La filière céréalière en Aquitaine "Croissance, emploi, alimentation, territoires"La filière céréalière en Aquitaine "Croissance, emploi, alimentation, territoires". Le 20 novembre 2012, Sciences Po Bordeaux a accueilli une rencontre-débat sur le thème de « L’économie céréalière et ses enjeux pour la région Aquitaine ». Cette action participe de la démarche d’information initiée par la filière céréalière française ...

... dans le but de mieux faire connaître du grand public et des acteurs régionaux les caractéristiques d’un secteur qui, dans chaque région, contribue à façonner l’identité géographique, sociale, économique et écologique des territoires. Le présent document propose une synthèse des échanges entre les participants.

Dans un contexte de crise économique et sociale marquée par l’ampleur du double déficit, public et extérieur, de la France, les débats et expertises actuellement portés sur la place publique se focalisent sur les questions industrielles. Tout aussi urgente et nécessaire qu’elle fût, la question du redressement industriel ne saurait occulter le rôle important qu’est appelé à jouer à l’agriculture dans la reconstruction de la France productive.

Ce constat partagé par de nombreux observateurs des mondes économique et agricole se révèle, en creux, à la lecture du récent Rapport Gallois sur la compétitivité de la France, dont les recommandations ne prennent pas en compte les activités agricoles. De même qu’elles n’évoquent pas les synergies porteuses de croissance qui, à travers la notion de filière, s’établissent entre les secteurs agricole et industriel.


La filière céréalière en Aquitaine "Croissance, emploi, alimentation, territoires"

 L’économie céréalière en Aquitaine

  • 1ère région française productrice de maïs grain et semences de maïs
  • 23 000 personnes employées par la filière céréalière aquitaine
  • 1,5 million de tonnes de céréales exportées depuis les trois ports régionaux
  • 70 % des Aquitains ont une opinion positive sur la culture des céréales

Pour en savoir plus : http://aquitaine.passioncereales.fr

La filière céréalière en Aquitaine

cereales-aquitaine-01L’Aquitaine est la première région productrice de maïs grain en France. Avec trois priorités, emplois, environnement et qualité, la filière céréalière aquitaine est pleine de vitalité. Facteur de dynamisme économique, créatrice d’emplois, elle mise sur un développement durable fondé sur le respect de l’environnement et ....

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 Un levier pour la relance de l’économie

Ainsi que le souligne Christian Saint-Étienne (1), président de l’Institut France Stratégie, « le rapport Gallois montre la profondeur de la crise installée dans notre pays, qui – c’est un signe supplémentaire – vient de perdre une deuxième fois son “triple A” auprès d’agences de notation. Sur le plan industriel, le rapport délivre un diagnostic juste. Entre 1999 et 2012, la part d’activité industrielle de la France à diminué de -30 %, et sa part de marché à l’export s’est effondré de -40 %, ce qui représente la baisse la plus violente depuis la Seconde guerre mondiale. Cette situation est la conséquence des croyances, en vigueur dans les années 1990, où l’on annonçait la fin de l’ère industrielle et l’entrée dans celle des services. Or, aujourd’hui, les marchandises, dont une bonne part de produits manufacturés, représentent 90 % des transactions effectuées par les dix premiers exportateurs mondiaux. Conclusion : pas d’industrie, pas d’export ! »

Toujours selon cet expert, si la relance de l’économie passe, de fait, par une relance du secteur industriel, celle-ci se fonde prioritairement sur la rechercheet- développement et sur l’innovation, ce qui l’inscrit dans une perspective à moyen terme (cinq à sept ans). « Par contre, avec l’agriculture, la France bénéficie d’un levier pouvant agir immédiatement, affirme Christian Saint-Étienne. Avec un excédent de 11 milliards d’euros dans sa balance extérieure, l’agriculture est un puissant navire d’accompagnement du porte-avions industriel. Sans l’agriculture, le déficit extérieur de la France serait considérable. Ainsi, on peut regretter que le rapport Gallois ne traite que du “porte-avions” et qu’il ne recommande pas le lancement d’une démarche analogue pour le secteur agroalimentaire, voire pour d’autres secteurs à fort potentiel comme la filière bois. »

Le constat se confirme parfaitement au niveau de l’économie céréalière, qui est l’une des filières les plus structurantes de l’économie française, tant à l’échelle nationale qu’à l’aune des réalités locales où elle constitue un point d’appui important en termes de valeur ajoutée, d’emploi, d’innovation et d’exportation. Comme le rappelle Daniel Peyraube(2), agriculteur et délégué de Passion Céréales en région Aquitaine : « la filière céréalière représente 23 000 emplois directs et non délocalisables pour notre région. À travers ses différents acteurs – agriculteurs, stockeurs, transformateurs – elle favorise une occupation large et homogène du territoire. Elle exporte chaque année 1,5 millions de tonnes de céréales depuis les trois ports régionaux et génère 160 000 tonnes de drêches qui sont valorisées en alimentation animale. Comme on le voit, la filière est performante… mais on peut encore faire mieux ! »

Le maïs : un atout historique, des défis pour l’avenir

La caractéristique première de la filière céréalière en Aquitaine est d’être principalement orientée vers le maïs, qui représente 70 % de la production régionale de céréales et 20 % de la production nationale de maïs grain. Profondément ancrée dans la tradition agricole locale, cette culture s’est imposée, depuis plus de quatre siècles, comme un atout économique pour la région (voir encadré ci-dessous).

Un « miracle économique » pour l’Aquitaine

« Grâce au maïs, l’Aquitaine a surmonté plusieurs crises et vécu deux miracles économiques, évoque le géographe Gilles Fumey(3). Arrivée au 16e siècle via la Turquie, la plante y trouve un climat et un terrain propices à son épanouissement : elle va profondément changer la région. Cultivée sur les reliefs vallonnés, elle donne du caractère aux paysages et montre sa capacité à créer des biens alimentaires liés au maïs. Elle engendre une véritable “civilisation de la terre” qui va prendre son essor à partir des années 1940 avec l’introduction des premières variétés hybrides. Elle s’impose alors comme un facteur de résistance au phénomène de désertification des campagnes qui touche les autres régions de France, et elle contribue directement à un autre miracle économique régional : le développement de la filière “canard”. Par ailleurs, le marquage géographique de qualité et d’authenticité associé, de longue date, à la production agricole locale constitue un substrat solide ainsi qu’un énorme capital symbolique important pour la région Aquitaine. »

 « À l’instar de la vigne dans le département de la Gironde, le maïs a toujours été un pivot du développement de l’Aquitaine et en a façonné le modèle agricole, explique Jean-Pierre Raynaud(4), vice-président du Conseil régional en charge de l’Agriculture. La moitié de la production est utilisée ou transformée en alimentation animale sur la région, contribuant ainsi à l’image de qualité de notre production gastronomique, et le modèle régional se base sur des petites et moyennes exploitations, souvent liées à des activités de transformation. La concertation entre les acteurs des filières céréales et animaux est donc une condition indispensable au maintien de ce modèle, notamment face aux dangers générés par la tendance spéculative qui touche aujourd’hui le maïs comme les autres productions céréalières. »

Ainsi que le souligne également Jean-Pierre Raynaud, « l’autre défi auquel se voient confrontés la Région et la filière est celui de la gestion de l’eau. Depuis plusieurs années, d’importants efforts ont été accomplis pour retrouver l’équilibre entre la ressource et les besoins. Ce travail s’effectue avec tous les acteurs concernés, y compris avec les agriculteurs qui ont une expertise et des solutions à proposer, notamment en termes de pilotage de l’irrigation. On sait qu’à l’avenir il faudra produire d’avantage pour répondre à la demande alimentaire des populations. Mais il faudra aussi produire différemment, c’est pourquoi il faut que nous nous mobilisions tous – au niveau de la Région, des collectivités territoriales, des agriculteurs et des acteurs concernés – pour faire progresser la recherche et l’innovation dans ce domaine.».

Une profession mobilisée et ouverte sur la société

Ainsi que le souligne Jean Petaux, « les organisations syndicales et le monde coopératif agricole ont joué un rôle déterminant dans la transformation de l’agriculture française. Cette capacité à se structurer et à se mobiliser collectivement reste plus que jamais nécessaire. » En outre, la profession doit aujourd’hui s’adresser plus largement au grand public qui, selon Gilles Fumey, représente à la fois « les consommateurs et l’opinion. Le Salon de l’agriculture est une grande réussite dans ce domaine mais cela ne suffit pas. Il faut organiser des passerelles afin que le monde agricole aille plus largement à la rencontre du public, y compris des plus réfractaires et, surtout, vers les jeunes qui sont l’opinion et les consommateurs de demain. »

Produire plus, produire mieux Comme le rappelle, de son côté, le chercheur et politologue Jean Petaux(5), « le maïs est le 5e légume le plus consommé en France mais, paradoxalement, il souffre de représentations non fondées, notamment en ce qui concerne le problème de l’eau. Lors de la grande sécheresse du printemps 2011, des voix se sont élevées pour incriminer le maïs… alors que celui-ci n’était pas encore semé ! »

La filière céréalière en Aquitaine "Croissance, emploi, alimentation, territoires"Cet exemple illustre les distorsions existant entre la perception du monde agricole et ses réalités. « Au cours des 60 dernières années, le secteur connu une évolution déterminante, analyse Christian Saint-Étienne. Il est passé d’une agriculture de subsistance vers une agriculture de création de richesses, ce qui répondait à une demande forte de la société. On lui a demandé d’exporter, d’intégrer les progrès de la science… Les agriculteurs ont adhéré à ce projet, mais ils subissent aujourd’hui un retour de bâton : la mise en accusation dont ils font l’objet est une véritable “gifle sociologique”. Or, avec la crise actuelle, on arrive à un moment où il faut remettre l’agriculture et l’agroalimentaire au coeur des stratégies nationales. Les agriculteurs ont un rôle à jouer : il doivent mieux faire connaître leur contribution économique, stratégique, sociologique et écologique aux efforts de la nation. Et la société doit reconnaître cette contribution. »

« Les agriculteurs ont, en effet, la volonté de continuer à relever les défis que nous demande la société, tant en termes de production que de progrès environnementaux, rebondit Daniel Peyraube. Par exemple dans le secteur céréalier, nous avons la capacité d’implanter plus de 3 500 ha de semences supplémentaires en Aquitaine. Grâce aux compétences de nos semenciers dans la sélection variétale, nous bénéficions de cinq à six années d’avance sur nos concurrents européens. De plus nous disposons de technologies et de matériels de pointe qui nous permettent de travailler de manière beaucoup plus précise et ciblée en réduisant l’impact environnemental des cultures, y compris au niveau de la ressource en eau. Enfin, nous avons la possibilité de créer plus d’emplois. Nous sommes donc capables de faire plus et mieux, mais il faut pour cela que la société nous accompagne et avance dans le même sens. »

Technologies : vers une agriculture de précision

« Au cours de son histoire, l’humanité a connu trois grandes révolutions technologiques et industrielles, rappelle Christian Saint-Étienne. En 1780, avec l’invention de la machine à vapeur qui a permis à l’Homme de démultiplier son énergie ; en 1880 grâce au moteur à explosion et aux grandes découvertes de la chimie et de la physique ; en 1980, avec les progrès de l’informatique appliquée à toutes les activités de production et de distribution. Le monde agricole a toujours su tirer parti de ces avancées. Aujourd’hui, les tracteurs sont équipés de terminaux GPS reliés aux satellites. Ces systèmes sophistiqués donnent à l’agriculteur une vision du sol et de l’état des cultures qui lui permet d’intervenir avec une précision et une pertinence inégalées. »

Des actions à suivre en 2013…

La rencontre-débat sur la filière céréalière en région Aquitaine a donné à lieu des échanges entre les intervenants et des personnes présentes dans l’auditoire. Plusieurs questions complémentaires ont été soulevées, notamment sur les thèmes des disparités territoriales, de la Politique agricole commune, ou des agrocarburants. Autant de sujets qui pourront nourrir de nouvelles initiatives de communication en 2013. En région Aquitaine comme dans les autres régions de production céréalière.

Les intervenants

(1) Christian SAINT-ÉTIENNE, Président de l’Institut France Stratégie.

Professeur titulaire de la Chaire d’Économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers, président de l’Institut France Stratégie et auteur de plus de vingt livres et rapports officiels. Ses deux dernières publications sont : L’incohérence française, Grasset, janvier 2012, Le joker européen, Odile Jacob, mai 2012.

(2) Daniel PEYRAUBE, Délégué Passion Céréales en région Aquitaine.

Producteur de maïs, de canards et de poulets à Castaignos-Souslens, dans les Landes, Daniel Peyraube est Président du Comité Régional des Céréales en région Aquitaine. Il est aussi Président de la commission régionale d’Arvalis Institut du végétal et trésorier de l’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs).

(3) Gilles FUMEY, Professeur de Géographie culturelle de l’alimentation à l’Université Paris-Sorbonne.

Gilles Fumey est géographe culturaliste de l’alimentation. Il est professeur des universités à Paris-Sorbonne où il dirige le master Alimentation & cultures alimentaires. Ses travaux au laboratoire Espace, nature et culture du CNRS portent sur la perception de la qualité alimentaire par les marquages géographiques.

(4) Jean-Pierre RAYNAUD, Vice-président du Conseil régional d’Aquitaine en charge de l’agriculture.

Agriculteur à Rouffignac, Jean Pierre Raynaud est premier vice-président de la Chambre régionale d’agriculture d’Aquitaine. Il est également président de la Chambre d’agriculture de la Dordogne et de l’Association aquitaine de promotion de l’agroalimentaire.

(5) Jean PETAUX, Ingénieur de recherche, docteur habilité à diriger des recherches en science politique.

Jean Petaux est Directeur de la Communication et des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux. Il est aussi coordinateur de l’École Internationale des Sciences Politiques de Katowice (Pologne) et assure de nombreuses missions d’expertise pour le Conseil de L’Europe dont il a écrit la première histoire politique. Il est aussi spécialiste de vie politique locale.

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