1610, hommage des Médicis à Henri IV - De Paris à Florence, l'hommage rendu à Henri IV assassiné

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1610, hommage des Médicis à Henri IV
De Paris à Florence, l'hommage rendu à Henri IV assassiné
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De Paris à Florence, l'hommage rendu à Henri IV assassiné

 

C'est dans un climat troublé qu'est perpétré l'attentat du 14 mai 1610, qui met tragiquement fin au règne d'Henri IV. Au moins dix-sept tentatives ont déjà échoué, quand celle de François Ravaillac, un petit clerc d'Angoulême très sensible aux prédicateurs les plus fanatiques, accomplit ce qu'il croit être une mission divine (empêcher le roi de se lancer dans une guerre contre les puissances catholiques). A Paris, rue de la Ferronnerie, Ravaillac, grimpé sur l'une des roues du carrosse royal qu'il a suivi depuis le Louvre, frappe le roi de trois coups de couteau. Aussitôt arrêté, il subira questions et tortures sans jamais avouer l'existence de complices, et sera écartelé en place de Grève le 27 mai suivant. La cérémonie funèbre du roi a lieu à Notre Dame de Paris et en la basilique Saint-Denis les 29 et 30 juin 1610 ; la France pleure ce roi tant décrié quelques mois plus tôt.Paris-vaut-Bien-Une-Messe-Henri-IV

Florence reçut la nouvelle de cette mort soudaine le 23 mai, et toute la cour se mit en deuil. Le grand-duc Cosme II, qui avait succédé en 1609 à son père Ferdinand Ier, décida de rendre au monarque défunt un hommage solennel sous la forme de funérailles in effigie en l'église San Lorenzo. Cette cérémonie s'inscrivait dans la pratique des imposants rituels funèbres à forte signification politique dont les Médicis s'étaient fait une spécialité et dont San Lorenzo fut aussi le théâtre pour honorer Philippe II roi d'Espagne, en 1598, ou, plus tard, Marguerite d'Autriche en 1612. En 1610, il s'agissait non seulement d'attester le lien entre les deux dynasties, renforcé par le mariage en 1600 de Marie de Médicis et d'Henri IV, mais aussi et surtout de souligner la légitimité de la régence de Marie et du droit de Louis XIII à la succession. Parce qu'une telle solennité devait avoir une large résonance, des personnages de premier plan furent associés à son organisation ; Giulio Parigi (1571-1635), architecte et ingénieur de la cour de Florence, fut ainsi chargé de la scénographie. La commémoration en grande pompe eut lieu le 15 septembre 1610 ; pour décorer l'intérieur de la basilique, vingt- six toiles évoquant les hauts faits et les vertus du roi furent disposées sur la contre-façade et le long de la nef, entièrement revêtue d'ornements de deuil et théâtralement éclairée par une énorme quantité de chandelles. C'est cet important cycle biographique que l'exposition présente et cherche à faire revivre.

Une vie d'Henri IV sous des mains florentines

L'ordonnance de cette pompe funèbre réserve un important programme iconographique et pictural. Les vingt-six grandes toiles peintes en grisaille qui suivent la vie du monarque de sa naissance jusqu'à la veille de sa mort évoquaient ses hauts faits, ses vertus et son sage gouvernement, et donnaient, chemin faisant, une part considérable à l'influence exercée par les maîtres de Florence. L'ensemble exprime en outre une recherche de réalité historique particulièrement poussée, renforçant le sentiment que les Florentins étaient parfaitement bien renseignés sur les affaires de France.

Pour l'exécution de ce travail collectif, on fit appel à un groupe d'artistes gravitant dans l'orbite des Médicis, parmi lesquels Jacopo da Empoli, Bernardino Pocetti, Francesco Curradi retiennent plus particulièrement l'attention, signalant l'éclosion d'une saison artistique importante dans la Florence du tournant des années 1600. Mais sitôt après avoir rempli sa fonction principale de théâtralisation politique, le cycle fut rapatrié au Corridor Vasari. Suivit un long sommeil dans les dépôts des Gallerie Fiorentine, après 1825, ainsi que quelques pertes. Les campagnes d'étude et de restauration menées par le Polo museale fiorentino ont permis de retrouver et de remettre en état 19 toiles de ce cycle.

Dans le sillage des « livres de fêtes » richement commentés et illustrés, un volume fut imprimé et largement diffusé en France et en Italie. L'auteur de cet ouvrage, Giuliano Giraldi, décrit de façon aussi académique qu'officielle le sujet des vingt-six toiles, reproduites en autant de planches gravées par Alovisio Rosaccio. Grâce à ce précieux livret, nous pouvons en particulier reconstituer l'iconographie des sept peintures manquant toujours à l'appel, représentées ici par leur correspondant gravé dans cet ouvrage.

L'art de vaincre ou le chemin vertueux

[catalogue 3-12, salle des Officiers de service]

Le choix des divers épisodes qui composent le cycle fut sans doute établi en étroite collaboration avec l'entourage proche de Marie de Médicis. Il reflète la pensée politique dominante dans la Florence des Médicis au tournant du siècle, un néo-stoïcisme associant les données de l'héritage humaniste et les visées de la contre-réforme. Portrait d’Henri IV dit "Henri IV âgé"Une longue suite de batailles imprime tout d'abord un caractère très guerrier à ce roi.

L'argumentaire s'attache ainsi à décrire la notion de vertu, terme maintes fois cité dans le commentaire de Giuliano Giraldi. L'approche militaire permet en outre d'associer l'héritage des Anciens aux exemples modernes.

Argument de propagande, l'enfance naturelle du grand roi, né le 13 décembre 1553 au château de Pau, nourrit l'un des passages obligés du légendaire henricien. Sa clémence et ses aspirations pacifiques noblement illustrées lors de sa première grande victoire à Coutras (20 octobre 1587, dont subsiste un dessin préparatoire) lui ouvrent la voie de brillants succès : batailles d'Arques (21 septembre 1589, connue par le dessin de Michelangelo Cinganelli), et d'Ivry (14 mars 1590, toile de Domenico Frilli Croci).

Habile et vaillant général (combats de l'hiver 1589 ou retraite de Caudebec, en mai 1592, avec la peinture très enlevée de Francesco Curradi), Henri sait aussi faire preuve de retenue. Plutôt que d'aggraver les souffrances des parisiens, il préfère suspendre le siège de Paris, dont la belle vue rehaussée par un brillant portrait du roi est de Remigio Cantagallina.

Plusieurs fois vainqueur de ses ennemis espagnols et ligueurs, c'est sur lui-même qu'il remporte la plus glorieuse des victoires, en revenant à la foi catholique (abjuration à Saint- Denis , par Ludovico Buti, d'une approche très traditionnelle), et reçoit les premières soumissions d'un royaume qui reconnaît en lui non seulement le héros vertueux mais le prince défenseur de l'Eglise (toile de Fabrizio Boschi, dans une interprétation très marquée de caravagisme).

L'art de la victoire ou le triomphe de la vertu

[catalogue 13-24, salle des Cent Couverts]

La séquence suivante fait alterner des scènes religieuses ou plus strictement politiques, et des faits d'armes plus espacés. A l'art de vaincre, le héros de ce récit en images sait joindre l'art de la victoire. Aux fruits des conquêtes militaires s'ajoutent bientôt ceux de la paix retrouvée avec l'Eglise romaine, de celle signée avec les Espagnols, ou encore de celle imposée au duc de Savoie.

Henri-IV-entre-pacifiquement-à-ParisL'entrée pacifique d'Henri IV à Paris (22 mars 1594), justement interprétée en France et en Europe comme un événement majeur, récompense une politique généreuse et avisée ; Francesco Mati lui donne l'allure d'un joyeux défilé à travers une ville imaginaire. Une agréable fantaisie décorative guide encore le pinceau de Pietro Sorri dans la capitulation de Laon, tandis que le coup d'éclat que représente la Victoire de Fontaine-Française, le 5 juin 1595, inspire à Valerio Marucelli un magistral clair-obscur. Cependant, c'est une scène de réconciliation qui constitue la clef de voûte de ce parcours. La ratification de l'abjuration d'Henri IV en septembre 1596 à Paris, en présence du cardinal de Médicis, est le fait d'un artiste porteur de la tradition toscane, Jacopo da Empoli, qui reprend presque trait pour trait la composition de son grand tableau de 1600 représentant les noces de Marie de Médicis à Florence.

De nouvelles opérations militaires décrivent désormais un triomphateur magnanime, un souverain pacificateur. Bernardino Monaldi et Nicodemo Ferrucci, dans les deux épisodes consacrés au siège et à la prise d'Amiens (1597), jouent sur les affinités de la technique de la grisaille avec la sculpture ; la posture du roi devant Amiens, fièrement campé par le second de ces deux artistes, n'est pas sans rappeler la célèbre statue d'Henri IV à Paris sur le Pont-Neuf entreprise par Giambologna et poursuivie par Pierre de Franqueville. Avec l'entrée d'Henri IV à Nantes (avril 1598) et la célébration de la paix franco-espagnole à Notre Dame de Paris (21 juin 1598), deux grands ateliers florentins, celui de Matteo Rosselli et celui de Bernardino Poccetti, sont mis à contribution, le premier jouant sur les traits d'élégance propres à ce type de festivités publiques, le second sur les effets structurels et la perspective d'une grandiose cérémonie, elle aussi placée sous le signe du rayonnement international de la maison régnant à Florence.

Sous le signe de la félicité publique

[catalogue 25-28, salle aux Cent Couverts]

Les derniers sujets (23-26) ne traitent que de la sage politique du prince chrétien, séquence terminale heureuse jusqu'à l'irruption d'un drame qui n'est pas directement évoqué. Ici encore, le programme pictural tend à démontrer combien cette recherche de la félicité publique est indissolublement liée à l'alliance avec les Médicis, en la personne de Marie. La peinture (non retrouvée) qui évoque sa rencontre avec le roi offrit à Rubens d'intéressants éléments iconographiques, comme le montre la scène de l'Arrivée à Marseille de Marie de Médicis, composée pour la Galerie Médicis au palais du Luxembourg, à Paris, dont l'exposition présente une précieuse esquisse. Henri-IV-confirme-son-abjurationReconstituant une assemblée imaginaire, Pompeo Caccini place la réorganisation du royaume sous l'autorité du roi mais aussi de la reine, tous deux assis côte à côte, sous un dais orné des armes conjointes de France et de Médicis.

Ce thème annonce celui des deux toiles, à présent perdues, qui constituaient la conclusion du cycle : Une ambassade d'Henri IV obtient du Grand Turc le maintien du Saint-Sépulcre et la liberté de culte en Terre Sainte, et le Couronnement de Marie de Médicis. En rétablissant les positions du culte catholique non seulement dans le royaume mais aussi jusqu'en Terre Sainte, Henri fait écho au zèle des grands-ducs de Toscane pour les aventures maritimes d'esprit croisé. Et surtout, le couronnement de Marie, la veille même de l'assassinat du roi, semble signer d'une prévoyance prophétique son éclatante légitimation politique.

Les perspectives du cycle du 15 septembre 1610 sur la vie d'Henri IV (consolider le statut de la régente, un mois avant le couronnement du jeune roi Louis XIII à Reims) se doublent d'une indéniable vivacité artistique. Réunis dans une approche commune des sources françaises et du style officiel qui marque les grandes cérémonies florentines depuis les dernières décennies du XVIe siècle, les artistes qui ont exécuté ces peintures leur ont donné le ton d'élégance et de vivacité qui convenait au sujet, au personnage proposé, contribuant par là même à préparer son entrée dans le champ de la légende.

En savoir plus http://www.henri-iv-florence-1610.eu/



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