Bordeaux : Chahuts festival de l'art de la parole

INDEX DE L'ARTICLE

28 ième édition du festival des arts de la parole à BORDEAUX du 4 au 15 juin 2019
28 ième édition du festival des arts de la parole à BORDEAUX du 4 au 15 juin 2019

Depuis plus de 25 ans, l’association Chahuts construit son projet artistique et social en plein cœur du quartier Saint-Michel, terre d’accueil et de mixité dans le centre historique de Bordeaux. Chahuts se consacre aux arts de la (prise) de parole, comme ....

.... discipline artistique (conte, arts du récit, chanson, art sonore, poésie sonore, toute forme en adresse directe au public) mais aussi comme rapport au monde : l'art de faire circuler la parole, l'art de l'écouter, la récolter, la mettre en valeur ou l'analyser. « L'esprit de Chahuts » évoque l'indiscipline, l'ouverture, la parole libre, l'inventivité, ainsi que l'esprit de fête propre à l'énergie de ses acteurs.

Photo Pierre PLANCHENAULT 07642

« Chahut » rappelle aussi l'enfance, l'insolence, le jeu, le plaisir d'être ensemble et la possibilité de mettre à distance la gravité parfois pesante du monde. Donner à entendre des récits, montrer des spectacles, mais aussi donner la parole pour inventer une relation à l'autre, écouter, se mettre au service des diversités de points de vue, de cultures, de mode de vie... ouvrir des espaces de liberté, d'imaginaire, de rêve, de remise en question de ce qui paraît établi.

L’édition de juin 2019 est sous le signe du "NOUS", de l'énergie collective, avec la volonté d'occuper l’espace public, de résister et de tisser des liens.

Les places et les rues de Saint-Michel et au-delà sont investies et occupées. Des expérimentations sont proposées, donnant l’occasion d'explorer d’autres possibles, d’autres manières de vivre et regarder ensemble. Des rendez-vous familiaux s’inventent aux sorties d’écoles. Parmi les nouveautés cette année, la première semaine se déroulera principalement sous chapiteau (merci le Parti collectif !) au Square Dom Bedos du 6 au 9 juin : spectacles, contes, performances, bar et cantine éphémères.

Et, le légendaire QG artistique et festif de Chahuts se réinvente et devient LA CHAHUTE avec deux espaces : Le Café Permentade, un écrin de verdure au saint du quartier, est ouvert du 5 au 15 juin tandis que le Bar du Cloître ouvre ses portes le mercredi 12 juin avec une programmation haute en couleurs mêlant rencontres, jeux, fêtes, concerts et DJ sets.

Réinventer le QG
... ouverture de LA CHAHUTE

La Chahute est un lieu-refuge, où l'on vient se reposer, se ressourcer, se lâcher, se rencontrer, boire, écouter de la musique, jouer, vivre une aventure en marge du festival. Un lieu qui frappe par la diversité des gens qui s'y sentent chez eux, comme dans une cahute où il fait bon se retrouver, où même les inconnus deviennent familiers et complices. La Chahute, un lieu où ça discute, où ça chahute, où ça se chouchoute... Cabanes et canapés facilitent la rencontre.

1 QG / 2 ambiances

Café Permentade / ouvert du 5 au 15 juin
Ouvert de jour, accueil du public, des bénévoles, des artistes. L’accueil et le patio du centre d'animation Saint Michel se transforment en café où l'on vient se rencontrer, échanger, se détendre dans un écrin de verdure. L'idée est de proposer un espace vert au milieu de la ville. Ce café éphémère propose du café et des boissons fraiches, mais aussi un vrai temps de pause dans un cadre surprenant.

Bar du Cloître / ouvert du 12 au 15 juin
Ouvert en soirée + samedi après-midi, on y boit, on y dîne, on y danse, on y joue, on y écoute des concerts, on s'y détend, on s'y lâche. La Grande salle est transformée en salle de spectacle, puis devient boîte de nuit à partir de minuit.

Se rassembler sous un chapiteau (square Dom Bedos du 5 au 10 juin)
Cette année, la première semaine du festival, Chahuts prend ses quartiers au square Dom Bedos, juste derrière l'église Sainte-Croix, on y installe un chapiteau, un café et une cantine éphémères.
Le chapiteau est l’espace choisi par le Parti Collectif pour ne plus se taire, affronter la désolation sans renoncer à agir, se mettre debout et, pourquoi pas danser, dans un élan collectif (Les Inconsolés les 6 et 7 juin). C’est aussi le lieu où on se rassemble pour accueillir le récit de celles et ceux qui ont traversé des frontières pour venir vivre ici (Faire de Bordeaux le centre du monde avec Cheikh Sow et Mathieu Simonet, de midi à minuit le 8 juin). En écho à ces récits d’exil, le Café Ulysse proposé par la Compagnie Caracol retrace les épopées du héros d’Homère, en cinq langues (le français, l’arabe, la langue des signes française, le néerlandais et l’anglais).

CHEIKH SOWPierre Planchenault

Dire « Nous » ?

Tracer un cercle, celui du nous et se mettre dedans. Peut-on échapper au nous ? Le festival Chahuts interroge cette année ce petit pronom et joue avec lui. Avec Nous, spectacle à ciel ouvert, la Ktha compagnie pose des questions directes aux spectateurs et interroge la limite entre eux et nous. La compagnie Jeanne Simone avec Nous sommes établit également un contact direct avec le public et propose de rentrer en intimité avec huit hommes et femmes, comme nous tous singuliers. Les comédiens Du Chien dans les dents cherchent dans Ce que nous ferons à trouver dans le chaos du monde des points d’ancrage et lignes de convergences.

Et la Compagnie Interstices avec Nous qui habitons vos ruines enquête sur ceux qui ont décidé de prendre la fuite, d’aller vivre dans un ailleurs plus désirable. La Compagnie Bougrelas quant à elle relie la question de « nous » à celles de la transmission familiale avec le spectacle en déambulation Ils étaient plusieurs fois.

Poétiser la Ville

Chahuts est un festival nomade, qui fait feu de tout lieu. Les arts de la parole, qu’ils prennent des formes chorales ou singulières, visuelles ou sonores s’invitent dans des espaces non dédiés au spectacle, particulièrement dans des espaces publics. En partenariat avec la Saison Liberté, Massimo Furlan nous invite avec Travelling à décaler notre point de vue, à nous aventurer au fil de la Garonne, comme un chasseur d’images dans sa propre ville.

Renouveler notre relation aux rues, aux places, aux espaces qui nous entourent, c’est ce que proposent également Clédat et Petitpierre avec la Parade moderne, une proposition sculpturale et déambulatoire, constituée d'une dizaine de figures joyeusement inspirées des œuvres de peintres de la première moitié du XXème siècle.

Les Harmoniques du néon, compagnie implantée à Grenoble, explore avec Vitrine la musicalité de la langue dans l’espace de la rue et Parlophonie, une création sonore et radiophonique basée sur le langage et la parole.

La compagnie Jeanne Simone profite de sa présence à Chahuts pour vivre sur la place Saint-Michel : échauffements publics, écoutes, micros-trottoirs. Quant aux Usse Inne, ils reviennent cette année avec des Booms dans ville, une autre manière de s’approprier la ville que d’y danser !

Créer des zones utopiques temporaires

Et si on se laissait vivre une après-midi au rythme des enfants, guidés par leurs idées et leurs envies ? Sept classes des Aubiers et de la Benauge ont travaillé avec les Araignées philosophes à un Archipel d’îles d’utopie. Les enfants ont imaginé une myriade d’îles et rédigé le parlement « poélitique » de chacune d’entre elles. Le Collectif Yes We Camp donne vie à cet archipel et propose une République nomade des enfants. Ainsi, deux après-midis familiales sont proposées aux Aubiers et à la Benauge autour de ces îlots imaginés par les enfants et mis en forme par le collectif invité de la Ville de Bordeaux pour la Saison Liberté.

BOUM USSE INNE Pierre Planchenault

Faire de Bordeaux le centre du monde de midi à minuit

Le conteur et anthropologue Cheikh Sow et l’écrivain Mathieu Simonet mettent en œuvre un projet pour croiser les parcours de migration. Se rassembler autour de celles et ceux qui, pour arriver jusqu’ici, ont traversé des frontières, échappé à la mer, escaladé les montagnes, bravé des hivers ou des déserts. Aller à la rencontre de celles et ceux qui sont restés « là-bas » (Allemagne, Algérie, Angola, Argentine, Benin / Togo, Conakry, Côte d’Ivoire, Espagne, Guinée Bissau, Guinée Sahara Occidental, Lituanie, Maroc, Moldavie, Nicaragua, Pérou, Portugal, Salvador, Sénégal Soudan, Turquie, Tunisie, Uruguay). Chaque heure, nous aurons rendez- vous avec un pays du monde différent à travers le regard de personnes habitant les Aubiers, de la Benauge et de Saint-Michel ! Des personnes originaires de là-bas qui nous parle d’ici, des personnes habitant là-bas et que l’on contacte d’ici. Des rencontres qui comptent, des envies de découvrir la culture de l’autre, de partager la sienne, de raconter son parcours parfois aux racines multiples, de dépasser les frontières de la fatalité.

Cafe Ulysse credit Pierre Acobas15

Sortir en famille

Les occasions de venir à Chahuts avec les bambins sont au cœur du festival. On retrouvera la captivante conteuse ivoirienne Flopy à trois reprises : aux Aubiers, à la Benauge et à Saint-Michel. Ariane Pawin, quant à elle viendra conter à la Bibliothèque des Capucins et à la Maison des solidarités. Des ateliers sont proposés : cirque, pâte à pain ou yoga contes, autant d’occasions de pratiquer une activité parents et enfants ensemble. Enfin, une boum des familles est proposée à la Chahute le samedi après-midi.Travelling 17 119Pierre Nydegger 2017

Accompagner des artistes en création

Chahuts est un véritable laboratoire pour les artistes. Cette année trois équipes artistiques sont en résidence pendant le festival. Bougrelas prépare sa prochaine création, Façade sera au travail dans une maison place Saint-Michel. Les Cailloux sauvages expérimentent le travail avec les tout-petits pour un temps de travail immersif. Quant à Jeanne Simone, c’est à un véritable chantier participatif à ciel ouvert qu’elle invite les spectateurs.

Et toujours, faire de la fête sans faire de l’entre-soi !

Chahuts ne serait pas Chahuts sans les nombreux rendez-vous festifs, autant de rassemblements populaires et joyeux pour se rappeler combien on est vivant : bal d'ouverture, concerts au Bar du Cloître (Bi-Bi avec Pantxix Bidart et Monsieur Gadou, Mari Lanera, Benkadi…), Dj set, blind test, concours de sape… des rendez-vous sur mesure !

NQHVRMarc Ginot 8

Contexte

En 1991, plusieurs structures sociales, culturelles, éducatives du quartier Saint-Michel s’unissent pour créer le Festival du Conte interculturel Bordeaux-Saint-Michel, à l’initiative d’une animatrice du Centre d’Animation. Parmi elles, le Centre d’Animation bien sûr, ainsi que ALIFS, O Sol de Portugal, Promo-Femmes…

Leur enjeu est de créer un événement dont les habitant-e-s seraient fier-e-s, un événement qui ferait venir d’autres personnes et modifierait ainsi l’image de ce quartier vécu à l’extérieur comme mal famé. Ils choisissent le conte comme objet de travail, celui-ci étant présent dans toutes les cultures et présentant l’avantage d’utiliser le vecteur de l’oralité, ce qui évitera les barrières de l’écrit pour les gens ne parlant pas le français.

L’association prend donc racine dans le terreau du territoire, tout en souhaitant d’emblée s’inscrire dans un rapport artistique d’exigence. Cette ligne directrice se poursuit encore aujourd’hui ; les mutations depuis ont été multiples, dans les personnes, les méthodes, les soutiens, les noms même puisque l’association et le festival ont plusieurs fois changé pour aboutir à un nom éponyme à la fin des années 2000 : Chahuts. C’est cependant toujours cette même articulation profonde entre art et politique (dans le sens d’action au cœur de la cité) qui prévaut aujourd’hui.

Le "chahut" à l'origine est le nom d'une danse populaire créée en 1830 et interdite 20 ans plus tard dons les lieux publics. parce qu'indécente. Actuellement on l’emploie pour exprimer le tumulte d'étudionts ou d'écoliers qui protestent contre leur professeur.

Lieu de fabrique culturelle, l’association se consacre à la promotion des arts de la parole en s’appuyant sur un travail d’accompagnement de la création (résidences, commandes, compagnonnage). Suivant pas à pas des projets exigeants et inventifs, elle inscrit sa dé­marche de co-construction dans la durée, par une inscription dans le territoire et la mise en réseau de nombreux partenaires. Sa posture éthique vise à impliquer chacun avec la même considération, qu’il s’agisse d’artistes, de structures culturelles, socio-culturelles, d’assos et de personnes de tout poil et à tenter d’inventer ensemble des processus et des réalisations qui appartiennent aux uns et aux autres, chacun dans sa singularité, au sein du collectif. Chaque année en juin, elle met en place Chahuts, festival des arts de la parole, point d’orgue joyeux et festif de son action à l’année.

En savoir plus : http://www.chahuts.net/