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Entretien avec Jean-Christophe Robert, Juliette Lasserre-Mistaudy, Flore Audebeau & Claire Garapon de la compagnie L’Art Hache Scène, label « nouvelle » génération
Ils sont quatre jeunes gens dans le vent mais c’est leur seul point commun avec les Beatles. Même si leurs créations s’alimentent aussi à la culture « pop », le quatuor Art Hache Scène est avant tout une compagnie portée par l’envie de surprendre, de provoquer, d’inventer son propre langage scènique. Rencontre.
Le GLOB : Comment votre jeune compagnie est-elle née ?
L’Art Hache Scène : Tout est parti de La Réole, où nous faisions [JC Robert & Claire Garapon] du théâtre amateur dans la cadre de I-Corgia [où l’on retrouve aussi Frédéric Vern, directeur artistique de la compagnie l’Aurore]. Nous sommes venus à Bordeaux suivre le lycée puis nos études universitaires. Jean-Christophe voulait poursuivre l’aventure I-Corgia et a monté une association de théâtre amateur avec Olivier Giron [parti de puis à la Réunion]. C’est par le biais de la Faculté Arts & Spectacles que notre groupe s’est formé avec la naissance de l’Art Hache Scène en 2003. L’année suivante, nous signions noter premier spectacle, Pieds en Equilibre.
« On est là pour donner ce que l’on a à donner, sans s’auto-censurer. L’Art Hache Scène est un espace de liberté […] »
Le GLOB : Autour de quoi votre groupe s’est-il constitué ?
L’Art Hache Scène : Hormis Jean-Christophe et Claire qui étaient des amis de longue date, nous nous sommes d’abord retrouvés sur des affinités artistiques. Nos rencontres ont eu lieu à travers notre cursus commun ou la vision des travaux des uns et des autres. Par exemple, Flore a intégré le groupe après que nous l’ayons vu joué pour lacompagnie le Rat Bleu, et que l’Art Hache Scène lui ait proposé de rejoindre un de ses projets.
Le GLOB : « Art Hache Scène », c’est un nom intrigant. D’où vient-il ?
L’Art Hache Scène : C’est avant tout une référence à Boris Vian. Les Bâtisseurs d’Empire a été le premier projet monté par la compagnie dans sa période amateur. « Art Hache » pour « Arrache-Coeur ». Et il y aussi la « hache » pour notre volonté de « hacher » les codes traditionnels de la représentation, et d’autres associations d’idées comme le fait que la hache symbolise la fertilité.
Le GLOB : Pieds en Equilibre, Je suis Personne, le diptyque Une Femme-Normale-à-en-Mourir / l’Inattendu… Entre 2003 et 2006, vous alignez pas moins de trois créations, ce qui fait de vous une compagnie particulièrement prolixe. Paradoxalement, on voit peu votre travail, du moins sur l’agglomération bordelaise. Est-ce à dire que l’acte de création prévaut sur vos vélléités de visibilité ?
L’Art Hache Scène : Ces pièces sont autant d’espace de recherche, qui ont trouvé ou non une résonnance auprès du public ou des professionnels. Notre premier enjeu se situe autour de cette recherche, mais aussi une envie très forte d’être sur scène, avec ou sans soutiens. A vrai dire, nous ne réfléchissons pas trop au coût, que l’on parle en termes d’énergie ou de finances. Notre collectif est auto-géré et ne perçoit aucune subvention. C’est aussi pour cela que nous pouvons nous permettre ces recherches, même si elles aboutissent parfois à des impasses. Ce mode de fonctionnement et d’appréhension du spectacle est l’expression d’une liberté artistique, qui nous permet de tenter.
LE GLOB : Votre travail prend appui sur des écritures personnelles, des auteurs singuliers (Jan Fabre, Fabrice Melquiot) ou des relectures de textes de classiques (Homère). Un choix audacieux mais aussi risqué pour une jeune compagnie. Qu’est-ce qui motive cette tendance anti-conformiste ?
L’Art Hache Scène : L’envie de ne pas entrer dans un cadre ! Nous revendiquons la prise de risques comme un mode de travail. On est là pour donner ce que l’on a à donner, sans s’auto-censurer. L’Art Hache Scène est un espace de liberté, pour expérimenter.
Le fond de notre démarche, c’est de transmettre au public non des réponses, des jugements ou des grands discours mais des interrogations sur le monde contemporain, la société – la consommation, la place de la femme… Nous proposons des points de vue, et à travers ces points de vue nous souhaitons créer avec le public un espace de questionnement commun. Cette démarche répond à notre défense du libre-arbitre. Nous n’imposons pas de visions ou d’arguments, le public crée ses propres réponses.
LE GLOB : Pieds en Equilibre en appelle aux travaux de l’auteur et metteur en scène Rodrigo Garcia. Quels sont vos autres influences ?
L’Art Hache Scène : Nous sommes touchés par les partis pris eminamment esthétiques, l’aspect plastique est également prépondérant dans notre manière de créer. Oui, Rodrigo Garcia nous a marqués, tout comme Claude Régy ou Pippo Delbono. Nous nous inspirons aussi des univers cinématographiques de Michael Haneke et Lars Von Trier. Nous sommes également sensibles aux films de Ken Loach, pour leur dimension engagée et revendicative. L’expression d’un engagement, politique ou social, traverse aussi l’univers de l’Art Hache Scène.
« Le corps ment moins que les mots.»
LE GLOB : Vos spectacles laisent une place toute particulière au corps comme mécanique théâtrale.
L’Art Hache Scène : Le corps ment moins que les mots. Il a sa propre parole, son propre langage. Nous mettons ce langage en avant comme une
langue autonome, en relation avec l’inconscient. La parole complète ou brouille ce langage.
Le corps est une base de travail, que nous confrontons à son environnement. Nous aimons le transformer avec des matières que nous portons sur le plateau : huile, plastique, farine, sang, terre, nourriture… Nous cherchons à provoquer un ressenti, une émotion chez le spectateur à travers une mise en scène très physique. C’est à partir de cette sensation que nous alimentons la réflexion.
LE GLOB : Comment vous répartissez-vous les rôles sur chacun des projets ?
L’Art Hache Scène : Nous partons d’une écriture collective, et c’est au moment d’aborder le plateau que chacun trouve naturellement sa place, sur la mise en scène, le jeu, le regard extérieur, les contributions à la scénographie… Notre collectif pratique une forme d’équité artistique. Actuellement, nous cherchons à élargir cette démarche collective à d’autres artistes résidant sur le quartier Saint Michel, comme Les Volets Rouges, les conteuses Cécile et Alice, l’association Pignon sur Grue… Nous voulons mutualiser les énergies, monter un lieu où nous pourrions échanger nos savoir-faire respectifs. Bref, se faire plaisir.
Propos recueillis par Xavier Quéron
Une Femme Normale à En Mourir de Jan Fabre / L’Inattendu de Fabrice Melquiot
Du 11 au 22 mars 2008
Pieds en Equilibre
21 & 22 mars 2008
accessible aux sourds & malentendants
tarif unique / 8 euros
Crédit Rédactionnel et source photo GLOB Théâtre
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