Bassin d’Arcachon des Hautes Terres

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bassin-arcachon-des-hautes-terresSerge Martin nous content un Bassin d’Arcachon méconnu, grâce à sa plume et Marnie, à travers ses dessins, peintures, gravures, sérigraphies et collages. Delta de la Leyre, balade poétique dans le parc naturel régional des Landes de Gascogne, Bassin d’Arcachon des Hautes Terres,

...c'est prendre son temps pour un lent voyage de découvertes, s’initier à l’histoire du pays des eaux mêlées et partager ses légendes.

Bassin d’Arcachon des Hautes Terres

Extrait du livre

Chapitre 2 : Le temps du sel
À l’origine était le sel marin, cristaux délivrés de l’immensité, alliance de l’eau, du soleil et du vent. Condiment essentiel, conservateur indispensable, le sel, moyen d’échange qui restera longtemps soumis à la détestable gabelle.
Au fond du quartier de Tagon, s’alignent les cabanes endormies du Port des Tuiles jusqu’au quai oublié au bord de la rivière. D’une rive à l’autre, une passerelle de bois conduit à Malprat. Entre les vasières et l’île, s’ouvrent les prés salés, nature sauvage, telle qu’on pouvait la découvrir avant la construction des digues. Cette frange littorale occupait alors une grande partie du delta, entre crassats gluants et contreforts des vallons.

bassin-arcachon-des-hautes-terresTerres improbables, envahies lors des marées de vives eaux, inondées par les crues de printemps, dominées par les buttes castrales. Le seigneur concédait aux manants le droit de vaine pâture. Ces dépôts d’alluvions et de glaises noirâtres, sédiments accumulés au cours des temps étaient bien plus fertiles que les sables des landes alentour.
Il y a peu encore, le bétail traversait à gué. Franchi le rideau des roselières, leurs plumeaux au vent, les bêtes trouvaient là une flore bien particulière : pelouse d’une herbe rase, parterres de salicornes charnues, de soudes maritimes, bouquets bleus en été des lavandes de mer. Les vachers s’occupaient à couper les joncs pour les litières.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les deux seigneurs de la Leyre vont transformer le milieu naturel dans un souci de production dirigée. Rive gauche, le Captal Amanieu de Ruat fait ensemencer les dunes en pins. Rive droite, Dufort de Civrac et ses concessionnaires, de Pardaillan, d’Arcambal ou de Bonneuil lèvent une armée de terrassiers pour assainir les abords du Bassin et y creuser des salines.
Plus de 120 hectares reconvertis : Lanton, Branne, Certes, l’Escalopier et Malprat. Des travaux gigantesques, encouragés par le Roi : 30 km de côtes endigués, des dizaines d’écluses de pierre, des millions de m3 de terres argileuses déplacées, sans nos moyens actuels. Les ingénieurs modifient radicalement le processus géomorphologique : les berles et ruisseaux déviés, l’île de Branne et les prés salés endigués séparément, les anciens ports de Certes et Malprat rénovés.

Les bâtisseurs d’alors ne s’opposent pas frontalement à la force des flots. La digue, bourrelet de terre, s’élève en pente douce tapissée de fascines de brandes maintenues par des pieux..
L’eau glisse et s’infiltre sans trop saper les fondations. Au sommet de ces tertres, tamaris et prunelliers résistent aux embruns et consolident l’ensemble.
Outre les brassiers, la main d'oeuvre locale, les aristocrates investisseurs vont faire appel aux sauniers saintongeais pour leur technique et leur savoir-faire. Là bas, beaucoup de marais salants sont à l’abandon et, en 1768, Louis XV libère nos installations des taxes. Nous manquons de documents d’époque, mais il est fort probable que les nouveaux venus vont reproduire en Buch les structures des salines charentaises.
La mer pénètre par l’étier dans un grand réservoir où l’eau décante et réchauffe. Ensuite, par un système de vannes, de curieux tuyaux faits de troncs évidés, elle emprunte un véritable labyrinthe de bassins de moins en moins profonds. Sur la glaise, s’opèrent évaporation et cristallisation. Au râteau, le saunier recueille délicatement la fleur de sel avant de mettre en tas le reste de la récolte.
À Tagon comme à Certes, les nouvelles familles vont s’intégrer difficilement à la population locale, méfiante par nature. La communauté bâtit de petites maisons blanchies à la chaux, aux toits finissant à 1,50 m du sol. Vie rude, travail ingrat.

Chapitre 3 : Chaloupes et pêche à l’océan
A l’époque, les caravanes de poissonniers quittaient les rives de Buch pour approvisionner Bordeaux, le marché des Fossés, l’actuel cours Victor Hugo. La mer était alors poissonneuse à souhait. Le berger et le cultivateur devinrent pêcheurs. Le "pescayre" était dit "maliney" lorsqu’il posait ses filets à l’intérieur du Bassin, "pégouayre" quand il bravait les passes de l’entrée pour tenter sa chance sur la côte océane, d’octobre à Pâques.
La chaloupe, non pontée, jauge 10 tonneaux. Propulsée à l’ aviron par douze solides rameurs, dirigée par le patron assis sur la tille, le coffre à provisions. Un bâtiment fin, élancé, relevé aux extrémités, caréné à clins, membrures en acacia et bordé en chêne, parfaitement chevillé. Les deux voiles carrées ne se hissent qu’à l’océan.
Courage et habileté de ces hommes pour prendre la bonne lame qui permet de véritablement surfer sur plusieurs centaines de mètres, pour éviter aussi les bancs de sables qui obstruent les passes et se déplacent sans arrêt.
Hardiesse pour subir l’assaut des vagues, les caprices du temps, les aléas de la pêche. S’en remettre à la providence pour poser, perpendiculairement à la côte, le "péougue", la longue ligne de filets lestés qui vont piéger le poisson, une marée durant.
Les pêcheurs passent la nuit à l’ancre, sous la voile abattue, protégés du froid, des embruns et du vent. Ils partagent le pain noir, le lard, les sardines salées et le vin, pour, à mi marée montante tirer le filet et trier les poissons : des bars, soles, daurades ou seiches.
La fière chaloupe, barrée à l’aviron par son capitaine, franchit la passe sud, la plus largement ouverte, en choisissant la déferlante la plus favorable qui fait atteindre Pilat ou Bernet sans voiles ni rames. Là, attendent deux tilloles pour prendre à bord les paniers de poissons et les filets qui seront mis à sécher à l’île du Matoc.
Les "péougayres" sont fiers et généreux. Insouciants parfois, ils dépensent sans compter lors des repos à terre. Ils viennent aussi en aide à la veuve et à l’orphelin car les naufrages sont nombreux. Le plus dramatique a lieu le 18 Mars 1836, par grande tempête, 6 chaloupes sombrent et 77 marins périssent dont 10 d’Audenge.
L’armateur embauche son patron de pêche qui recrute douze rameurs et deux matelots pour les tilloles. Ce contrat oral, le "pariatge", lie les hommes pour une campagne. Ils partagent en part égales les bénéfices. Le système sera abandonné après l’Ancien Régime pour salaire, gages et part de poissons. À la Révolution, on voit s’enrôler quelques marinières avant que les autorités ecclésiastiques ne condamnent cette pratique.
Les chalutiers à vapeur, tel le "Turbot" en 1836, les coques en fer puis les moteurs marins de la maison "Couach" de Gujan, vont peu à peu améliorer les pratiques de pêche et faire entrer dans l’Histoire les belles chaloupes d’autrefois.
Subsistent encore les ex-voto des chapelles et les légendes. Attention toutefois à ne pas se fier au calme de notre petite mer de Buch. Elle épouse les fureurs des coups sourds de l’Atlantique.

bassin-arcachon-des-hautes-terresChapitre 9 :  Taussat-les-Bains
À la veille du second Empire, Lanton et ses quartiers, petit village de la rive Est du Bassin, comptait seulement 400 habitants mais intéressait aussi les investisseurs étrangers. Émile Péreire, un banquier puissant, acquiert quelques 5000 hectares de landes communales en Buch pour leur assainissement et mise en culture.
Auparavant, en 1830, le domaine de Taussat, appartenant au Maire de Lanton, Etienne Anglas, est vendu aux enchères. La ferme, les chênaies et pinèdes, les prairies, la large bande côtière entre la berle de Cassy et le ruisseau du Mauret, un ensemble de 366 hectares acheté par Jacques De Courcy.
En 1856, son fils, Eugène Ernest, se lance dans l’aventure immobilière. L’engouement pour les cures en bord de mer, l’essor de Deauville et plus près de nous, d’Arcachon, vont le décider à investir. Un projet cohérent : séduire la bourgeoisie bordelaise, les notables, en leur vendant les parcelles littorales, créer un établissement de bain, céder des parcelles en second plan, moins onéreuses, attirer enfin hôteliers et commerçants pour faire de Taussat une cité jardin, petite station balnéaire de villégiature.
En quelques décennies, ses enfants, son gendre Mr D’Elloy, poursuivront l’oeuvre. Un quartier animé et prospère va naître. La famille lotira, ouvrira la chapelle, le port même. La puissance publique créera les routes et places, le chemin de fer, la gare, l’école… Taussat, oeuvre progressive, cadre champêtre et atmosphère paisible que l’on ressent encore de nos jours.
Mr de Gil, premier habitant, acquit en 1857 les deux premières parcelles au prix de 1F le mètre. L’établissement de bain De Courcy, longue bâtisse aujourd’hui disparue, sa galerie et sa quinzaine de chambres s’ouvrit, dominant la plage. En arrière, à l’emplacement de l’ancienne tuilerie, s’élève une belle demeure à étage de pur style balnéaire. Le docteur Pitre, célèbre professeur de médecine bordelais, fit construire le chalet au début du XX e : pierre de Garonne et briques de Biganos, toit élégant où l’épi de faîtage prolonge le poinçon, balcons ouverts sur le jardin.
Plus au Nord, la villa Tamaris, construction en ciment, une première innovante pour 1904, un des trois hôtels de l’époque. L’espace laissé libre servait de place publique. En ces temps, la bienséance voulait qu’on utilise les cabines de bain pour se dévêtir. En suivant la plage, après la villa Marguerite où vécut la soeur de F.Mauriac, voici Hurlevent, imposante construction de style italien, ses arcades, balcons à colonnes, sa tour de guet, vigie dominant l’estran. Dans le dédale très étudié de son jardin anglais, volumes et bosquets, vasques et fontaines, petit pavillon de plage en pierre.
Entre l’allée Toulouse Lautrec et une petite venelle d’accès, la villa Bagatelle, plus modeste, nichée dans son écrin de verdure. En bordure de la plage, un étonnant belvédère néo-gothique, ses rocailles, gargouilles et fausses ruines en ciment .Enfin, l’imposant château de Torre prend des airs Renaissance avec son fronton à coquille, ses sculptures et fenêtres à meneaux.

Les Dossiers d’Aquitaine
ISBN : 978-2-84622-195-5
EAN : 9782846221955
35€


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