"Les juifs pauvres" : un film documentaire dérangeant et interpellant !!

  • Catégorie : Les Gens d'Ici : Artisant - Créateur - Artistes - Portaits
Le Bordelais Sasha Andreas a enquêté sur la pauvreté dans la communauté juive.
Le Bordelais Sasha Andreas a enquêté sur la pauvreté dans la communauté juive.

Sasha Andreas a réalisé l’unique documentaire sur "Les juifs pauvres". Un sujet original, mais surtout, un sujet tabou. Il a fait des pieds et des mains pour rallier à sa "cause" des partenaires, mais en vain sont parties ses sollicitations. Il le dit haut et fort .....

« Je n’ai eu d’aide de personne, d’aucune structure et même les médias français sont restés muets pendant longtemps malgré mes nombreux mails … »

C’est lui, Sasha Andreas, un bordelais qui a grandi entre Andernos et la ville qui se couche sur la Garonne. Sasha est un réalisateur convaincu qui a connu ses premiers souvenirs de cinéma dans cette ville. Il allait à l'école Montgolfier dans les années 80 à Bordeaux. Ses grands-parents, les Estrabou, tenaient « Le Khédive », un tabac-presse, au 2 allées de Tourny, aujourd'hui rebaptisé « L’Intendant », dont sa famille est toujours propriétaire des murs.

juif et pauvre 04Très épris de la chose sociale, il avait constaté depuis l'affaire Ilan Halimi, une recrudescence des actes antisémites. « J'ai eu envie de faire quelque chose » dira-t-il déterminé. Un jour, au cours d'une conversation, il a eu comme un flash. Il réalise comme une découverte tombée du ciel que jamais un documentaire sur « les Juifs pauvres » n'avait été réalisé. Depuis, il n’a cessé de réfléchir sur la question et d’approfondir ses recherches sur la question.

Il était convaincu, et il l’est toujours, que le thème des « Juifs pauvres » est le meilleur angle pour combattre le premier cliché qui vient à l'esprit de certaines (beaucoup de) personnes. Un cliché qui l’a toujours interpellé : "Les Juifs sont tous riches".  

Dans sa quête de vérité, Anna Heim se rallie à son projet et accepte convaincue de produire le documentaire avec lui. Ils le réalisent à New York. Pourquoi New York ? Parce que seuls des New Yorkais ont répondu positivement à ses mails et étaient intéressés par son projet.

Sasha Andreas fouine, cherche et tombe sur des vérités historiques. Il assure qu’on peut trouver  facilement une quantité d'études de différents pays qui prouvent que beaucoup de Juifs ne sont pas riches. Par exemple, aux Etats-Unis, en Australie ou en Israël, 20% des Juifs vivent sous le seuil de pauvreté.

Le réalisateur plus décidé que jamais souhaite « que ces faits soient plus mis en avant afin de secouer les consciences. Malheureusement, pour une raison que je ne comprendrais jamais, ce sujet dérange ». La preuve, en France, aucune association (juive ou pas) n’a voulu aider le réalisateur dans son projet. Plus encore : « Quand je contactais des médias juifs français, ils restaient muets. Mais bizarrement, quand j'obtiens, avec difficulté, des articles dans des médias généralistes, l'article est copié/collé par ces mêmes médias....preuve qu'on est sur la bonne voie ». Le réalisateur reconnait : « On a eu un média belge qui mis en avant notre documentaire, et au bout de quelques mois, un média américain en a parlé, mais la France a bien mis un an avant de se réveiller ».

Mais peu importe et qu’à cela ne tienne, puisque Sasha Andreas est allé de l’avant et il avait eu des soutiens prestigieux de personnalités comme le créateur de Twitter et Medium, Biz Stone, Audrey Dana, Jordan Peterson, Guy Kawasaki ou encore Steven Pinker avec qui il est en contact régulier. Sur ce chapitre, Sasha Andreas note avec insistance que « le seul politique français qui ait relayé notre travail est un Girondin, Mr Yves d’Amécourt ».

Si vous aussi, vous en avez assez d'entendre que tous les Juifs ont de l'argent (ce qui n'est pas un crime soit dit en passant), n'hésitez pas à en parler autour de vous. Le documentaire de 40 minutes est visible sur Reelhouse (en anglais) pour moins d'un euro avec le code SHANATOVA

INTERVIEW
Rencontre avec Sasha Andreas - Propos recueillis par Fayçal Charif

  • Pourquoi la réalisation de ce document ?
    Le meurtre d'Ilan Halimi m'a fortement poussé de l’avant. De plus, jamais un documentaire sur ce sujet n'avait été réalisé, ça me semblait important d'informer. Certains m'ont dit qu'il n'avait jamais pensé que des juifs pouvaient être pauvres, que ça leur avait ouvert les yeux. Pari réussi donc. Mais ça reste assez confidentiel.juif et pauvre 02
  • Quels messages forts vouliez-vous transmettre ?
    Je voulais expliquer qu'une grande partie des juifs à travers le monde vivent sous le seuil de pauvreté. Les études sont régulières, disponibles sur plusieurs pays. Ce n'est pas une information cachée. Il suffit de s'y intéresser et surtout de relayer, ce qui est très rare.
  • Votre documentaire est-il une oeuvre artistique, politique ou historique ?
    Mon travail n'a aucune portée politique. Une simple envie d'informer.
  • A votre avis, pourquoi votre projet n'a pas eu de soutien, avant son lancement, pendant et après ?
    Pourquoi aucune association dans mon pays ne m'a aidé est un mystère ? A mon avis c'est un mix de lâcheté, de désintérêt, une envie de "ne pas faire de vagues" et j'irai même plus loin: une envie de coller au stéréotype du juif qui réussit. Nous avons tourné à New York et seul le Huffington Post a bien voulu nous parler. A ce jour aucun média juif US n'a relayé. Montrer des "losers" n'est pas flatteur. Je ressens clairement ça quand je discute avec des américains. Ils font des grands yeux. Là- bas si on est pauvre, c'est qu'on le veut bien. Si on est juif et pauvre c'est qu'on a rien compris. Il faut savoir qu'il y a des juifs new yorkais qui ignorent qu'il y a des juifs pauvres dans leur propre ville.
  • Dans le débat en France sur l'antisémitisme, dans quelle optique votre documentaire se positionne ?
    J’ai eu cette idée de projet en 2007. J'ai contacté plusieurs personnes afin de le monter. Personne ne répondait. Je sentais que cette montée d'antisémitisme, que certains semblent découvrir seulement maintenant, n'allait pas s'arrêter. L'histoire nous démontre qu'il y a toujours un crescendo. La popularité d'un Dieudonné par exemple est inquiétante. Nous avons fait ce documentaire finalement en 2012 car ça nous semblait utile et complètement collé à son temps. Nous avons tourné à New York car seulement des new yorkais nous avaient répondu. Il aurait été plus simple pour nous de tourner en France, mais malheureusement ça a coincé.
  • Mais à sa sortie officielle, votre film documentaire n’a pas laissé indifférent ?
    Tout à fait, par exemple, les médias juifs français ne me répondent jamais, mais ils se font un plaisir de copier/coller ce que j’obtiens avec grande difficulté ailleurs.Preuve que nous sommes sur la bonne piste. Leur manque d'implication est préjudiciable. Il faut souligner que l'écrasante majorité des gens qui nous soutiennent ne sont pas juifs. Ils perçoivent le problème et prennent le temps de dialoguer avec nous. Il faut de l'action. Je suis très pessimiste. Il ne suffit pas d'appeler "au sursaut" il faut se bouger. 

Plus d'informations
https://www.reelhouse.org/jewsgotmoney/jews-got-money/
https://twitter.com/biz/status/457255756379607040
https://twitter.com/sapinker/status/1078318277250686976
https://twitter.com/yvesdamecourt/status/1062989185940885504

Articles similaires

Assassinats d'Origine Contrôlée Célèbre pour ses vestiges médiévaux et la qualité de ses crus, la paisible petite ville de Saint-Émilion bascule dans l’horreur à l’approche des vendanges vertes. Avec AOC Assassinats d'Origine Contr...