Jazz in Marciac histoire d'un Festival

  • Catégorie : Sud-Ouest - Nouvelle-Aquitaine
Jazz in Marciac : Quelle histoire ! On l’aime tellement qu’on lui a donné le petit nom affectueux de JIM.
Jazz in Marciac : Quelle histoire ! On l’aime tellement qu’on lui a donné le petit nom affectueux de JIM.

Marciac, petite bastide fondée à la fin du XIIIe siècle. Aujourd’hui, une bourgade rurale de quelque douze-cents âmes, nichée dans la verdure au coeur du Gers, à michemin entre Auch et Tarbes. Avec sa place qui a conservé des arcades médiévales, son lac où évoluent les planches à voile, son église ...

.... dont le clocher s’enorgueillit d’être le plus haut de la région. Et, chaque année, pendant quinze jours autour du 15 août, un chapiteau géant dressé sur le terrain de sports, des rues en fête, des milliers de visiteurs réunis dans la célébration d’une musique : c’est JAZZ in MARCIAC, un festival pas comme les autres, dont la renommée a franchi les frontières.

Créé en 1978 à l’initiative d’une poignée d’amateurs, le festival, d’abord axé sur le jazz traditionnel, accueille autour de Claude Luter des formations de style Nouvelle- Orléans avant d’étendre sa durée et de diversifier sa formule sous l’impulsion d’un infatigable animateur, Jean-Louis Guilhaumon, principal du collège local et stratège avisé d’une équipe de bénévoles de plus en plus nombreuse. C’est ainsi que s’y produisent par la suite le Golden Gate Quartet, puis Bill Coleman et Guy Lafitte, venus en voisins, et qui assumeront dans les années suivantes les charges de Présidents d’honneur. Affiche Jazz In Marciac 2019

Tandis que le succès s’accroît et que l’audience s’étend peu à peu à l’Europe entière, JAZZ in MARCIAC invite, souvent en exclusivité, nombre de musiciens français et étrangers venus de plusieurs continents, et des stars internationales de l’envergure de Lionel Hampton, Dizzy Gillespie, Stan Getz, Oscar Peterson, le Modern Jazz Quartet, Stéphane Grappelli, Michel Petrucciani, Sonny Rollins, Gerry Mulligan, Herbie Hancock, Keith Jarrett ou encore Wynton Marsalis, pour ne citer que quelques noms parmi les plus prestigieux. Sans compter les meilleurs groupes de Gospel tels les Sensational Nightingales ou les Barrett Sisters.

Si JAZZ in MARCIAC est devenu, en quelques années, l’un des festivals les plus importants et les plus courus sur le plan européen, s’il est, incontestablement, LE festival du mois d’août, attirant un public international toujours plus dense, il le doit à la conjonction de plusieurs facteurs qui en font toute l’originalité. Jean-Louis Guilhaumon, devenu depuis quelques années maire de Marciac, a su, avec son équipe de bénévoles, rallier l’adhésion populaire, ce qui n’est pas une mince prouesse. Toute la communauté villageoise vit, pendant le festival, à l’heure du jazz : commerçants, restaurateurs, logeurs, tout le monde participe, d’une manière ou d’une autre, à la fête du swing. Toutes les bonnes volontés (et elles ne manquent pas !) sont requises pour que la logistique soit à la hauteur de l’événement. Si le chapiteau abrite tous les soirs plus de cinq mille spectateurs pour les concerts « de prestige », bien plus nombreux sont ceux qui fréquentent le festival « Off ».

LAstrada Francis Vernhet

Toute la journée, en effet, la place du bourg est le théâtre d’une animation continue et gratuite : orchestres se succédant sur le podium, cinéma, foire à la brocante, stands de spécialités régionales et d’artisanat. Une atmosphère de kermesse placée sous le signe exclusif du jazz et qui attire chaque année plus de cent mille visiteurs. L’une des caractéristiques de JAZZ in MARCIAC, c’est la rigueur en matière de programmation. Ici, pas de concession à la mode, pas de dérive démagogique.
Pas de « fourre-tout » : le souci pédagogique prévaut. Du jazz, sans exclusive de genre ni de style, jusqu’aux musiques cousines, mais sans compromission. Si depuis quelques années une place a été faite au blues, au rhythm’n’blues et à la soul music avec des vedettes aussi représentatives que Lucky Peterson et Maceo Parker, ou au latin jazz avec Tito Puente, Irakere ou Ray Barreto, si le festival s’est ouvert aux formes les plus contemporaines, du free jazz d’Ornette Coleman ou de Michel Portal à la world music de Joe Zawinul, c’est pour répondre aux attentes d’un public toujours plus large.

Mais la même exigence de qualité demeure, avec la fidélité aux racines : des soirées sont toujours consacrées au jazz traditionnel dans le cadre magique des arènes, seconde scène qui s’ouvre aussi aux fanfares, au blues et à la salsa. Et l’église de Marciac accueille rituellement, outre une messe du jazz, des concerts de negro spirituals et gospel songs.

Enfin, l’hospitalité gasconne, faite de chaleur et de simplicité, fait que ce festival ne ressemblant à aucun autre a acquis une personnalité unique et que son image, largement diffusée, a fait connaître Marciac dans le monde entier. La gastronomie gersoise, ses confits, ses foies gras, ses magrets arrosés des vins des Côtes de Saint-Mont, contribue à la qualité de l’accueil. L’ambiance détendue, bon enfant, propre à exalter les vertus du jazz, séduit non seulement le public mais les musiciens, y compris les plus célèbres, qui demandent souvent à venir jouer, ou rejouer, à Marciac.

Photo dambiance lAstrada Laurent SabathIls s’y sentent chez eux : Wynton Marsalis, tombé amoureux du lieu et devenu la figure emblématique de JAZZ in MARCIAC, n’hésite pas à disputer un match de basket avec les gamins du village avant d’animer, pour le plaisir, une « master class » dans le somptueux auditorium du collège. Le génie des organisateurs a été de comprendre très vite que le festival se devait de ne pas rester un phénomène isolé, si prestigieux soit-il, mais constituer plutôt le couronnement d’une activité permanente, première étape dans un projet de vaste envergure visant à faire de Marciac un pôle culturel et touristique majeur de la région Midi-Pyrénées.

Ainsi ont vu le jour, d’octobre à juin, des concerts mensuels où se succèdent les musiciens les plus en vue. Ces concerts sont couplés avec des stages de formation ouverts aux amateurs désireux de se perfectionner, pendant tout un week-end, sous la houlette de musiciens confirmés. Il faut y ajouter les « Territoires du Jazz », étonnante réalisation qui met les techniques les plus modernes de l’audiovisuel au service des visiteurs, pour un parcours « initiatique » dans l’univers de la musique négro-américaine.

Enfin, la création, pionnière en France, d’ateliers d’initiation à la musique de jazz au collège, pépinière de talents qu’est venue récemment consacrer une Victoire du Jazz, contribue à faire de Marciac un lieu-phare. Un de ces lieux qui, selon la formule consacrée, « vaut le détour ». Pour des raisons qui allient, en une synthèse des plus harmonieuses, amour de la musique, attrait touristique et culte de la gastronomie.

Une journée à Marciac

En venant à Marciac, les festivaliers peuvent assister à des concerts toute la journée (dont 150 en accès libre dans le cadre du Festival bis) mais également profiter d’une programmation autour de la musique au cinéma, de stages musicaux, de cours de tap dance, d’expositions, de conférences, d’ateliers-dégustations et pour les enfants, d’ateliers de peinture et de confection de marionnettes … L’art de vivre et la gastronomie sont aussi à l’honneur : vins, armagnacs, foies gras, magrets, porc noir, croustades combleront gourmets et gourmands. Un salon du bien-être offre un espace de relaxation.

Ambiance Pano Place Jazz in Marciac Francis Vernhet

Un outil de développement du territoire

Au coeur du Sud-Ouest, dans une zone rurale menacée de désertification, une poignée d’amateurs de jazz a eu l’idée d’organiser un concert de Jazz en 1978 en invitant Claude Luther. Qui aurait pu imaginer à cette époque que les scènes du festival accueilleraient en 2019 près de 400 musiciens et que le budget atteindrait près de 4 750 000 € (avec un autofinancement de 70 % - principalement lié à la billetterie) ? Les retombées économiques sont évaluées à plus de 20 millions d’euros par an. Si la majorité des festivaliers viennent du Sud, il y a une forte affluence de Franciliens et d’étrangers.

Photo dambiance Chapiteau Marciac 3 Francis Vernhet

Retour sur quelques dates clés

Lors de la première édition en 1978, le festival consiste en 1 concert unique dans les arènes avec des formations de jazz Nouvelle-Orléans où une vingtaine de musiciens est réunie autour de Claude Luter, il se développe ensuite progressivement et raisonnablement jusqu’à devenir un évènement estival incontournable. 

En 1983, avec l’installation d’un immense Chapiteau, le Festival est prêt à accueillir les plus grands noms.

En 1993, les Ateliers d’Initiation à la Musique de Jazz sont créés au Collège de Marciac et parrainés par Wynton Marsalis et Guy Lafitte (enseignement de la musique jazz aux élèves de la classe de 6ème à la 3ème). On comptait 90 élèves en 1992 et aujourd’hui ils sont plus de 200 dont 117 élèves qui se consacrent à la musique de jazz. C’est une expérience unique en France.

Les années se suivent et le festival passe de 8 jours à 11 jours puis à 15 jours en 2003. C’est l’année où Jean-Louis Guilhaumon reçoit une Victoire de la Musique pour Jazz in Marciac.

Photo dambiance Chapiteau Marciac Francis Vernhet

En 2011, Wynton Marsalis et Richard Galliano inaugurent l’Astrada, une salle de 500 places qui permet de présenter une programmation pluridisplinaire toute au long de l’année. Scène conventionnée pour le jazz, elle est aujourd’hui gérée dans le cadre d’un Etablissement Public de Coopération Culturelle.

Le Festival a fêté son 40ème anniversaire en 2017. Il continue à accueillir grands noms, projets inédits, révélations… JIM a l’esprit ouvert même s’il n’oublie jamais ses racines et conserve intactes les valeurs qui ont toujours guidé ses actions. 

En 2018, pour sa 42èmeédition, 22 jours de festival seront proposés, 36 concerts seront présentés sous le chapiteau, avec  plus de 230 musiciens sur scène.

Son festival bis, offert gracieusement à son public, constitue un élément déterminent de son succès

Le saviez-vous ?
JIM est jumelé avec les festivals d’Aspen au Colorado (dont le fondateur s’est inspiré de Jazz in Marciac) et Jazzablanca au Maroc. Ces partenariats sont l’occasion de mettre en place des relais d’information, de discussions et d’échanges.

 En savoir plus http://www.jazzinmarciac.com/spectacles/jazz-in-marciac

Source Jacques ABOUCAYA - Jazz In Marciac

 

Articles similaires

Les origines du gâteau basque Aux origines du gateau basque, le “biskotxak” de Cambo. Dans son ouvrage "L’inventaire du patrimoine culinaire de la France, région Aquitaine"" publié en 1997, le Conseil national des arts culinaires ...
Anglet Jazz Festival : rendez-vous jazz unique en Côte Basqu... De Capbreton (Août of Jazz) à San Sebastien (Jazzaldia) en passant par Orthez (Jazz au naturel) et Oloron (des Rives et des Notes), le Anglet Jazz Festival fait partie de ces temps forts attendus des ...
Le surf dans la vague en Nouvelle-Aquitaine Sport marginal dans les seventies, plutôt confidentiel au début des années 80 et phénomène de mode en 90, le surf est devenu le sport le plus populaire de la cote Atlantique. Un jeu fabuleux entre l’h...
La grande histoire de Lascaux À quelques semaines de l'ouverture de Lascaux 4 (ou Centre international de l'art pariétal de Montignac-Lascaux), les Éditions Sud Ouest publient un beau livre retraçant la grande histoire de la Grott...
Andernos Les Bains : Festival de Jazz Le dernier week end de juillet, le jazz s'invite dans les rues, sur les scènes, le Bassin, le Port ostréicole d'Andernos les bains dans une incroyable alchimie entre gratuité, qualité, et liberté de s...