Tobeen un poète du cubisme de Bordeaux

Gironde
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Tobeen un poète du cubisme de Bordeaux
Biographie de Félix-Elie Bonnet dit Tobeen

Félix-Elie Bonnet dit TobeenL’oeuvre de Félix-Elie Bonnet dit Tobeen (Bordeaux 1880 – Saint-Valery-sur- Somme, 1938) est celle d’un peintre pétri de régionalisme qui enfourche les préceptes des avant-gardes. D’origine bordelaise, né en 1880, il fait partie du cercle du collectionneur et mécène Gabriel Frizeau. Il gardera des liens d’amitié avec certains de ces intellectuels ....

.... et artistes entourant l’esthète bordelais, comme le critique, tôt disparu, Olivier Hourcade et surtout André Lhote avec qui il partage très vite un grand intérêt pour le cubisme. Il s’établit à Paris en 1907 et fréquente les artistes regroupés à Montparnasse, à la Ruche, où il trouve un premier atelier.

Félix-Elie Bonnet dit TobeenCette même année, Picasso devait peindre Les demoiselles d’Avignon et sonner le coup d’envoi du cubisme. Il est aussi un proche du cercle de Puteaux, côtoyant Jacques Villon, Metzinger, Gleizes et prêche, comme eux, pour un art dont le « sujet devenait le métier » (Jacques Villon).

Dès 1911, il expose à Paris, au Salon des Indépendants dans la salle des cubistes. Mais c’est en 1912 qu’il se fait remarquer, au Salon de la Section d’Or où il présente onze oeuvres en compagnie du groupe qui, sous l’impulsion de Picabia, déferle rue de La Boétie, Metzinger, Juan Gris, Gleizes, Marcel Duchamp, Marcoussis, Picabia, Fernand Léger, André Lhote ou encore Jacques Villon et Alexandra Exter. Son oeuvre la plus en vue est Les Pelotaris, déjà présentée au Salon des Indépendants de 1912 et acquise par le critique d’art Théodore Duret. Quant au critique du Mercure de France, Gustave Kahn, il juge le peintre « compréhensif, robuste, sculptural, dans ses Pelotaris ».

Autre oeuvre remarquable, Le bassin dans le parc de 1913, acquise par Gabriel Frizeau et donnée au musée par son fils Jean en 1947. Tobeen pousse le cubisme jusqu’à l’abstraction, tout en suggérant, grâce à une touche légèrement mouchetée, les variations de lumière irisant un point d’eau. Guillaume Apollinaire, dans ses commentaires du Salon des Indépendants de 1913, note ses « efforts fervents vers le beau ». La même année, Tobeen est sélectionné avec trois oeuvres à l’Armory Show de New York, Chicago et Boston.

De cette phase cubiste, Tobeen conservera une vision synthétique de la nature qu’il appliquera aussi à la scène de genre et aux portraits. Il ne se départira pas de cette vision de constructeur, qu’il adoucit d’une touche mouchetée qui confère à ses oeuvres, notamment à ses bouquets, un aspect velouté captant la lumière dans une douce sensualité.

La fracture de la première Guerre mondiale entraîne, comme chez nombre de ses confrères, un abandon de l’avantgarde. L’adoption d’une figuration qui doit au cubisme une structuration de l’espace et une synthèse des formes maintient l’oeuvre de Tobeen dans la modernité. L’impact de cette exposition rétrospective, la première consacrée à l’artiste, sera fort, tant auprès du public bordelais que des visiteurs extérieurs, par les thèmes mêmes que l’artiste aborde, notamment sa série consacrée au Pays Basque. Dans des gestes rituels, les pêcheurs ramènent le poisson, les femmes ravaudent les filets alors que dans le lointain brille le petit port de Socoa. Aucune mièvrerie dans cette peinture, mais une construction rigoureuse de rythmes géométriques que couleurs et matière harmonisent selon un songe intérieur. « La peinture doit être architectonique, décorative d’une surface sans recherche imitative, mais suggestive » écrit le peintre.

L’exposition Tobeen a été proposée par deux chercheurs néerlandais, Edo et Rosella Uber. Les Musées des Pays-Bas sont en effet riches en oeuvres de l’artiste qui, de son vivant même, a exposé tant à Amsterdam, Rotterdam qu’à La Haye.

Tobeen-peintre-cubisme-bordeaux

L’exposition, présentée du 8 juin au 16 septembre 2012 à la galerie des Beaux-Arts se poursuivra à l’automne de cette même année au musée néerlandais Flehite à Amersfoort. Elle comprend une centaine d’oeuvres, paysages, portraits, scènes de genre, natures mortes et gravures sur bois. Ces oeuvres proviennent d’institutions publiques ou de collections particulières de France, des Pays-Bas et de Belgique.

Parcours de l’exposition

Tobeen, à Paris en 1907, a vu un accord possible entre les constructions géométriques des peintres cubistes et les paysages du Pays-basque, véritables architectures où s’étagent profils montagneux, solides bâtisses et plongées vers la côte. Les Pelotaris, 65 x 50,5 cm, huile sur toile. Collection particulière.Les Pelotaris, 65 x 50,5 cm, huile sur toile. Collection particulièreDès lors, l’artiste s’est mis en tête de mettre en valeur les atouts de ce pays qu’il a fait sien, prêt à la simplification des formes et à leur transposition plastique. Loin des effets de lumière impressionnistes, Tobeen veut une composition nette, tranchée, un art solide comme le granite rose de la Rhune.

L’exposition se propose de suivre le parcours de cette compréhension de l’espace qui, même dans les scènes volées à la vie quotidienne, développe ce souci de construction et jusque dans ses bouquets de fleurs.

Le Pays basque et le cubisme

Alors que les premiers paysages, Fête à Urrugne, Sentier sous bois ou Dans les pins, marquent sa connaissance du néo-impressionnisme, ne révélant les formes que dans leurs contrastes lumineux et non par le dessin (on pense à Seurat), les oeuvres suivantes s’orientent vers des compositions construites autour d’un étagement des formes bien définies d’un cerne noir.

L’église d’Urrugne dressant son clocher sur les contreforts montagneux des Pyrénées illustre parfaitement le propos de ce peintre devenu constructeur. Dans le même temps, il rend sensible son aspiration à la poésie à travers ses harmonies colorées et les passages entre ombre et lumière qui lient les formes entre elles.

En tauromachie on parle de « ligazón » entre les passes, un rythme souple qui n’interrompt pas une suite. Ici les formes aiguës, toits des bâtisses, profils montagneux, sont prises entre des formes renflées, flancs des collines, dômes des arbres.

Le critique et poète Olivier Hourcade note, en 1912, que « la tendance principale qui semble se dégager de l’oeuvre de Tobeen, c’est la recherche de la vérité profonde […]. Il prend dans le pays de Saint-Jean-de-Luz et de Cibourre (sic), ce qu’il y a d’essentiel et de plastique ».

Exposition présentée du 8 juin au 16 septembre 2012
Le musée et la galerie sont ouverts tous les jours de 11 h à 18 h sauf les mardis et jours fériés.
Ouvert les 14 juillet et 15 août.
Visite commentée tous les mercredis et samedis à 16 heures.
Tarif : entrée + 3 €
Accès par la ligne A ou B du tramway, Arrêt Palais de Justice ou Hôtel de Ville.
Stationnement : parcs autos Mériadeck ou Saint-Christoly.
Tarifs Expositions temporaires : 5 € - Tarif réduit : 2,50 €



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