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| La bugade une affaire de femme |
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| 06-08-2008 | |
La Bugade est une fête traditionnelle où les dames de Marquèze
retrouvent les gestes d'antan lors d'une grande lessive à la façon
traditionnelle. Du 6 au 12 août, une semaine de démonstration de savoir-faire: fabrication du savon, lessive à la cendre, broderie, dentelle.
Dans la lande des quartiers la lessive était chez
elle, ici peut être plus qu’ailleurs à cause de la
proximité des ruisseaux à l’eau mordante et
rousse où rincer les grands baquets de linge, des
anses d’eau calme qui formaient lavoirs, mais
surtout à cause de la colophane issue de la
distillation de la résine et qui entrait dans la
composition de ce
savon gras et un peu mou. Il
était, sur l’airial, souvent le fruit d’une chimie
domestique fournissant, après cuisson et
refroidissement, des blocs à la couleur incertaine.
La qualité des savons industriels fabriqués à
partir de résineux était cependant reconnue bien au-delà des Landes.
On argumentait au début du siècle précédent sur leur aptitude à se dissoudre par toutes eaux, et
notamment calcaires, tant et si bien, bonne mère, que les producteurs de Savon de Marseille s’émurent de
cette concurrence. Qu’il soit Gascon ou Marseillais, le sens de l’honneur trouve toujours à se nicher
quelque part, même dans les plus improbables querelles de lavoirs, on se menaça donc des tribunaux; puis
on se calma ; la guerre de la lessive s’arrêta là.
Loin de ces querelles commerciales,
derrière la maison, au coin du bugadey,
autour des grands-mères et des mères, les
petites filles, elles, observaient,
apprenaient les gestes et se préparaient à
prendre leur part d’héritage : la bugade,
c’était affaire de femmes. Quelquefois
l’an, lors des grandes lessives, elles
quittaient l’univers clos de la maison ou du
jardin.
Le temps du gros linge une communauté de femmes
se formait, on foulait dans de grands baquets les draps
de chanvre. Il fallait des
bras pour tordre ces grandes
pièces de tissus, les bras solides et solidaires des
femmes, pour mettre en boule et pétrir le linge, en
extraire l’eau grise et savonneuse emportant la crasse,
avant de le laisser tremper dans l’eau filtrée sur les
cendrées, pour que la potasse lui redonne de l’éclat.
Les voix portaient loin dans l’airial tenant à l’écart les hommes. A peine avaient-ils parfois à porter
« d’un coup de bros » les baquets à la rivière où le linge était rincé, puis étendu au soleil sur l’herbe avant
de regagner les armoires.
Dans les années soixante, avant même qu’on ait eu le temps de lui inventer un nom nouveau, « la
machine à laver » a sonné le glas des bugades de nos grands-mères. Pour la nommer, et manière
d’exorciser la complexité, on fit appel au vocabulaire le plus élémentaire, presque enfantin:
«la machine ». Il y avait dans cette appellation la reconnaissance d’une magie simple, la confiance dans
une technologie populaire, une promesse de libération. Promesse tenue.
Rendez-vous compte : on estime
à trois semaines par an le temps gagné grâce à l’arrivée de « la machine »!
Puis « la machine à laver » est devenue simplement « la machine », gagnant dans ce raccourci, comme
une star italienne, un statut à part. Désormais on ne fait plus la lessive, on fait « une machine » ; la lessive
n’est plus une corvée, c’est un produit sur étagères. Avec ou sans phosphates.
Souvenez vous d’ailleurs il
en est une bien de chez nous : la lessive St Marc, celle au pin des Landes. Faite à partir de brai noir, elle
sentait bon le propre, et du linge au plafond, elle était bonne à tout. Plus qu’une lessive c’était un produit
d’hygiène et dans une société qui commençait à se préoccuper d’écologie, cette lessive « au pin des
landes » c’était de la nature en baquet.
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La Bugade est une fête traditionnelle où les dames de Marquèze
retrouvent les gestes d'antan lors d'une grande lessive à la façon
traditionnelle. Du 6 au 12 août, une semaine de démonstration de savoir-faire: fabrication du savon, lessive à la cendre, broderie, dentelle.
savon gras et un peu mou. Il
était, sur l’airial, souvent le fruit d’une chimie
domestique fournissant, après cuisson et
refroidissement, des blocs à la couleur incertaine.
La qualité des savons industriels fabriqués à
partir de résineux était cependant reconnue bien au-delà des Landes.
bras pour tordre ces grandes
pièces de tissus, les bras solides et solidaires des
femmes, pour mettre en boule et pétrir le linge, en
extraire l’eau grise et savonneuse emportant la crasse,
avant de le laisser tremper dans l’eau filtrée sur les
cendrées, pour que la potasse lui redonne de l’éclat.






