Histoire de la Bataille de Castillon fin de la Guerre de Cent ans

La bataille de Castillon, point final de la guerre de 100 ans
La bataille de Castillon, point final de la guerre de 100 ans

Aux portes de Castillon, le 17 juillet 1453, la bataille de Castillon marque la fin de la guerre de Cent Ans, de trois siècles d'appartenance de l'Aquitaine à la couronne anglaise et permet au royaume de France de se constituer enfin. C’est une victoire décisive pour ....

.... les Français. Cette bataille scelle le retrait des Anglais et permet d'asseoir l'autorité du roi de France. Pour l'Aquitaine, les conséquences ne furent pas très bénéfiques. Plus question de chartes au contenu libéral, plus question de « consentir » l'impôt. Les Castillonnais perdent leurs privilèges. Ils seront reconstitués petit à petit. En 1474 Jean de Foix-Candale leur accorde une charte dont les dispositions sont confirmées et élargies par Gaston II en 1487.

D'autre part, cette défaite des Anglais bouleverse l'économie de la région. Les échanges assurés pendant deux siècles et la prospérité de l'Aquitaine sont modifiés. Les ventes de vin à l'Angleterre, sans cesser complètement, se réduisent rapidement. L'exil, volontaire ou imposé, éclaircit les rangs des notables. Quelques années plus tard, les exilés volontaires sont bien accueillis à leur retour. Certains retrouvent même les terres abandonnées.

Dans le domaine militaire, cette victoire, fruit d'une stratégie nouvelle, met en valeur le rôle important de l'artillerie ou l'action percutante de la cavalerie, quand elle est utilisée au moment opportun. Les chevauchées souvent désordonnées, les volées de flèches et les combats individuels débordant de courage n'ont pu mettre le camp des Français en danger. Toute une conception médiévale de la guerre s'écroule et montre son insuffisance devant les nouvelles armes.

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L’origine de la bataille

Le mariage de la duchesse Aliénor avec le prince anglais Henri Plantagenêt en 1137 avait fait de l’Aquitaine une possession anglaise. Le roi de France Charles VII, encouragé par la victoire de Formigny, décide de la reconquérir et met à la tête de l’armée française le célèbre comte de Dunois, assisté pour les opérations dans la vallée de la Dordogne par Jean de Blois, comte du Périgord, avec l’appui de l’artillerie de Jean Bureau.

Après avoir soumis la vallée de la Dordogne, Dunois entre à Bordeaux le 30 juin 1451. Mais les Bordelais sont mécontents : ils sont taxés pour l’entretien de l’armée française et ont perdu pour leur vin le débouché de l’Angleterre.

Ils envoient des émissaires auprès du roi d’Angleterre Henri VI pour lui demander son aide. Celui-ci les écoute volontiers ( une victoire sur les Français rehausserait son prestige ) et fait appel à l’illustre général Talbot qui lève une armée et débarque en Médoc le 20 octobre 1452. Il fait une entrée triomphale à Bordeaux le 23 octobre. Son fils le rejoint avec des renforts en mars 1453.

Libourne, Saint Emilion, Gensac, Castillon sont repris par les seigneurs gascons partisans du roi d’Angleterre. Charles VII prépare la riposte en envoyant sur place le Grand Amiral de France Jean de Bueil et Jacques de Chabannes, qui s’emparent de Chalais et, le 8 juillet 1453, de Gensac d’où, en franchissant la Dordogne par un gué dit « Pas de Rauzan », ils peuvent s’approcher de Castillon.

Les préliminaires

Bataille de Castillon

Jean Bureau, qui connaît bien la région, a décidé d’attirer Talbot vers un camp fortifié qu’il aménage à 1 500 mètres à l’est de Castillon, dans la plaine de Colly au bord de la Dordogne, adossé à un affluent de la Dordogne, la Lidoire.

Utilisant un ancien lit de la Lidoire, il fait creuser à la hâte un fossé et élever un rempart de troncs d’arbres. Le camp est petit ( 600 mètres de long sur 200 à 300 mètres de large ) mais fortement défendu par 300 « bouches à feu » astucieusement placées par Jean Bureau et son frère Gaspard.

Talbot, avec son armée composée d’Anglais et de Gascons, se dirige rapidement vers Castillon, espérant à la fois que la crainte qu’inspire sa renommée et l’effet de surprise mettront facilement en déroute l’armée du roi de France. Il franchit la Dordogne à Libourne, s’empare de Fronsac et, au petit matin du 17 juillet 1453, arrive en vue de Castillon.

Il met facilement en déroute une petite garnison d’archers français placés en avant-poste au prieuré de Saint Florent ( à quelques centaines de mètres au nord de Castillon ) qu’il poursuit jusqu’aux abords du camp français. Il ne va pas plus loin : ses gens à pied et son artillerie sont encore en chemin.

Il revient donc au prieuré où ses hommes se restaurent et boivent « à grandes goulées » le vin qu’ils ont trouvé : il fait très chaud. Talbot demande alors à son chapelain de préparer la messe : mais il ne l’entendra pas…

La Bataille

Un Castillonnais vient en effet annoncer à Talbot qu’un nuage de poussière aperçu au-dessus du camp des Français pourrait signifier qu’ils s’enfuient.

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Talbot décide de se lancer sans attendre vers le camp, malgré les mises en garde de certains seigneurs de son entourage qui préfèreraient attendre l’arrivée de l’artillerie et du reste des troupes.

Talbot fait mettre pied à terre à ses cavaliers, franchit la Lidoire et se lance, bannières en tête, vers le camp français. Il est accueilli, non pas par des Français apeurés ou s’enfuyant, mais par un formidable déluge de feu, celui des 300 « bouches à feu » de l’artillerie des frères Bureau. Talbot parvient cependant jusqu’à la porte du camp, monté sur sa haquenée blanche, la lutte est terrible, indécise, mais une nouvelle surprise attend les Anglo-Gascons : l’irruption sur leur flanc des cavaliers du duc de Bretagne, allié du roi de France, dissimulés sur la colline d’Horable, à quelques centaines de mètres au-dessus du camp.

La monture de Talbot est atteinte d’un coup de couleuvrine, Talbot tombe, il est tué par un archer français, et bientôt après son fils qui n’a pas voulu le quitter est tué à son tour. C’est la déroute : les Anglo-Gascons s’enfuient vers la Dordogne, où beaucoup se noient, ou vers Saint Emilion, poursuivis par les cavaliers bretons. Certains trouvent refuge à Castillon, qui se rendra sans combat le lendemain. En cette fin d’après-midi du 17 juillet 1453 la plaine est jonchée de morts et de blessés, l’armée anglaise décimée n’a plus de chef.

La bataille en quelques chiffres

L’ évaluation des effectifs des deux armées en présence est assez variable selon les chroniqueurs de l’époque. On peut estimer que l’armée anglo-gasconne était forte de 8.000 à 10.000 hommes. Les Français étaient à peu près aussi nombreux avec 600 « lances » ( 1 homme d’armes accompagné de 4 à 5 hommes ), 4.000 archers, et des « manouvriers ». Combien ont été tués ? Sans doute 4.000 environ du côté anglais, dont plus de 30 chevaliers. Les pertes françaises sont passées sous silence par les chroniqueurs, qui ne parlent que d’une centaine d’archers tués lors de l’attaque du prieuré de Saint Florent.

Quelle a été l’importance de la bataille de Castillon ?

Avant 1453 Charles VII avait reconquis la plupart des possessions anglaises, y compris l’Aquitaine, et l’incursion des Anglais de Talbot sollicitée par les Bordelais apparaît presque comme un « baroud d’honneur ».Par ailleurs Bordeaux ne tombera que trois mois plus tard. En 1475 les hostilités entre Français et Anglais reprendront et les Anglais n’ont pas renoncé à la couronne de France. Il faut attendre le traité de Picquigny en cette année 1475 pour qu’une trêve définitive s’instaure, et 1558 pour que les anglais quittent Calais…

Soldats anglaisLa bataille de Castillon a frappé l’esprit des contemporains parce qu’un grand homme, respecté de tous, Talbot, y est mort. Quant aux historiens militaires, ils retiennent surtout l’emploi en masse, pour la première fois, de l’artillerie conjuguée avec l’utilisation de la cavalerie, la fameuse intervention du binôme « choc et feu ».

Talbot

Lorsque le roi d’Angleterre envoie Talbot en Aquitaine et le nomme Lieutenant Général de Guyenne ( une sorte de vice-roi ) , c’est un homme déjà âgé. Il n’avait pas 80 ans comme on l’a parfois écrit, mais près de 70. Il avait été à plusieurs reprises un redoutable adversaire des Français, contre Jeanne d’Arc, Dunois et déjà Bureau à Formigny. Il avait été fait prisonnier à Rouen puis libéré contre la promesse de ne plus porter les armes contre le roi de France. A Castillon il n’avait donc ni armure ni armes et était très vulnérable. Le lendemain de la bataille, son corps fut reconnu par son héraut et transporté dans une chapelle, au bord de la Dordogne, près du Pas de Rauzan. A l’emplacement de cette chapelle disparue aujourd’hui a été édifié un monument à la mémoire de Talbot, rare hommage à un « ennemi » respecté et admiré de tous.

La fin du Moyen-Age?

Quelques semaines avant la bataille de Castillon, un évènement considérable a frappé l’esprit des contemporains : Constantinople est tombé aux mains des Ottomans. C’est ce que l’histoire a surtout retenu de cette année 1453. Mais autour de cette date bien d’autres faits moins spectaculaires mais sans doute tout aussi importants pour l’avenir se bousculent : l’invention de l’imprimerie avec Gutenberg, la naissance de Léonard de Vinci, la naissance de la polyphonie en musique, les progrès de l’anatomie et de l’astronomie, les poésies de François Villon, la fin de l’art gothique…Ces grandes mutations ont incité les historiens à voir là la fin du Moyen-Âge. Mais l’Amérique n’a pas encore été découverte…

POUR EN SAVOIR PLUS
Le Groupe de Recherches Historiques et de Sauvetages Archéologiques du Castillonnais (GRHESAC) est présent sur le site du spectacle dans le village médiéval. Vous pouvez vous procurer ses publications, notamment :
Les Plus Anciens Récits de la Bataille de Castillon
Le bulletin 2003 consacré au 550ème anniversaire de la bataille.

La Guerre de Cent ans

La bataille de Castillon a été le dernier grand affrontement armé de ce long conflit que l’on a appelé « guerre de cent ans », qui a opposé deux royaumes, celui de France et celui d’Angleterre, et a duré en réalité cent seize ans.

L'origine de la Guerre

Le roi de France Charles IV, le dernier des Capétiens, meurt en 1328 sans héritier. Edouard III, roi d’Angleterre, réclame alors la couronne de France ( il est le petit-fils par sa mère du roi de France Philippe le Bel ).

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Mais c’est le neveu de Philippe le Bel, Philippe de Valois, qui est désigné par ses pairs sous le nom de Philippe VI, la vieille « loi salique » issue de la tradition des Francs écartant les femmes et leurs héritiers de la couronne. Le nouveau roi inaugure ainsi la dynastie des Valois. Philippe VI entend chasser les Anglais de leurs possessions françaises, et tout particulièrement du duché d’Aquitaine. C’est là un autre aspect du conflit franco-anglais…qui nous mènera directement à la bataille de Castillon. Retournons en effet quelque 200 ans plus tôt.

L'Aquitaine Anglaise

Le duc d’Aquitaine Guillaume meurt en 1137 en laissant pour héritière sa fille la belle Aliénor. Celle-ci épouse d’abord le roi de France Louis VII mais décide de garder pour elle le gouvernement de l’Aquitaine. En 1152, sous prétexte qu’elle ne lui donne pas d’héritier mâle, Louis VII répudie Aliénor, qui épouse aussitôt un prince anglais, Henri Plantagenêt. Henri devient roi d’Angleterre deux ans plus tard.

La mort d’Aliénor en 1204 marque le début d’une longue histoire anglaise de l’Aquitaine, même si le duc reste vassal du roi de France. Mais le roi d’Angleterre est aussi duc de Normandie : une grande partie de l’ouest de la France, des Pyrénées à la Picardie, échappe donc à l’autorité du roi de France…ce qui vaudra à Charles VII, en 1422, le sobriquet de « petit roi de Bourges » tant son royaume est réduit. C’est justement ce petit roi qui va reconquérir les possessions anglaises avec l’aide d’une jeune bergère, Jeanne d’Arc.

Le déroulement de la Guerre

Guerre de succession et guerre de reconquête : ce conflit de cent seize ans n’est évidemment pas une guerre permanente, mais une série d’escarmouches ou de batailles, alternant avec des moments de répit ou même de paix, apportant aux habitants bien des tracas s’ajoutant à un grand malheur qui décime la population : la peste noire. Rappelons brièvement les grandes étapes de cette guerre : - en 1337, on l’a vu, Edouard III d’Angleterre revendique la couronne de France attribuée à Philippe VI de Valois. - en 1346 à Crécy les armées du roi de France sont sévèrement battues par les Anglais. - en 1356 elles le sont de nouveau à Poitiers où le roi de France Jean le Bon ( qui a succédé à son père Philippe VI six ans plus tôt ) est même fait prisonnier par le Prince Noir, fils d’Edouard III d’Angleterre.

Jean le Bon ne sera libéré qu’en 1360 après la signature du traité de paix de Brétigny par lequel Edouard III renonce à la couronne de France mais reçoit en échange presque un tiers de la France. - en 1364 Charles V, devenu roi de France à la mort de son père, reprend aux Anglais une bonne partie de leurs possessions avec l’aide de Bertrand du Guesclin - en 1380, la mort de Charles V et de du Guesclin laisse le trône à Charles VI « le Fol » qui, sur fond de guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons ( alliés des Anglais ) est battu par les Anglais lors de la célèbre bataille d’Azincourt après que le nouveau roi d’Angleterre Henri V eût à nouveau réclamé la couronne de France !

Le désastreux traité de Troyes signé par Charles VI le Fol reconnaît en effet comme roi de France…le roi d’Angleterre au détriment du Dauphin Charles VII obligé de se réfugier à Bourges. - à la mort de son père Charles VII à son tour entreprend la reconquête du royaume de France. Battu d’abord à Cravant (1423) et à Verneuil sur Avre (1424) il reçoit le soutien d’une jeune fille, Jeanne, qui galvanise les troupes françaises à Orléans et fait sacrer Charles VII à Reims le 17 juillet 1429. Jeanne d’Arc, capturée par les Bourguignons est brûlée vive à Rouen en 1431. Aussitôt Henri VI d’Angleterre se fait à son tour…couronner roi de France. - mais Jeanne la Pucelle a donné l’impulsion : une victoire décisive est obtenue sur les Anglais à Formigny (1450). Trois ans plus tard ce sera la dernière grande bataille : Castillon.

Aliénor deux fois reine

Reine de France par son premier mariage avec Louis VII, reine d’Angleterre par son second mariage avec Henri Plantagenêt, Aliénor est décrite par ses contemporains comme une belle femme aux yeux verts. Elle vivra plus de 80 ans en donnant naissance à dix enfants dont cinq fils ( tous Plantagenêt). Deux d’entre eux laisseront un nom dans l’histoire : Richard Cœur de Lion et Jean Sans Terre qui tous deux combattront leur propre père. Aliénor, femme de grand caractère et à l’esprit vif, s’intéressait beaucoup à la musique et à la poésie. On l’a dite aussi un peu volage.


 

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