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Calendrier

Exposition Jane Harris
Catégorie : Art - Peinture
Début : Mercredi, 17 Septembre 2014 à 08h00
Fin : Jeudi, 18 Septembre 2014 à 00h00

L’exposition est conçue comme une expérimentation où Jane Harris, artiste anglaise installée depuis quelques années en Dordogne, pourra s’emparer des cimaises de la chapelle du Carmel et expérimenter plus profondément encore la relation complexe de la peinture à l’ornementation et l’interactivité physique et perceptive qui s’établit entre le corps humain et la surface peinte ou dessinée. Du point de vue formel, les peintures de Jane Harris sont d’une simplicité trompeuse. Cinq constantes y sont pourtant systématiquement présentes : le motif de l’ellipse ; le trait de pinceau réalisé à l’huile métallique ; les bordures composées de petites semi-ellipses répétées ; la couleur basée sur l’observation des couleurs qui se rencontrent ; la lumière qui active la surface en créant des effets optiques et qui transforment cette simplicité apparente en une complexité dynamique. En fonction du placement du spectateur, ce dernier constate que les peintures se trouvent dans un état de constante mutation et provoquent une série de transformations optiques subtiles. Elles échappent à la fixation du regard et génèrent ainsi des incertitudes.

Elles se situent donc quelque part entre abstraction géométrique, ornementation et illusion spatiale. Repoussant sans cesse les limites de ces paramètres essentiels, l’artiste tente d’approcher au plus près les frontières de l’ornementation, sans pour autant tomber dans le « simplement » décoratif et toujours en cherchant à amplifier les possibilités optiques de ses peintures, sans qu’elles ne soient pour autant identifiées à des oeuvres « Op art ». Pour Jane Harris, le dessin fait partie intégrante de sa pratique. Elle le perçoit à la fois comme une technique à part entière mais l’envisage aussi comme un passage obligé avant la mise en peinture.

Dans ce processus, la forme dessinée est toujours le point de départ. Le petit dessin schématique est choisi et agrandi sur un papier de la taille de la future peinture, puis transféré par décalque. Toutefois l’artiste produit aussi des dessins qui existent en tant qu’oeuvre, indépendamment de la peinture.

La surface d'une fontaine (ou les peintures de Jane Harris) par Lucie Encrevé

Les peintures de Jane Harris, artiste anglaise née en 1956, répondent depuis les années 1990 à un ensemble de contraintes précises : un format rectangulaire, de l’huile sur toile, une forme, une ellipse, parfois multipliée (par deux, trois ou quatre), et deux couleurs [1].
Une rigueur, produite aussi par certains de ses outils, des gabarits d’ellipses – discipline qui n’est pas sans rappeler celle d’une peintre de ses aînées, Agnès Martin, retranchée comme elle du courant (Harris s’est installée depuis 2006 dans un village français reculé de Dordogne). Chaque oeuvre est réalisée dans un temps long [2] nécessaire au recouvrement du support ou d’une couche antérieure – il y en a de trois à cinq, au-dessus d’un fond ocre rouge – par la répétition de haut en bas de touches parallèles épaisses qui se chevauchent – construisant l’espace comme celles de Cézanne, dont Harris a beaucoup regardé les paysages et les natures mortes [3].
Il y a un goût, dans cette attention au faire, pour le décoratif, ou, préfère l’artiste, l’ornement – ne nomme-t-elle pas les dessins préparatoires réalisés sur de très grandes feuilles[4] des cartons ? : quelque chose de précieux, porté en particulier par le ruban formant corolle qui sépare forme(s) et fond, comme aussi par l’usage de peintures métalliques (lui permettant depuis 2005 d’obtenir le lustre qu’elle recherche pour ses couleurs, parmi lesquelles l’or et l’argent font souvent retour). L’ellipse répétée, issue de motifs vus dans des jardins étudiés lors de voyages au début des années 1980 [5], évoque fontaines et miroirs (sujets de peintures en 1989-1990), mais aussi cadres, cartouches, champs de tapis et pavements [6], montrant un lien, décomplexé, au décoratif. assez cartoon), révélant un côté pop, et les titres (de Mium Mium [11] à La di da [12]), qui signalent toute la distance introduite dans des peintures que l’on pourrait décrire comme féminines.
Un sourire se lit dans le redoublement des formes, qui se mirent – et l’artiste de mettre en lien son travail avec une saisissante (drôle et funèbre) peinture du début du XVIIe siècle conservée à la Tate et découverte dans sa jeunesse, The Cholmondeley Ladies, couple de femmes presque identiques portant enfant, aux visages perdus dans le décor textile qui les entoure et les fige.
Ce retour du miroir, du double, de l’écho, dans des peintures où l’absence de figure (reflétée) est manifeste, indique peut-être ce qui se trame ici : peindre la peinture, en rejouant Narcisse, devenu fleur, désigné par Alberti comme son inventeur – sans rien céder, tout en s’en jouant, de ses illusions [13] son aura, ses discrètes jouissances : « La peinture est-elle autre chose que l’art d’embrasser ainsi la surface d’une fontaine ? [14] »

01. Des oeuvres sur papier sont réalisées parallèlement, qui obéissent à d’autres lois : ainsi celles au crayon, toujours sur un même papier (Fabriano) de format identique (56 x 76 cm). 02. Qui explique le nombre réduit d’oeuvres achevées par an (une petite dizaine). 03. « Je suis particulièrement intéressée par la manière dont il utilise la même taille de traits de pinceau pour le ciel et les montagnes lointaines comme pour les éléments du second et du premier plan », Jane Harris, mail à l’auteure, 10 juillet 2013. 04. Agrandissements, après sélection et choix de leur sens, de premiers dessins effectués dans des carnets : elle les reproduit ensuite sur toile grâce à des transparents. 05. Jardins français notamment, étudiés durant neuf mois passés à Paris en 1985-1986 ; au Japon, où elle reste deux mois en 1982, elle se souvient surtout des échos entre paysage réel et paysage miniaturisé dans les jardins utilisant la technique du shakkei (paysages empruntés) : la marque davantage le redoublement du motif, donc (et le rapport du spectateur à lui) que le motif lui-même. 06. Ainsi celui de la basilique Saint-Marc à Venise, dont une image est au mur de l’atelier lors de ma visite (7 juillet 2013). 07. Jane Harris, in Lucile Encrevé, « Une place qui n'est pas fixe. De quelques peintres abstraits contemporains », La peinture est presque abstraite, Bourges, Le Transpalette, 2009, p. 4. 08. « J’aime quand l’espace est étroit, quand on a un feuilletage de plans » (Jane Harris, entretien avec l’auteure, 7 juillet 2013) – affirmation à la fois du plan et d’un espace créé dans la peinture qui correspond à ses idées sur le shakkei comme à sa lecture des peintures de Cézanne (mail à l’auteure, op. cit.). 09. « Un mouvement retenu » (Jane Harris, entretien avec l’auteure, op. cit.), lié aux motifs évoqués (roues, oiseaux). 10. Celle des différents pinceaux utilisés (de un à trois par tableau). 11. « Mium Mium est une peinture fondée sur les deux couleurs de cadmium utilisées – le vert de cadmium et l’orange de cadmium. Le titre est lié aux couleurs, mais ses sonorités sont liées à l’idée de quelque chose de savoureux. » [Mium Mium is a painting based on the two colours of cadmium used - Cadmium Green and Cadmium Orange. The title relates to the paint, but its sound relates to the idea of something tasty.], Jane Harris, in Helen Sumpter, « Elliptical Illusions », The Big Issue, 28 janvier 2002. 12. Se dit en anglais d’une personne prétentieuse. 13. Le mot « illusion » revient à plusieurs reprises dans notre entretien : « La peinture est une illusion », déclare Jane Harris, platonicienne (entretien avec l’auteure, op. cit.). 14. Alberti, De la Peinture [1435], Paris, Macula, 1993, p. 135.

Infos pratiques
Musée des beaux arts - Libourne

42, place Abel Surchamp 33500 Libourne - Gironde
Téléphone : 05 57 55 33 44
Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Site web : http://www.ville-libourne.fr

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