Sarlat nous livre ses secrets ....

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Entre Dordogne et Vézère, Sarlat constitue aujourd’hui un des plus beaux ensembles médiévaux d’Europe.
Entre Dordogne et Vézère, Sarlat constitue aujourd’hui un des plus beaux ensembles médiévaux d’Europe.

Sarlat-la-Canéda est incontestablement l’un des joyaux français les plus connus dans le monde. Mais, savons-nous vraiment tout de cette belle du Périgord noir dont il est si facile de tomber amoureux pour son architecture, son histoire et son élégance ?

Partons pour une balade dans les rues magiques de la cité afin de la redécouvrir ensemble…

Une ville qui pèse lourd !

Typiques de l’architecture périgourdine, les maisons recouvertes de lauzes  sont partout dans Sarlat. Des pierres de 3 à 5 centimètres d’épaisseur sont donc empilées les unes sur les autres et séparées par des joints pour former ces magnifiques toitures de dentelle minérale. Une prouesse technique qui requiert une maçonnerie et une charpente qui tiennent sérieusement la route ! En effet, le mètre carré de lauze pèse entre 500 et 800 kilos.

Fermez les fenêtres !

Et au milieu roulait un tramway… Dans la Traverse (rue de la République), percée dans la ville entre 1836 à 1840, passait donc une ligne de tramway à vapeur inaugurée en 1912 pour compléter le réseau ferroviaire déjà existant. Il reliait Villefranche-du-Périgord à Sarlat. On dit qu’à son approche, les habitants de la Traverse fermaient vite leurs volets pour se protéger de la fumée. Suite à de nombreux accidents, ce service fut interrompu dans les années 1930.

Sarclât, Edition Périgord

Pas si potable…

La Fontaine Sainte-Marie, située rue des Consuls, fut longtemps le point de ravitaillement en eau à usage domestique de toute la ville. Implantée au cœur de la cité, elle était si pratique, cette fontaine… mais aussi plutôt dangereuse ! La proximité des écuries et des rues dans lesquelles les habitants déversaient détritus, urines et excréments – sans parler des cochons qui s’y baladaient tout à fait librement ! – a entraîné de graves pollutions de l’eau et donc des épidémies de typhoïde jusqu’au XXe siècle.

La protection mariale 

Parmi les 50 niches mariales répertoriées – souvent au niveau du 1er étage des bâtiments et aux angles des rues –, une dizaine sont vides. Les autres sont occupées par des madones. Cette omniprésence de Sainte-Marie dans l’architecture de Sarlat a débuté après l’épidémie de peste noire de 1348. La ville se plaça alors sous la protection de Marie. De surcroît, ces niches, dans lesquelles étaient aussi placées des chandelles, ont servi d’éclairage public jusqu’au XIVe siècle.

L’église “Nouvel” 

C’est l’architecte mondialement connu Jean Nouvel, originaire de la région sarladaise, qui a donné une nouvelle vie à l’église Sainte-Marie en la transformant en un marché couvert complété de deux mezzanines. Pourquoi un marché ? Parce que c’est un lieu de vie, comme a pu l’être l’église à son origine. Dans le passé, les lieux de culte étaient également les endroits où s’effectuaient la plupart des actes de la vie politique, sociale et culturelle. Construit en 1365, l’édifice fut désaffecté dès 1794 avant d’être occupé par une usine à salpêtre, une boulangerie – il suffit de lever les yeux pour constater qu’une partie de la nef est encore un peu noire à cause de la fumée du four – , puis un commerce de charbon, un bureau de poste et un dispensaire. 

La modernité de l’architecture de Jean Nouvel contraste avec l’ancienneté. Un très intelligent moyen de suggérer une certaine dimension du temps. Derrière l’église, l’architecte a installé un ascenseur à ciel ouvert pour contempler les toits de la vieille ville. Une merveille à découvrir !

La terrasse de l’amour 

Ce renfoncement visible rue des Consuls, à l’arrière de l’Hôtel Plamon est une “trompe” qui permettait un champ de manœuvre plus grand aux charrettes. On note qu’elle soutient un élégant balcon orné d’une rambarde en fer forgé de style Louis XIII. Les plus romantiques Sarladais l’affirment : elle aurait été pensée par un père aimant, qui souhaitait que la fenêtre de sa progéniture et celle de son être aimé communiquent par un joli passage discret. 

“Parce que c’était lui…”

Étienne de La Boétie est une institution à Sarlat ! Et n’allez surtout pas dire à un Sarladais de souche qu’il s’agissait de l’ami de Montaigne. Même si ce dernier expliquait leur amitié en ces termes si forts, “parce que c'était lui, parce que c'était moi !”, La Boétie était bien plus que ça ! 

Né à Sarlat le 1er novembre 1530, il était un écrivain humaniste et un poète talentueux, notamment connu pour son Discours de la servitude volontaire, rédigé alors qu’il avait 16 ou 18 ans. Ce court réquisitoire contre l’absolutisme pose la question de la légitimité de toute forme d’autorité sur une population en essayant d’analyser les raisons de cette soumission. Un sujet résolument moderne, non ? Cette statue, réalisée par Tony Noël, a été érigée en 1892 sur la place de la grande Rigaudie. 

À ciel ouvert

Au début du XVIe siècle, alors qu’il avait prévu une totale reconstruction de la cathédrale Saint-Sacerdos, l’évêque Armand de Gontaut quitte son évêché. Il s’est réservé la collation des bénéfices et la plus grande partie de la mense épiscopale (biens et revenus d’un évêché). Après un procès, l’argent serait alors en effet bel et bien revenu à Sarlat… Encore aujourd’hui, on ne sait pas très bien qui en a bénéficié ! Quoi qu’il en soit, les travaux ont été arrêtés pendant un siècle et demi. Qu’y avait-il alors entre le chœur du XVIe siècle et le clocher-porche roman ? Rien ! Pas de toit. Simplement du vide ! 

Rue des (chauds) lapins

La rue des Trois Conils est un passage étroit situé dans le quartier ouest de la vieille ville. Une rue confidentielle, dont le nom serait lié à l’activité “commerciale” qui s’y serait longtemps déroulée. En occitan, le mot “conhil” signifie “lapin”. Non, cette rue n’était pas un haut lieu de l’élevage de ces petites bébêtes aux grandes oreilles ! Dans le langage populaire, ce terme désigne aussi le sexe féminin (tout comme la femelle du chat en français). Un mot qui rejoint le terme d’argot français qui reprend les trois premières lettres de “conhil” – vous l’aurez compris, nous tentons ici de rester dans un registre de langue… euh… tous publics ! En tout cas, cette rue était connue pour être celle des maisons closes. 

Clair-obscur  

Si Sarlat est aussi belle la nuit, c’est grâce à son système d’éclairage au gaz naturel. Alors que cette méthode avait été remplacée par l’électricité en 1957, la ville de Sarlat a fait installer 105 lanternes à gaz utilisant la technique des manchons renversés qui éclairent vers le sol, créant des halos lumineux aussi élégants et poétiques que le mérite l’architecture de Sarlat.   

Justice royale 

Le Présidial de Sarlat est surtout admiré pour son superbe lanterneau (ou lanternon) soutenu par des poutrelles de bois. Fondé par Henri II, il était siège de la justice royale à Sarlat, en rivalité avec celui de Périgueux. Il fut un tribunal jusqu’en 1789 avant de devenir le siège de la sous-préfecture de 1800 à 1841. Il est aujourd’hui occupé par un restaurant… Une loi sur mesure

Le 4 août 1962, la loi Malraux sur la conservation du patrimoine entre en vigueur en France. Alors que les centres urbains commençaient à être profondément modifiés par l’urbanisme moderniste, la loi d’André Malraux, ministre chargé des Affaires culturelles sous De Gaulle, prévoit la création de secteurs sauvegardés pour amorcer la préservation et la mise en valeur du patrimoine de France. Des règles d’urbanisme et d’aménagement sont établies. La première commune à bénéficier d’un secteur sauvegardé n’est autre que Sarlat elle-même. Hasard ? Peut-être pas ! Malraux était très attaché au Périgord. Et pour cause: en 1944, engagé sur le tard dans la résistance, il eut en charge de coordonner le maquis de Dordogne avec ceux du Lot et de la Corrèze. 

Course à la noblesse

L’Hôtel Plamon est l’un des plus beaux bâtiments de la ville historique. Mais à l’origine, il ne possédait pas de tour de noblesse, signe extérieur de richesse et de réussite sociale de l’époque ! Ça tombe bien : au XVIIe siècle, l’Hôtel La Brousse entreprend son entière 

reconstruction. Les deux familles s’entendent alors pour créer une tour de noblesse “partagée” au-dessus du passage qui donne accès à leurs deux demeures. Mais, alors que les tours de noblesse sarladaises abritent des escaliers à vis, celle-ci est composée de demi-étages dont la hauteur est inférieure aux étages des deux maisons. Un étage communique avec l’Hôtel Plamon, le suivant avec celui des La Brousse. Et ainsi de suite. Un véritable trompe-l’œil… mais une tour malgré tout vue de l’extérieur.    

Sarlat, Edition Périgord

Piqué au cœur

Au détour d’une petite rue calme du quartier ouest, on découvre ce mur et ces deux symboles, le cœur et le pique. Selon certains habitants, ces deux emblèmes auraient servi de point de repère pour situer un ancien tripot où les amateurs de jeux de cartes se retrouvaient en toute discrétion…  

Seconde vie 

En laissant vagabonder son regard le long des murs, on remarque de nombreuses pierres de remploi, utilisées une première fois pour un usage particulier et réutilisées, parfois des siècles plus tard, pour un autre. C’est le cas de certaines pierres du cloître, d’une croix occitane dans le mur du jardin de la Lanterne des Morts ou d’un polissoir réemployé pour construire un appui de fenêtre de la chapelle Saint-Benoît. Ici, sur la culée d’un arc-boutant de la cathédrale, quatre pierres provenant probablement de l’ancienne chapelle Saint-Jean de la rue Montaigne.  

Une fière chandelle 

C’est dans la rue des Trois Conils, évoquée précédemment, que l’on trouve ce dispositif mural étonnant d’éclairage public : un quinquet à huile. Quelle huile utilisait-on à l’époque ? Celle dont on disposait le plus facilement dans la région : de l’huile de noix. En effet, ce délicieux liquide servait bien sûr à la cuisine, mais aussi à s’éclairer et à fabriquer du savon !

Une terre de miracle ? 

Saint-Bernard de Clairvaux, avec d’autres évêques d’Ostie et de Chartres, viennent évangéliser la région sarladaise au début du XIIe siècle. Selon eux, il y a urgence à se tourner vers Dieu puisqu’à leur arrivée, la cité est presque totalement décimée par la peste, considérée alors comme un châtiment divin. La légende dit que Bernard de Clairvaux a alors distribué des petits pains bénits aux malades et que beaucoup d’entre eux furent ainsi guéris (image du XVIIIe siècle conservé à la bibliothèque municipale de Périgueux). 

Adepte de la mortification la plus sévère, Saint-Bernard était un conservateur qui fustigeait les mutations de son époque marquée par une transformation de l’économie, de la société et du pouvoir politique. Il joua aussi un rôle clé dans la transformation de la croisade en “guerre sainte” contre les Cathares. Par ailleurs, il combattit avec ardeur la thèse de l’Immaculée Conception, relativement nouvelle à son époque. Selon lui, Sainte-Marie, mère de Jésus, n’était pas une vierge et le Christ était tout simplement le fils de Joseph le charpentier…Sarlat serait-elle donc une terre de miracle ? En tout cas, on a cru un moment que la mystérieuse Lanterne des Morts avait été érigée pour célébrer Saint-Bernard et sa série de guérisons pour le moins spectaculaires… La salamandre, l’emblème énigmatique

Cet édifice dressé vers 1180 est encore aujourd’hui appelé la Lanterne des morts. Or, c’est formel : la Lanterne des morts, censée guider les âmes vers le ciel, n’en est pas une. Certains affirment que la pièce du premier niveau était une chapelle servant de dépositoire des morts. Au XIXe, on avait totalement perdu le sens de cet édifice. À tel point que pour le faire classer au titre des monuments historiques, il fut décrit comme étant un bâtiment célébrant le passage de Saint-Bernard. Mais, en considérant la liturgie du XIIe siècle, cette “lanterne” pourrait être une interprétation du dôme du Saint-Sépulcre de Jérusalem tel qu’il était représenté depuis le IVe siècle : une tour circulaire, avec une porte au premier niveau donnant accès au Tombeau du Christ, et un second niveau coiffé d’un baldaquin à douze colonnes. Il se dit beaucoup de choses sur ce bâtiment aussi surnommé “le suppositoire de Gargantua”. Certains y auraient fait des expériences pour prouver qu’il s’agirait d’un nœud de champs énergétiques liés à des réseaux telluriques. Il se dit aussi que Jean Nouvel s’en serait inspiré pour dessiner la tour Glòries de Barcelone.  Le feu et l’eau

Les salamandres sont représentées un peu partout dans Sarlat. Sur le blason, on la voit sur du rouge. Certainement parce qu’au Moyen-Âge, la salamandre était considérée comme magique. On pensait qu’elle pouvait aussi bien vivre sur terre que dans l’eau, qu’elle résistait aux flammes et qu’elle éteignait les mauvais feux si on la jetait dedans. De plus, Sarlat a toujours été fidèle à la royauté. Notamment à François Ier, dont l’emblème est le même reptile.     

Le “Merdalou”… 

C’est le joli sobriquet donné à la Cuze, le ruisseau qui traverse Sarlat et qui a été enterré pour les raisons qu’évoque son surnom. Ici, une image prise par Guillem Boyer en 2016 avenue Thiers, alors que des travaux de voirie avaient mis à jour le cours d’eau. 

Monter vers le ciel 

Direction la rue des Armes, où la plupart des maisons sont inscrites à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques. Et pour cause : ces maisons à colombage sont typiques d’un mode de construction “peu fréquent dans une région où la pierre abonde et est de si belle couleur”, comme le soulignait Lucien de Maleville. En levant un peu les yeux, on note un escalier. Des marches qui menaient au chemin de ronde… Épouse ou favorite ?

Il était une fois, un jeune palefrenier surnommé “Torche-cul de mule”. Encouragé par l’évêque à faire des études, il est nommé quelques années plus tard magistrat, puis en 1594, sous Henri IV, intendant et contrôleur général des finances. Devenu Jean de Vienne, il revient à Sarlat et veut édifier un “château urbain”. Il relie alors trois maisons par un pavillon central avec une tour de noblesse démesurée. 

Sur l’entablement du portail, trois médaillons : à gauche, le roi Henri IV, son bienfaiteur, au milieu, le M de la famille Maleville, qui racheta l’hôtel au XIXe siècle et à droite, une femme dont le portrait est si altéré qu’on ne saura jamais s’il s’agit de la reine Marie de Médicis ou de Gabrielle d’Estrée, favorite d’Henri IV. Mystère impénétrable – sans jeu de mots déplacé, bien sûr !

Sarlat, Edition Périgord

Turlututu, chapeau pointu

Regardez bien le toit de la tour de noblesse du Manoir de Gisson. Il semble être “mal vissé”, non ? Normal : les 6 murs de l’édifice soutiennent un toit heptagonal (à 7 côtés). On dit que cette toiture aurait été conçue pour un autre bâtiment. Mais il est beaucoup plus probable qu’il s’agisse simplement d’une sorte “d’excentricité architecturale” pour se démarquer… 

Vive la République !

Nous ne saurions trop vous inviter à pousser la porte de cette élégante bâtisse datant du XVIIe siècle et peaufinée au XVIIIe (ajout du clocher, du lanternon et transformation des 

fenêtres), avec son vaste pavillon qui donne sur la place de la Liberté. Admirez les proportions de ce grand hall ! Mais, l’hôtel de ville possède bien plus d’un secret lui aussi. Fait le plus insolite : au XIXe siècle, ce bâtiment fut transformé en bazar au rez-de-chaussée et en club à l’étage – les services municipaux ayant été transférés dans l’ancien Palais épiscopal. Ce n’est qu’en 1900 que le député-maire Pierre Sarrazin l’inaugurera à nouveau en lui redonnant sa fonction d’hôtel de ville, après de fins travaux de rénovation menés par l’architecte Queille.  

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