède au XVIIIe siècle.
En refermant cet ouvrage qui se veut modeste et qui se révèle si prenant à la lecture, on ne peut s’empêcher de prolonger par la rêverie ce temps magique d’une rencontre avec celui en qui Chateaubriand voyait « le véritable grand homme du XVIIIe siècle ».
(Cl. Thierry MAUDUIT © Aquitaine Historique)
Extraits - Introduction
La personnalité de Montesquieu, toute en nuances et en diversité, si complexe et si attachante, tient peut-être à sa nature gasconne proche du terroir ancestral, à la fois matérialiste et spirituelle, et comme soumise aux influences changeantes de l’océan.
C’était un homme de cabinet aussi bien qu’un homme de plein air, chaque situation le dirigeant vers la réflexion et la déduction, avec le souci permanent de mieux connaître les phénomènes, pour essayer d’en améliorer les résultats. Sa vie démontre combien il était capable de poursuivre simultanément plusieurs activités, littérature, histoire, philosophie, analyse et prospective politiques, en même temps qu’il pratiquait l’agronomie et l’agriculture avec succès.
(Cl. Bernard RAKOTOMANGA. Ouvrage de Ch. De Lorbac et Ch. Lallemand : Les vins de Graves des environs de Bordeaux – © Archives Municipales de Bordeaux, cote : L8/29 page 57)
Attaché à ne devoir sa subsistance qu’à lui-même, chargé de famille, il se trouva confronté aux mœurs, aux usages et aux contraintes de son temps. Engoncé encore dans le carcan des antiques lois féodales, certes déclinantes, mais toujours en vigueur dans le monde campagnard, il a pu assumer son rôle de suzerain grâce à sa parfaite connaissance du droit et de ses droits, et utiliser celle-ci pour recomposer l’agencement de son patrimoine.
Grâce à ce « remembrement » avant la lettre, son action se présente comme une anticipation sur le potentiel et les ressources naturelles de la région bordelaise. Sans être le seul à agir ainsi, il est certain qu’il a été l’un des premiers propriétaires à orienter ses activités rurales sur l’essor du vignoble de qualité, gage et promesse de prospérité économique.
Seigneur très proche des paysans et des traditions, et à l’occasion leur défenseur, il assurait la cohésion sociale. Ne se contentant pas de se fier aux apparences, ayant de l’estime pour les gens estimables, sûrement pensait-il, comme plus tard Benjamin Franklin, qu’ « un laboureur sur ses jambes est plus haut qu’un gentilhomme à genoux… » et il haïssait « le désir de s’enrichir sans travail ».
Montesquieu n’a été ni un puissant baron féodal oppresseur des pauvres ni un courtisan ébloui par les fastes de la royauté et privé de toute crédibilité dans sa province. Loin de se contenter de faire partie d’une classe privilégiée, il a assumé son rôle social de chef d’entreprise responsable de ses travailleurs, assurant ses propres moyens de vivre, ceux de sa famille et ceux de tout les gens qui dépendaient de lui, en sachant reconnaître les vraies valeurs humaines sans distinction de classe.
Il a ainsi contribué, en ce XVIIIe siècle qui constitue, au moins en France, une charnière entre deux mondes, à opérer la mutation, encore possible, de la France post-médiévale en celle des temps modernes.
(Cl. Bernard RAKOTOMANGA © Archives Municipales de Bordeaux, cote : La Brède 11)
Description : 75 pages (environ) illustrées (photos et documents : couleur et noir et blanc) - Format 24 x 17 mm
Éditeur : Aquitaine Historique. Année 2011.
Prix public : 14 € Prix souscription jusqu’au 15 juillet 2011 : 10 € Port : 2 €
Chèque à l’ordre d’Aquitaine Historique
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