Lynda Charif, formatrice FLE : à la rencontre de l’autre…

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Il y a des rencontres qui marquent et qui forcent l’admiration et le respect. S’en est une avec Lynda Charif. Une femme décidée et déterminée qui impressionne par un long parcours fait et construit sur de longues années et par une riche expérience acquise ....

.... en France et dans son pays d’origine, l’Algérie.

Cette ancienne journaliste passionnée, très portée par l’enseignement, ira se former et se perfectionner en France pour faire découvrir et faire apprendre la langue française aux « primo-arrivants », ces « étrangers » venus des quatre coins du monde pour s’installer en France, « pays terre d’asile ». Lynda est une femme passionnée par son métier, formatrice de Français Langues Etrangères (FLE).

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Quand elle parle de ses « élèves », enfants, adolescents et adultes, le contenu de ses propos est passionnant, parfois troublant, souvent émouvant. Pour elle « enseigner le français aux étrangers, ce n’est pas seulement un métier, mais aussi une mission, un engagement, une manière d’aller vers l’autre ».

Quand elle pose pied en France avec sa petite famille en 2000, elle retrouve les belles senteurs et les agréables sensations d’un pays qu’elle visitait avec plaisir comme touriste plusieurs fois des années auparavant. Dans ses bagages, un diplôme : Licence en sciences politiques et relations internationales. Amusée, elle lance « Oui, j’aurais pu devenir diplomate dans mon pays ».

Lynda Charif, formatrice FLE : à la rencontre de l’autre…Mais c’est presque un voeu. un voeu qui s’est évaporé dans la tourmente du terrorisme en Algérie dans les années 90. Etudiante, elle aimait écrire. Elle frappe à la porte du journalisme qui lui ouvre portes et fenêtres et l’adopte très vite grâce à ses écrits sur le social, la culture et sur le combat des femmes dans son pays et de par le monde. Elle le découvre avec émerveillement en tant que jeune pigiste, puis journaliste dans différents organes de presse. Mais les sirènes de l’enseignement étaient plus entreprenantes et plus pressantes que celles du journalisme. Elle s’y met et approche le monde innocent des enfants dans l’élémentaire et le collège et touche au royaume des adolescents dans les lycées. La journaliste et l’enseignante a vécu la terrible décennie noire de son pays. Elle en a souffert « comme toutes les algériennes et les algériens », d’ailleurs c’est la raison qui l’a poussée à s’exiler, elle, son mari journaliste et ses deux enfants en bas âge. En 2000, elle tourne la page et s’en va vers sa nouvelle destinée.

De la Gironde aux Landes, puis un retour récent à Bordeaux pour lancer une nouvelle expérience dans son domaine. « La ville de Bordeaux m’a de tout le temps émerveillée par sa beauté et par la ressemblance frappante de ses rues et ses ruelles avec celles d’Alger, là où je suis née et vécu jusqu’à l’âge de 29 ans. Bordeaux m’a charmée par la bonté, la chaleur humaine et l’ouverture d’esprit de ses habitants ».

Des demandeurs d’asile, aux mineurs isolés en passant par les réfugiés et les citoyens de la communauté européenne, toutes nationalités confondues, Lynda en a vu passer du monde dans sa classe depuis une quinzaine d’années dans les Landes, à Mont de Marsan. Toujours en poste dans cette ville, à l’Amicale Laïque Montoise, elle fait des aller-retour entre la ville des Landes et la ville de Gironde depuis déjà un an et demi. « Oui, c’est fatiguant et à la longue très épuisant. C’est un parcours du combattant que je fais chaque jour », avoue-t-elle presque timidement, sur les bouts des lèvres.

Lynda Charif, formatrice FLE : à la rencontre de l’autre…« Depuis mon installation à Bordeaux, j’ai fait le tour pour une éventuelle opportunité, mais je ne la trouve pas encore, mais je garde espoir. Je veux m’investir dans la ville de Bordeaux et même sur toute la Gironde. J’ai envie de découvrir autre chose sur un autre territoire. Pour s’y approcher et comprendre plus les choses et le fonctionnement, mais aussi, histoire d’aider et apporter un plus, j’ai déjà proposé mes services bénévolement pour quelques heures à des associations ».

En attendant de trouver un nouvel emploi qui correspond à son profil et qui lui permette d’être sur Bordeaux auprès de sa petite famille, Lynda poursuit sa mission avec amour, détermination et passion. C’est ce qu’on décèle qu’on elle parle de son métier : « J’enseigne le français aux étrangers et aux personnes en difficulté, c’est ma première et principale mission. Mais souvent, cela va au delà de l’apprentissage par la force des choses et des circonstances. Je fais aussi de l’accompagnement et du suivi dans le parcours de l’intégration pour chaque étranger ».

Son apport, son engagement, son dévouement et les résultats réalisés avec ses « élèves » dans les Landes sont reconnus et appréciés. En 2010, elle a été proposée pour le Prix de l’intégration à la préfecture des Landes. La formatrice-enseignante, au sourire chaleureux et généreux, ne faiblit pas, ne décroche pas, ne renonce. Au milieu de la nouvelle donne politique, sociale mondiale, avec l’arrivée massive depuis 5 ans des réfugiés des pays en crise ou en guerre, elle gère le flux dans ses classes et se heurte parfois à des situations complexes, parfois désespérées.

« C’est compliqué à expliquer, même pour eux. Le déracinement, le déchirement, le manque, l’inquiétude…me poussent à tenter de comprendre chaque situation, mais croyez-moi, chaque situation est douloureuse. Après toutes ces années auprès des étrangers, je suis arrivée à la constatation que : Derrière chaque migration, derrière chaque exil et derrière chaque regard triste d’un migrant, il y a une terrible histoire ».

Mais même dans la compassion et l’émotion, Lynda n’oublie pas l’essentiel de sa mission et l’objectif qu’elle se fixe pour chaque apprenant qui frappe à la porte de sa classe. « Je suis à ce poste depuis 15 ans. La France, de par ses valeurs et ses lois, a accepté de recevoir ces étrangers, qui pour la plupart étaient en détresse dans leur pays. Ils sont en France, parce que dans leurs pays il y a la misère, les conflits armés et les guerres.

Moi, ma mission c’est d’enseigner le français à celles et ceux qui arrivent en France pour s’y installer et qui ne maîtrisent pas notre langue. La langue (le français) est le seul moyen et le moyen efficace pour pour elles, pour eux de s’intégrer dans la société. C’est aussi un moyen pour comprendre et se faire comprendre, pour échanger et se rapprocher dans une conjoncture qui divise et qui sème le trouble ». Des propos sages et bien réfléchis d’une femme qui va à la rencontre de l’autre avec une langue « le français », avec l’idée d’accompagner, d’aider et de soutenir. Des propos, des contenus et des situations que Lynda compte raconter dans un livre.


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