Qui a peur de Virginia Woolf ?
Gironde
05 Mars 2009
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| Qui a peur de Virginia Woolf ? |
| Dominique Pitoiset |
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L'un des huis clos les plus féroces du répertoire théâtral contemporain, "Qui a peur de Virginia Woolf ", est à l’affiche à Bordeaux du 5 au 21 Mars 2009. Metteur en scène et scénographe Dominique Pitoiset en est également l'interprète aux côtés de Nadia Fabrizzio.
Avec Qui a peur Virginia Woolf ?, d’Edward Albee, Dominique Pitoiset commence
l’exploration d’un nouveau continent : celui des grands auteurs américains du XXe siècle.
Avant Arthur Miller, Tennessee William et Truman Capote, c’est le grand classique
contemporain d’Albee, dans une nouvelle traduction de Daniel Loayza, qui sera créé au
mois de mars sur le grand plateau du TnBA. Quatre personnages y partagent la scène,
deux couples de deux générations différentes.
Au cours d’une longue nuit, sur le campus
universitaire d’une petite ville de la Nouvelle Angleterre, ils se livrent un combat cru, dur,
sans faux-semblants, qui nous interroge sur nos choix de vie et de société, sur nos peurs,
sur notre capacité à construire un monde où le désordre, la folie et l’art auraient leur
place.
Au cours d’une longue nuit, sur le campus
universitaire d’une petite ville de la Nouvelle Angleterre, ils se livrent un combat cru, dur,
sans faux-semblants, qui nous interroge sur nos choix de vie et de société, sur nos peurs,
sur notre capacité à construire un monde où le désordre, la folie et l’art auraient leur
place.
Sur le campus universitaire de la Nouvelle Carthage, un samedi soir. Les enseignants et
leurs épouses sont invités comme chaque semaine chez le président de l’Université, le
père de Martha, pour y faire la connaissance des nouveaux venus.
Quand Martha et son
mari George rentrent chez eux à deux heures du matin, ils sont saouls et épuisés, mais
Martha annonce à George qu’ils ont des invités, un jeune enseignant et sa femme, nouveaux
sur le campus.
Lorsque Nick et Honey arrivent, ils sont entraînés dans des jeux et des règlements de
compte, dont ils ne se contentent pas d’être les arbitres, mais des joueurs à part entière,
malgré eux, sans connaître les règles complexes et mouvantes fixées par George et Martha.
C’est le début d’une guerre des mots où tout est permis.
Au coeur de cette guerre, il y a l’allusion au fils de George et Martha, qui doit rentrer le
lendemain pour son anniversaire, et que les deux personnages utilisent comme arme l’un
contre l’autre. Mais il est aussi question des parcours de vie de ces deux couples que tout
oppose, et des spécialités respectives de George et Nick, l’Histoire et la Biologie.
C’est d’abord George qui fait les frais des attaques, humilié par Martha qui décrit son
incapacité à reprendre la direction de l’Université et son manque de virilité, puis c’est
contre les invités que la violence se retourne, quand George raconte l’histoire d’un jeune
couple arriviste et sans amour ressemblant trait pour trait à Nick et Honey.
Quand George annonce à Martha que leur fils a été tué et qu’il ne rentrera pas, on comprend
avec les invités que ce fils n’était qu’une invention une illusion construite tout au
long de leur vie commune par les deux personnages, et dont ils doivent à présent se passer.
Les masques tombent et chacun va se coucher au petit matin, seul avec ses peurs.
Une question d’humanité notes sur "Qui a peur de Virginia Woolf ?" Dominique Pitoiset, 28 décembre 2008
La guerre ? Oui, on dirait la guerre, celle qui n’en finit pas de revenir, sous toutes ses
formes : guerre des sexes, des générations, des clans, des savoirs ; guerre aussi entre soi
et soi-même. Une guerre aux mille facettes, ou mille lignes de front qui s’enchevêtrent,
mille stratégies mouvantes, mille et une ruses tactiques qui ne cessent de transformer
l’aspect du terrain. Une question d’humanité. À chacun de s’y reconnaître comme il pourra,
d’être sensible à tel ou tel enjeu. L’essentiel, c’est que cette guerre soit ressentie comme
étant la nôtre, et donc comme actuelle, encore et toujours.
À sa création en 1962, Who’s Afraid of Virginia Woolf? s’inscrivait dans l’époque, dans
l’Amérique du début des sixties, sans distance aucune.
À sa création en 1962, Who’s Afraid of Virginia Woolf? s’inscrivait dans l’époque, dans
l’Amérique du début des sixties, sans distance aucune.
Pour ne prendre qu’un exemple de
ce qui est une évidence, c’est bien pendant la seconde guerre mondiale que George avait
occupé un poste de responsabilité à l’université – et cette guerre se situait bien vingt ans
plus tôt, pendant la jeunesse du personnage. Depuis, un demi-siècle ou presque s’est
écoulé : les sixties se sont éloignés, Qui a peur de Virginia Woolf ? est toujours là avec nous,
toujours présent, et même plus que jamais.
Comment faire pour que la pièce, jouée en
2009, n’apparaisse pas comme une pièce historique, sans plus ? Edward Albee lui-même
semble s’être posé la question. En 2005, à l’occasion d’une reprise à Broadway, il a en effet
retouché en ce sens son texte sur certains points (les allusions à un avortement de Honey
ont été fortement atténuées : de fait, depuis la décision de la Cour Suprême américaine
dans le cas Roe vs Wade en 1973 qui a décriminalisé l’interruption de grossesse, le choix
de Honey ne porte plus la même charge de scandale).
Comment faire, donc, pour que le public d’aujourd’hui accède à la profonde actualité de
l’oeuvre? En jouant le texte dans un décor qui se fasse oublier – lumière nocturne, grand
canapé, bouteilles – et en le jouant dans tout son tranchant, dans une traduction nouvelle,
scrupuleusement fidèle, de sa version la plus récente. À titre personnel, et peut-être parce
que je vais me charger de ce rôle-là, je suis particulièrement sensible à la lutte qui oppose
George, l’homme des lettres et du «passé» (qui se rêve plus ou moins consciemment en
père de son jeune hôte), à Nick, l’homme des sciences et de l’«avenir» (qui tient
fugacement lieu de fils imaginaire de son aîné).
C’est-à-dire au conflit entre ceux qui n’ont
pas su ou voulu se mesurer au pouvoir et ceux qui trouvent tout naturel d’être ambitieux
et de réussir à tout prix. Car il me semble que cette bataille-là fait rage aujourd’hui. Mais
les autres ne sont pas moins importantes. Et si je parvenais à faire éprouver, l’espèce de
paix désespérée qui demeure, par-delà le fracas de toutes les armes, comme l’ultime
secret unissant George et Martha – si je parvenais à faire entendre comment ils
parviennent à se tendre la main et à se toucher à travers toutes les ruines, j’aurais
vraiment atteint mon but.
Du 5 au 21 Mars 2009 Salle Antoine Vitez (Grande Salle) au conservatoire
Metteur en scène et scénographe de "Qui a peur de Virginia Woolf " la pièce de Edward Albee, Dominique Pitoiset en est également l'interprète aux côtés de : Nadia Fabrizzio, Cyril Texier, Deborah Marique
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