Musée Basque de Bayonne : exposition Pablo Tillac

  • Catégorie : Euskal Herria - Pays Basque - Pyrénées Atlantiques
Une autre facette de la guerre. C’est ce que donne à voir l’exposition consacrée à Pablo Tillac au Musée Basque à Bayonne jusqu’au 26 mai prochain.
Une autre facette de la guerre. C’est ce que donne à voir l’exposition consacrée à Pablo Tillac au Musée Basque à Bayonne jusqu’au 26 mai prochain.

Le Musée Basque et de l’Histoire de Bayonne présente d’incroyables portraits de soldats de diverses nationalités, réalisés pendant la Grande-Guerre par Pablo Tillac, dont une centaine prêtée par le Musée des Beaux-Arts de Reims.

Marins américains découvrant Bordeaux, joueurs de baseball, cowboys sur leur monture, soldat noirs dansant et autres Maghrébins racés, offrent un beau panel de soldats au repos, bien loin des funestes combats.

Sont également exposées des œuvres évoquant la découverte du Pays Basque avec ses fêtes et ses jeux.  La Guerre d’Espagne est aussi évoquée à la faveur de sombres allégories qui augurent les chaos à venir. Puis l’artiste livre son témoignage de l’occupation allemande, n’hésitant pas à coucher sur le papier, les scènes des massacres diffusées par les journaux, à la fin de la seconde guerre mondiale.

Crayons, encres, sanguines, pastels rivalisent pour illustrer les mondes troublés ou tranquilles, d’une époque qui ne semble pas si lointaine. Ce sujet inédit explore le magnifique travail d’un grand expressionniste de l’école basque, chroniqueur de son temps, plus connu jusqu’ici pour ses illustrations ou représentations bucoliques du Pays Basque.

Quai du port de san sebastian musee basque et de lhistoire de bayonne 1

PABLO TILLAC, d’une guerre à l’autre (1914-1945)

Le Musée Basque présente dincroyables portraits de soldats de diverses nationalités, réalisés pendant la Grande-Guerre par Pablo Tillac, dont certains prêtés par le Musée des Beaux-Arts de Reims. Vient ensuite la découverte du Pays Basque par l’artiste avec des dessins couvrant la période des années 1920/30 jusqu’à la seconde guerre mondiale. Salle Errobi.

Jean-Paul Tillac a vécu trois guerres, les deux guerres mondiales sur le sol français, et la guerre civile d’Espagne dont les répercussions ont été fortes dans le Pays Basque de France. Artiste témoin ou artiste faisant mémoire d’un pays en guerre, Tillac a illustré ces deux approches, l’une journalistique, l’autre approchant de la propagande sous prétexte du clivage entre le bien et le mal, manichéisme exacerbé en temps de guerre.r8192 9 tillac autoportrait au chapeau texan danseur de jazz jazz dantzaria musee basque et de lhistoire de bayonne 2

Paradoxalement la Grande Guerre, la première, a été bien vécue par Tillac. Réformé, il ne dessine que les hommes de l’arrière, ceux qui se préparent à affronter le feu plus tard. Son expérience américaine d’avant-guerre l’incite à illustrer la présence des militaires des États-Unis en Gironde avec sympathie. Ce sont les soldats d’outre Atlantique en goguette qui découvrent le vieux monde et ses habitants au travers du prisme de Bordeaux, une ville de la vieille Europe réputée pour ses monuments et son agrément de vie.

Toujours en 14-18, une expérience plus exotique l’amène à côtoyer les auxiliaires de l’armée française, tirailleurs d’Afrique cantonnés pour l’hiver en Gironde. La cruauté de la Grande Guerre n’apparaît pas dans le témoignage de Tillac qui se contente de croquer l’action quotidienne de soldats de l’arrière, l’ennemi demeurant très loin de ses préoccupations. Ce témoignage est en opposition totale avec ses dessins de l’occupation allemande de 1940 où l’artiste se complait à montrer l’horreur monstrueuse des tortures et des assassinats de masse. Il en rajoute à ce qu’il a pu connaître physiquement lors de la présence allemande à Cambo.

En 1944, lors de la Libération, il traduit en images les horreurs que l’on découvre peu à peu : les camps et les exterminations, symbolisées pour lui par le massacre d’Oradour-sur-Glane. La montée de la haine, Tillac l’a côtoyée lors de la guerre civile d’Espagne. Il montre les manifestations communistes et anarchistes. Il est présent en Hegoalde lors du soulèvement franquiste de 1936. Il voit les réfugiés républicains affluer en France. La Mort se dresse comme un squelette sur la péninsule, préfigurant le décès de la vieille Europe qui sombre dans la nuit nazie.

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 Pelotari © Musée basque et de l’histoire de Bayonne  Habana, Mulatta en la rumba © Musée basque et de l’histoire de Bayonne

L’Entre-deux-guerres et la découverte du Pays Basque traditionnel rural et maritime, loin de la mondanité des stations balnéaires, est pour celui qui signe dorénavant ses œuvres « Pablo Tillac » un enchantement. Passionné par les petites gens et les travaux et traditions populaires, Tillac se fait ethnographe attentif d’un Pays Basque protégé de la modernité. Le Pays Basque, Nord et Sud, est alors vécu comme un havre de paix à l’abri des menaces nationalistes. Le surgissement des monuments aux morts de 14-18 dans chaque village des provinces de France ne semble pas l’émouvoir. L’industrialisation de Bilbao, la naissance du tourisme balnéaire et même le thermalisme qu’il découvre à Cambo ne sont pas pour lui des sujets d’étude.

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PABLO TILLAC, la découverte du Pays-Basque

Jean-Paul Tillac découvre le Pays Basque Sud dès 1912-1913, années où il dessina le petit peuple de Bilbao. Ses dessins sont signés à l’époque soit « J.P. TILLAC » soit seulement « TILLAC » et parfois « Pablo Juan TILLAC ». L’artiste rajoute plus tard, même sur ses vieux croquis d’avant-guerre, le prénom espagnol « PABLO » qu’il se donne après son séjour de 18 mois à la Casa Velasquez en 1920-1921.

Tillac assis au bord de la nive au bas cambo musee basque et de lhistoire de bayonne

Après la première guerre mondiale, Jean-Paul Tillac rendit visite en 1919 à son frère Henri à Cambo-les-Bains. Henri atteint par la grippe espagnole, se soignait dans la station climatique que lui avait conseillée son ami le Dr Constant Colbert, futur maire de la ville. Henri y résidait avec sa mère et tenait une épicerie Guyenne et Gascogne. Il épousa une Mugica de Cambo qui gérait l’hôtel Assantza.

Jean-Paul décida de rejoindre sa famille et, après son dernier séjour madrilène, de s’installer définitivement à Cambo devenu un lieu de cure très connu depuis qu’Edmond Rostand y avait recouvré la santé. Pablo Tillac, dont la constitution précaire le fit réformer du service actif dès 1904, demanda au phtisiologue le Dr Ancibure de surveiller son état de santé. r8182 9 espana 36 37 musee basque et de lhistoire de bayonne 2De caractère indépendant, l’artiste préféra découvrir l’arrière-pays et sa vie rurale ou pastorale, et croquer l’ambiance des petits ports de pêche du golfe de Biscaye plutôt que la Côte basque touristique.

La dimension politique et militaire de l’Entre-deux-guerres l’intéressa dans la mesure où il ne manqua pas de dessiner, à côté des soldats des deux guerres mondiales, les miliciens et réfugiés de la guerre civile espagnole. A côté de l’hispanité de la corrida et du flamenco qu’il continue de traiter, Pablo Tillac se prend de passion pour le Pays Basque et son peuple qui deviennent la source principale de son inspiration. Mais son intérêt se focalise sur les individus plutôt que sur le paysage qu’il ne traite qu’accompagnés de maisons et d’êtres humains.

Travail, jeux, coutumes et distractions des hommes et des femmes sont ses vrais sujets. Sa façon originale de traiter les personnages, les attitudes et les visages, est aisément reconnaissable. Son souci ethnographique, pour ne pas dire « racial » - mot qu’il utilise - dans le sens donné à ce terme au début du XXe siècle, avant la dérive nazie, transparait dans ses innombrables dessins de têtes bien typées. Sa vision du Pays Basque est aux antipodes de celle de Ramiro Arrue dont il n’appréciait ni le symbolisme ni le dessin relâché.

Danseur de jazz, Jazz dantzaria Danseur de jazz, Jazz dantzaria© Musée basque et de l’histoire de BayonneDanseur de jazz, Jazz dantzaria © Musée basque et de l’histoire de Bayonne

En savoir plus http://www.musee-basque.com/

 

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