Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux

  • Catégorie : Histoire - Traditions

INDEX DE L'ARTICLE

Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de BordeauxFondée en 1712, l’Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux s’impose, aux côtés de la Chambre de Commerce et d’Industrie, comme la plus ancienne institution bordelaise. L’Académie, qui eut à quatre reprises Montesquieu comme directeur, a accueilli dans ses rangs, depuis sa création, ....

... un grand nombre de savants, physiciens, médecins, lettrés et artistes.

L’Académie de Bordeaux, qui fête en 2012 ses 300 ans, recevra en octobre prochain . Aujourd’hui composée de 40 Académiciens, hommes et femmes, elle s’apprête à recevoir ses homologues des Académies de province  (plus de 250 Académiciens de la France entière sont attendus) les 3, 4 et 5 octobre autour du thème « Les défis du XXIème : comment Bordeaux et l’Aquitaine s’y préparent ? ». Une manifestation qui permettra aussi de revenir sur le potentiel touristique, industriel, aérospatial et agricole de la région Aquitaine.

Son histoire en bref 

L’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux a été fondée par lettres patentes du 5 septembre 1712 données à Fontainebleau par Louis XIV. Elles ont été enregistrées par le parlement de Bordeaux le 3 mai 1713.

Le duc de La Force, son premier protecteur, avait obtenu du roi cette consécration. Parmi les membres fondateurs de l'Académie, on comptait quatre membres du parlement de Bordeaux : Antoine de Gascq, Président à Mortier, Jean-Baptiste De Caupos, André-François-Benoît Leberthon, François-Louis de César, conseillers.

Montesquieu fut élu le 3 avril 1716 et en devint le directeur en 1718, puis en 1726, 1735 et 1748, l'année de l'"Esprit des Lois".

Comme les autres académies, celle de Bordeaux fut supprimée du fait de la motion de l'abbé Grégoire, et ses biens nationalisés le 22 avril 1793. Elle renaît sous un titre différent en 1796. Elle deviendra Académie Royale sous Charles X par ordonnance du 13 août 1828. Mais ce n'est qu'en 1870 qu'elle prendra le titre qui est encore aujourd'hui le sien : Académie Nationale des Sciences Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.

Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux

La fondation de l’Académie

Au début du XVIIIème siècle un élan s’emparait de Bordeaux : ses activités maritimes allaient prendre une dimension internationale et le port de la Lune devenir l’instrument de son développement.

Dans ces moments où se développait l’énergie nouvelle d’une ville, le besoin de fonder une académie se manifesta, à l’exemple de ces sociétés littéraires et scientifiques qui s’étaient constituées dans de nombreuses villes de province. Il s’agissait de créer un lieu d’influence, d’échanges d’idées, de réflexions pour accompagner le grand mouvement intellectuel de l’heure, l’intérêt pour les sciences naturelles, pour les arts et pour les belles-lettres.

Salomon de Virelade, président à Mortier du Parlement, élu à l’Académie Française, avait déjà eu l’idée en 1667 de créer une Académie à Bordeaux, essentiellement tournée vers les sciences car dans cette ville il y avait des passionnés d’une « physique nouvelle ». Certains regardaient le ciel pour l’interroger : en 1665 une grande lunette avait permis d’observer le passage d’une comète. Cette nouvelle société suscita la défiance de l’Université, jalouse de ses privilèges. S’en suivit une polémique qui mourut en même temps que le président Salomon.

En 1707 fut créée une Société musicale fondée par des gens « riches et de bonne famille » qui, dans un local de la rue Margaux, donnait des concerts avec un orchestre d’amateurs, renforcé de « gagistes »1. Il y avait également un conservatoire pour former les jeunes filles, membres de la chorale qui accompagnait les musiciens.

Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de BordeauxL’appétit pour toutes les nouveautés intellectuelles exigeait l’ouverture de cette association à l’esprit nouveau sur les grandes questions du moment dont on devait disputer. Comme toujours chez les Gaulois se déclencha une querelle entre anciens et modernes, entre physiciens et anti physiciens. Alors un érudit local, l’abbé Jules Bellet persuada ses amis de chercher un protecteur qui défendrait la Société de toute ingérence. Et qui, par son intermédiaire, pourrait obtenir des lettres patentes, à l’exemple des Académies d’Arles, d’Angers, de Soissons. Ce protecteur se chargerait des démarches auprès du roi Louis XIV.

L’abbé Jules Bellet pensa à un grand seigneur de l’époque, Jacques-Henri Nompar de Caumont, duc de La Force. Pourquoi ce choix ? D’abord parce que ce pair de France, proche du futur régent, amateur des salons littéraires (il sera élu à l’Académie française), était un voisin. Ensuite parce que le frère de l’abbé, résidant à Sainte-Foy-sur-Dordogne, était le médecin de ce puissant personnage dont le château était à treize lieues de Bordeaux et proche de Bergerac.

Cependant il y avait une condition : garder le plus total secret sur ce projet et, particulièrement, sur la rédaction des statuts. On craignait la réaction de ceux qui, à cheval sur leurs prérogatives, tenaient les pouvoirs à Bordeaux, les jurats, les parlementaires, les membres de l’Université, l’archevêque
Armand Bazin de Bezons.

L’abbé Jules Bellet et quelques Bordelais peaufinèrent le projet, en s’inspirant des articles de l’Académie Française et de l’Académie des Sciences. Puis l’abbé, pour savoir comment approcher ce pair de France, écrivit à son frère. Celui-ci conseilla de passer par la sœur du duc, Mademoiselle de la Force, « amie des Muses », bas-bleu qui commettait des romans illisibles. Tout fonctionna à la perfection. De Sainte-Foy arriva la bonne nouvelle : Monsieur le duc était disposé à recevoir une délégation.

L’opération étant en place, on arrêta la constitution de la députation. Furent choisis Jean-Baptiste de Caupos et Isaac de Sarrau de Boynet, et comme associés l’abbé Jules Bellet, et son frère le médecin. Deux mois plus tard les deux envoyés de Bordeaux se mirent en route dans la plus grande discrétion. Chacun avait prévenu famille et proches qu’il avait affaire à Limoges, sans donner la raison ni l’exact itinéraire du voyage. Jean-Baptiste de Caupos et Isaac de Sarrau de Boynet passèrent à Cadillac où les attendait l’abbé Jules Bellet, chanoine du lieu, et tous les trois se rendirent à Sainte-Foy-sur-Dordogne pour prendre le frère médecin. Enfin les quatre arrivèrent au château.

Logo AcademieLes visiteurs furent éblouis par les richesses du château. Ce furent des moments délicieux. On parla des nouvelles observations physiques, de musique, et on convint que les belles lettres devaient être associées au projet car « elles ne sont pas inutiles aux physiciens dont elles ornent les ouvrages physiques, et mêmes les géométriques. Elles sont les historiographes des arts et des sciences ». En conclusion le duc promit d’intervenir auprès du roi.

La délégation s’en revint à Bordeaux. En février 1712 le duc convoqua en son château les mêmes négociateurs pour leur apprendre que le roi avait accepté sa proposition. Et comme il devait se rendre à Paris il y solliciterait des lettres patentes. Quelques mois passèrent encore sans nouvelles. Un ami, Jean-François Melon qui allait à Paris eut mandat de s’informer, mais sans succès. A son tour Jean-Baptiste de Caupos, partit pour la capitale où il apprit qu’il ne manquait plus que les noms des académiciens et leur devise. On proposa « Crescam et lucebo »2, ce qui fut débattu jusque chez le futur régent, le duc d’Orléans. Le duc de la Force en défendit la justesse.

Enfin les lettres patentes tant attendues, signées par le roi le cinq septembre 1712 à Fontainebleau, furent adressées par paquet avec la liste des douze académiciens et la nouvelle devise. Il ne restait plus qu’à attendre l’ouverture du Parlement pour l’enregistrement de la fondation de la nouvelle Académie royale des sciences, belles-lettres et arts.

 On se mit à la rédaction du règlement intérieur. Quelques points furent arrêtés : rien ne devait être dit ou écrit sur la religion « qui fut hazardé contre la foi », il fallait être vigilant sur les bonnes mœurs, on ne devait pas attaquer le gouvernement, toute satire personnelle ou toute pensée ou parole équivoque était bannie. Enfin veiller à ne pas employer des termes impropres à la langue, et à respecter la brièveté des textes ou des discours pour ne pas dépasser une demi-heure de lecture.

Telle fut la naissance compliquée de la compagnie à une époque où les procédures dans un Etat très centralisé étaient déjà bien longues ! Finalement tout se mit en place, un directeur fut nommé,
Antoine de Gascq, président à Mortier au Parlement, un secrétaire des Belles lettres et Sciences fut
Jean-François Melon, inspecteur des fermes du roi, un secrétaire des arts, Isaac de Sarrau. Jean Sarrau de Vésis accepta, pour un temps, la fonction de trésorier.

Et puis on voulut rendre grâce à Dieu pour cette heureuse conclusion. Dans la chapelle du collège de Guyenne on chanta un Te deum, et un Domine salvum fac regem. L’après-midi, Antoine de Gascq ouvrit la séance par un discours sur l’utilité des sciences dans un Etat, puis fit l’éloge du roi et du protecteur. Enfin il y eut plusieurs communications. Tout se termina par un souper avec valets et flambeaux, suivi d’un bal auquel furent invitées les dames de l’Académie. Ainsi se termina cette belle journée qui mettait un terme au « parcours du combattant » pour la fondation de cette noble compagnie.

1 Gagistes : musiciens ou choristes professionnels payés à l'acte ; on dirait aujourd'hui « cachetonneurs »

2 « Crescam et lucebo » : "je croîtrai et j’éclairerai"

Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux

Repères chronologiques

  • 1712 (5 septembre) – Création de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux par lettres patentes de Louis XIV données à Fontainebleau. Jacques-Henri Nompar de Caumont duc de La Force, membre de l’Académie française premier protecteur, représentant du roi.
  • 1713 (3 mai) – Les lettres patentes du roi enregistrées par le parlement de Bordeaux.
  • 1713 (20 mai) – Ouverture solennelle de l’Académie dans la chapelle du collège de Guienne.
  • 1714 – Premier règlement de l’Académie.
  • 1716 (3 avril) – Election de Montesquieu.
  • 1718 – Montesquieu directeur de l’Académie.
  • 1726 – 1736 - Charles Jean-Baptiste Fleuriau, comte de Morville, membre de l’Académie française, protecteur. Montesquieu directeur.
  • 1735 – Montesquieu directeur.
  • 1736 – 1742 - Melchior, cardinal de Polignac, membre de l’Académie française, protecteur.
  • 1739 – Jean-Jacques Bel lègue son hôtel et sa bibliothèque à l’Académie. La bibliothèque est ouverte au public.
  • 1746 (12 juin) – Voltaire élu membre associé.
  • 1748 – Montesquieu directeur. Il publie De l’Esprit des Lois.
  • 1749 – L’intendant Tourny demande à l’Académie la cession du jardin et d’une partie de son hôtel afin de procéder à l’alignement des nouvelles allées de Tourny et au percement de la rue Saint-Dominique. L’Académie accepte puis se rétracte. Polémique dans laquelle Montesquieu soutient les intérêts de l’Académie.
  • 1758 – 1781 – Louis, François, Armand du Plessis, duc de Richelieu, gouverneur de Guienne, membre de l’Académie française, protecteur. Il ne sera pas remplacé.
  • 1759 – L’Académie cède ses terrains à la Ville qui s’engage à participer à la reconstruction de l’hôtel - Voltaire publie Candide. Il y brocarde les académiciens bordelais.
  • 1767 – Le prince de Bauveau offre à l’Académie un buste de Montesquieu par Jean-Baptiste Lemoyne.
  • 1769 – 1772 – Réaménagement par la Ville de l’hôtel de l’Académie et construction d’un observatoire.
  • 1781 – Les jurats remettent à l’Académie les antiques de l’Hôtel de Ville (origine des futurs musées lapidaires puis d’Aquitaine) – Le duc de Richelieu, dernier protecteur de l’Académie.
  • 1782 – L’intendant Dupré de Saint-Maur présente à l’Académie son Mémoire relatif aux projets…
  • 1786 – Le financier Nicolas Beaujon lègue à l’Académie les 6000 volumes de sa bibliothèque.
  • 1793 – Suppression de l’Académie. Son hôtel et sa bibliothèque sont remis à la Ville.
  • 1796 – Les académiciens se regroupent en Société d’Histoire naturelle de Bordeaux.
  • 1797 – Ils forment une Société des Sciences, Belles-Lettres et Arts.
  • 1800 (29 septembre) – Transfert du cénotaphe de Montaigne à la ci-devant Académie qui a réintégré ses anciens locaux.
  • 1802 – Retour du cénotaphe à la chapelle des Feuillants à la demande des descendants du philosophe.
  • 1814 – Renaissance du nom d’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.
  • 1828 (13 août) – Charles X signe, à Saint-Cloud, l’ordonnance restaurant l’Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.
  • 1839 – Le règlement de l’Académie royale est approuvé par le Ministre de l’Instruction publique.
  • 1852 – L’Académie devient impériale.
  • 1870 – L’Académie devient nationale.
  • 1890 – L’Académie s’installe à l’Athénée municipal.
  • 1912 (11-13 novembre) – Fêtes du deuxième centenaire.
  • 1939 – L’Académie s’installe à l’hôtel Ragueneau (archives municipales).
  • 1952 (20 mai) – L’Académie reçoit François Mauriac, prix Nobel de littérature.
  • 1976 – L’Académie s’installe à l’hôtel des Sociétés savantes.
  • 2012 (3, 4, 5 octobre) – Fêtes du tricentenaire.