La bugade une affaire de femme

  • Catégorie : Histoire - Traditions
bugade-05.jpg La Bugade est une fête traditionnelle où les dames de Marquèze retrouvent les gestes d'antan lors d'une grande lessive à la façon traditionnelle. Du 6 au 12 août, une semaine de démonstration de savoir-faire: fabrication du savon, lessive à la cendre, broderie, dentelle.
 
Dans la lande des quartiers la lessive était chez elle, ici peut être plus qu’ailleurs à cause de la proximité des ruisseaux à l’eau mordante et rousse où rincer les grands baquets de linge, des anses d’eau calme qui formaient lavoirs, mais surtout à cause de la colophane issue de la distillation de la résine et qui entrait dans la composition de ce bugade-01.jpgsavon gras et un peu mou. Il était, sur l’airial, souvent le fruit d’une chimie domestique fournissant, après cuisson et refroidissement, des blocs à la couleur incertaine. La qualité des savons industriels fabriqués à partir de résineux était cependant reconnue bien au-delà des Landes.
 
On argumentait au début du siècle précédent sur leur aptitude à se dissoudre par toutes eaux, et notamment calcaires, tant et si bien, bonne mère, que les producteurs de Savon de Marseille s’émurent de cette concurrence. Qu’il soit Gascon ou Marseillais, le sens de l’honneur trouve toujours à se nicher quelque part, même dans les plus improbables querelles de lavoirs, on se menaça donc des tribunaux; puis on se calma ; la guerre de la lessive s’arrêta là.
 
Loin de ces querelles commerciales, derrière la maison, au coin du bugadey, autour des grands-mères et des mères, les petites filles, elles, observaient, apprenaient les gestes et se préparaient à prendre leur part d’héritage : la bugade, c’était affaire de femmes. Quelquefois l’an, lors des grandes lessives, elles quittaient l’univers clos de la maison ou du jardin.

 Le temps du gros linge une communauté de femmes se formait, on foulait dans de grands baquets les draps de chanvre. Il fallait des bugade-02.jpgbras pour tordre ces grandes pièces de tissus, les bras solides et solidaires des femmes, pour mettre en boule et pétrir le linge, en extraire l’eau grise et savonneuse emportant la crasse, avant de le laisser tremper dans l’eau filtrée sur les cendrées, pour que la potasse lui redonne de l’éclat.
 
Les voix portaient loin dans l’airial tenant à l’écart les hommes. A peine avaient-ils parfois à porter « d’un coup de bros » les baquets à la rivière où le linge était rincé, puis étendu au soleil sur l’herbe avant de regagner les armoires. Dans les années soixante, avant même qu’on ait eu le temps de lui inventer un nom nouveau, « la machine à laver » a sonné le glas des bugades de nos grands-mères. Pour la nommer, et manière d’exorciser la complexité, on fit appel au vocabulaire le plus élémentaire, presque enfantin: «la machine ». Il y avait dans cette appellation la reconnaissance d’une magie simple, la confiance dans une technologie populaire, une promesse de libération. Promesse tenue.
 
Rendez-vous compte : on estime à trois semaines par an le temps gagné grâce à l’arrivée de « la machine »! Puis « la machine à laver » est devenue simplement « la machine », gagnant dans ce raccourci, comme une star italienne, un statut à part. Désormais on ne fait plus la lessive, on fait « une machine » ; la lessive n’est plus une corvée, c’est un produit sur étagères. Avec ou sans phosphates.
 
Souvenez vous d’ailleurs il en est une bien de chez nous : la lessive St Marc, celle au pin des Landes. Faite à partir de brai noir, elle sentait bon le propre, et du linge au plafond, elle était bonne à tout. Plus qu’une lessive c’était un produit d’hygiène et dans une société qui commençait à se préoccuper d’écologie, cette lessive « au pin des landes » c’était de la nature en baquet.
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Découverte des savoir-faire et gestes d’autrefois
 
 
  • Animations en journée bugade-03.jpg
    1. Fabrication du savon (matin et après midi, tous les jours), fabrication artisanale à base de colophane, soude caustique et saindoux, cuisson à chaud · Bugade (lavage à la cendre) toute la journée
    2. Dentelle au fuseau ou couture (soit l'un soit l'autre tous les jours, toute la journée)
    3. Broderie - présentation de plusieurs points (11 et 12 aout), de 11h à 18h
  • Dimanche 10 août à 15h A 15h, un spectacle sera donné au moulin. Il met en scène de manière originale et parfois même émouvante le rassemblement des femmes d’autrefois autour de la Bugade. Un spectacle signé Isabelle Loubert, et mis en scène par les animatrices de l’écomusée de Marquèze.
Un très bon moment à passer !

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