Les Côtes Rocheuses Aquitaines
Le littoral aquitain, long de plus de 270 km, bien que connu pour ses plages sableuses girondines et landaises, présente dans son extrémité sud, entre l’embouchure de l’Adour et la frontière espagnole, une côte basque caractérisée par des plages rocheuses. Un article tiré du n°12 du bimestriel VU BIEN VU.
C’est ici une région géologiquement active car proche de la chaine des Pyrénées dont la formation résulte de la collision entre deux plaques tectoniques, il y a de cela 40 millions d’années. Le long de ce littoral, les paysages côtiers sont exceptionnels. Les couches de roche apparaissent déformées, contraintes à se tordre telles d’immenses guimauves, laissant le promeneur songeur sur l’ampleur des forces de la nature ayant permis de telle prouesse.
Des roches extraordinaires
Les roches que l’on observe sont d’origine sédimentaire et se sont déposées dans des milieux marins plus ou moins profonds alors que les Pyrénées ne se sont pas encore formées. A leur place, s’étend une zone marine profonde appelée « sillon nord-pyrénéen », sorte de canyon sous-marin dans lequel les sédiments vont se déposer et s’accumuler pendant des millions d’années. La collision entre la plaque européenne et la microplaque ibérique a provoqué un pincement du sillon nord-pyrénéen, un soulèvement et une déformation des couches de sédiments. Aujourd’hui, ces souches ou « strates » apparaissent sur les plages et les falaises. Ces couches de roches sont plus spécifiquement appelées des « flyschs », terme qui vient du verbe allemand « fliessen », signifiant « s’écouler ». Elles se composent d’une alternance de calcaires, de marnes et d’argiles dont l’épaisseur est variable.
Une côte témoin d’un cataclysme
La côte rocheuse basque garde le témoignage d’une crise géologique et biologique intense qu’à connue la Terre il y a 65 millions d’années. A cette époque s’est produit un évènement cataclysmique qui a conduit à une disparition drastique de très nombreuses espèces aquatiques et terrestres dont les célèbres dinosauriens. Cette catastrophe, apparentée à la chute d’une gigantesque météorite et d’un intense volcanisme terrestre, appelée « limite KT », est enregistrée dans une couche de roche noirâtre marquant la fin de l’ère secondaire et le début de l’ère tertiaire. Cette couche est visible en de rares endroits dans le monde mais elle est observable sur la plage de Guéthary.
Attention, côte fragile !
Bien qu’ayant déjà subies d’intenses déformations au cours de la naissance des Pyrénées, ces roches doivent aujourd’hui encore faire face à d’autres attaques : celles de l’érosion provenant à la fois de la mer et du continent. Les vagues, les houles, les courants et les marées ont tendance à éroder les plages de la côte basque, en attaquant les roches et entrainant les matériaux ainsi arrachés. Du côté du continent, l’eau (eau de ruissellement, pluies) qui s’infiltre dans les roches contribue à sa dégradation. Ainsi, les flyschs sont dégradés et fragmentés en « altérites », nom donnée à ces nouvelles formations superficielles. L’ensemble de ces facteurs entraine un recul général de la côte basque, avec une formation et une disparition de pointes rocheuses et parfois le creusement de baies. Entre 1829 et 2000, le littoral a subi un recul moyen estimé à 30 cm/an (bien que certaines zones aient pu connaitre un recul d’environ 80 cm/an).
Au-delà d’un recul conséquent des côtes, la notion de « risque » prend toute son importance car les falaises sont soumises à des effondrements. Ces mouvements de terrain peuvent être déclenchés par des facteurs météorologiques, dynamiques (attaque de l’océan) ainsi bien qu’anthropiques. La gestion de la côte basque est donc une affaire complexe, nécessitant la protection du littoral en évitant son recul mais également la protection de l’homme et de ses activités. Plusieurs solutions ont été envisagées et appliquées pour la défense des côtes : enrochements, digues, épis, briselames et rechargements en sables pour les bas de plages ; ainsi que l’amélioration du drainage des eaux de pluie, des travaux de terrassement, de reprofilage, voire de boulonnage des plaques des roches au sein des falaises.
L’Observatoire de la Côte Aquitaine, réseau d’experts au service du littoral aquitain, mène de nombreuses études et observations de long des plages aquitaines. A la demande des collectivités, réunies sous le GIP Littoral Aquitain, l’Observatoire réalise des expertises de proposant des solutions permettant de gérer ce milieu fragile et en perpétuel mouvement.
Terre et Océan - Bérengère CLAVE-PAPION 05 56 49 34 77 - contact@ocean.asso.fr
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Terre et Océan est une association basée à bordeaux de médiation culturelle des sciences et de l'histoire des environements, qui sert d'interface entre le monde scientifique et le grand public.
Un article de Bérengère Clavé-Papion Géologue, Médiatrice scientifique de l'Association Terre et Océan http://www.ocean.asso.fr proposé par la revue bimestrielle VuBienVu. AquitaineOnLine bénéficie d'un droit de reproduction accordé par VuBienVu.
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