La fuite de Bertrand - Michelle Grossi
Bertrand est dans le train le ramenant de Bordeaux où il travaille, pour Toulouse où il habite. Marie, sa femme, vient d'accoucher. Un incident empêche Bertrand de descendre du train, puis il s'endort, se réveille en Italie, et décide de ne plus rentrer. Marie comprend alors ses erreurs et décide ....
..de le retrouver. Bertrand parcourt l'Italie, puis... continue son chemin avec son mal-être ou son soulagement tout en découvrant la Liberté. Quel destin pour Marie, cette femme abandonnée? Et pour Graziella, leur fille ? Quel destin pour cet homme qui a tout abandonné pour une vie plus simple mais libre ?
L'auteur
Michelle Grossi vit entre le Gard et le Lot et Garonne. Elle s’est inspirée de ces deux régions pour écrire son premier roman nous dévoilant la vie d’un homme enfermé dans son quotidien qui par une porte qui reste fermée préfère fuir pour trouver la liberté. Est-ce si simple, la liberté n’a-t-elle pas un prix ?
« La fuite de BERTRAND »
Premières pages du roman
"... Bertrand se lève, nonchalant. Il se dirige vers les panneaux coulissants du wagon numéro 23 du train Téoz Bordeaux/Vintimille. Il n’arrive pas à les ouvrir, c’est bien la première fois que ça arrive ! Alors, il coince maintenant carrément son cartable Vuitton entre les deux panneaux qui se sont ouverts de quelques centimètres pour avoir plus de prise et pousser de toutes ses forces, mais ils restent coincés.
Gare Matabiau de Toulouse - 20h12. Comment va-t-il faire, il faut absolument qu'il descende ici, à Toulouse, mais il lui est impossible d'ouvrir ces panneaux ! Aujourd'hui, c'est jeudi soir, il fait nuit et froid. C'est l'hiver, le mois de janvier plus exactement ; les fêtes de fin d’année sont passées depuis une bonne quinzaine de jours. Toujours le même rituel, ces fêtes ; des repas, encore des repas ; des achats, encore des achats. Bertrand pense depuis longtemps que ça fait beaucoup d'argent jeté par les fenêtres et il est content qu’elles soient passées. Il soupire tout en regardant par la fenêtre du wagon numéro 23, pas une étoile ne brille dans le ciel, il va sans doute pleuvoir. Un peu de monde circule sur le quai, pour ainsi dire, pratiquement personne.
Marie lui a téléphoné ; elle a accouché à seize heures cet après-midi du 21 janvier avec plus de trois semaines d'avance. Normalement, l'enfant devait naître au mois de février, vers la Saint-Valentin. C'est vrai aussi que tous les matins, Bertrand part sans même avoir le temps de voir sa femme deux minutes. Elle a dormi profondément toute la nuit et encore quand il est parti. Il le sait, parce que la nuit, lui, il ne dort pas. En attendant, les minutes passent et toujours pas moyen de faire glisser ces panneaux. S'il ne peut pas descendre là, maintenant, tout de suite, cela fera toute une histoire. Affolé, il pousse fort avec son épaule droite maintenant, jusqu’à fortement cogner. Il a connu Marie au lycée Bernard Palissy de Toulouse, cela fait déjà quinze ans dont dix années de mariage pratiquement. À ce jour, elle est infirmière à la clinique Saint-Jean, au service des urgences.
Dorénavant, elle reprendra son travail à mi-temps pour pouvoir élever la petite Graziella, leur premier enfant. Ils ont convenu cela ensemble car lui, Bertrand, travaille à Bordeaux dans une grande agence d’architectes, et il est donc plus logique que son épouse consacre du temps à la petite, et surtout, c’est ce qu’elle veut. Malgré tout, Bertrand s'ennuie dans sa vie, dans son travail. Il s’ennuie aussi de ces nombreuses heures passées dans le train, ces interminables allers-retours l'épuisent ! Mais il n'a pas le choix, tous les mois, il faut rembourser ce beau pavillon qu’ils ont fait construire dans la banlieue toulousaine. À vrai dire, cet enfant, l’architecte ne le désirait pas vraiment, pas du tout même. Mais, c'est ainsi, Marie le voulait absolument, d’ailleurs. Avant il ne dormait pas beaucoup mais depuis neuf mois, l’architecte a perdu complètement le sommeil devenant un véritable insomniaque. Il se lève la nuit et noircit des pages et des pages de toutes ses frustrations accumulées dans la journée. Il vide son cœur, et rêve de vivre autrement, dans un autre monde, avec plus de liberté. Pas pour pouvoir papillonner, non, ce n’est pas son genre, mais vivre une vie, il ne sait pas encore laquelle car il ne l’a jamais vécue, seulement il l’imagine moins contraignante, plus légère. Ici, tout est anticipé, il sait exactement ce qu’il fera le lendemain, le surlendemain, le week-end prochain. Il a davantage besoin d’une vie d'évasion, d’espace, de soleil.
C’est à la fois confus et très clair : une autre vie où il aurait du temps pour lui, pour vivre. Son esprit s'égare en permanence, et au petit matin, il détruit ses écrits. Parfois, il oublie, se prépare et part travailler. A cet instant précis, il doit vite revenir sur terre et descendre du train pour rejoindre sa famille à l’hôpital. Il faut absolument qu'il ouvre ce panneau ! Cette fois, il tape tellement fort qu'il pense s'être démis l'épaule, il cogne… il tambourine… vite, le train va redémarrer dans une seconde ! Sans doute d’aller vivre pas très loin de la méditerranée, Bertrand y pense constamment depuis des années, plutôt depuis toujours. Exister avec du bleu tout autour, partir ! Il la subit cette vie plus qu'il ne l’a choisit comme sa famille, sa femme, ses amis ; tous sont programmés pour vivre de cette façon là. Il est plus raisonnable de se résigner, pense Bertrand, il a beau tourner et retourner le problème dans sa tête, il doit accepter ce destin.
Plus que quelques secondes, le train va redémarrer, comment peut-il faire? Il ne va quand même pas déclencher l'alarme ! Mais comment se fait-il qu’aujourd’hui ce panneau ne s’ouvre pas ? De colère, il crie, seul dans le wagon. Cet après-midi, le jeune homme a quitté précipitamment le bureau. D'habitude, il n'est jamais rentré chez lui avant 22h10, c'est très tard, pour repartir le lendemain au train de 07H08. Au-dehors, il pleut. La pluie frappe contre les carreaux du wagon très violemment, il peut toujours et crier, personne ne l'entendra plus...."
Livre de 195 pages – Prix de vente public 18,40 euros –
Format en 13,5x 19 cms
Code ISBN : 978-2-35826-017-6
Editions Mille plumes
- 14-02-12 | 19h30 | Bordeaux Le dindon
- 14-02-12 | 20h00 | Bordeaux Le roi des bons
- 15-02-12 | 10h00 | Marcheprime Petit Bond/ Teatro Gioco Vita
- 15-02-12 | 15h00 | Marcheprime Petit Bond/ teatro Gioco Vita
- 16-02-12 | 21h00 | Bègles Cie Les Labyrinthes - Silence compl...









