Esclavage : Bordeaux poursuit le travail de mémoire

  • Catégorie : Bordeaux Métropole

Premier port colonial et troisième port négrier entre le 17ème et le 19ème siècle, Bordeaux a engagé un profond travail de mémoire depuis plus de 10 ans, notamment au travers de l'ouverture de salles sur l'esclavage et la traite négrière au Musée d'Aquitaine.

Ce travail de mémoire et sa visibilité dans l'espace public a depuis, été fortement renforcé par de nombreuses actions. 

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A l’occasion de la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage en décembre 2019, Nicolas Florian maire de Bordeaux inaugurait dans les jardins de l’hôtel de ville, une sculpture mémorielle de l'artiste réunionnaise Sandrine Plante-Rougeol. Au même moment étaient présentées 5 plaques explicatives portant des noms de négriers. Elles viennent d’être posées dans les rues concernées.

Une exposition sur les quais

Pour accompagner la démarche, la Ville réinstalle à partir du mercredi 17 juin 2020, une campagne d’affichage sur les quais, non loin de la statue de Modeste Testas.

Déjà exposée en 2019 (démarche Unesco et mairie de Bordeaux, avec le soutien de la Coalition européenne des villes contre le racisme Eccar) pour la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, cette campagne met à l’honneur différents portraits de citoyens, porteurs d’un message de promotion de l’égalité dans la diversité et le « vivre ensemble ».

Le travail de mémoire entrepris par la Ville de Bordeaux s'est traduit par différentes actions, dont la pose d'une plaque commémorative sur les quais en 2006, l'inauguration de salles permanentes dédiées à l'esclavage et à la traite négrière au Musée d'Aquitaine en 2009, l’installation d’une statue à l’effigie de Modeste Testas esclave déportée à Saint-Domingue par des Bordelais, inaugurée le 10 mai 2019 sur les quais rive gauche de la Garonne, la transformation du square autour du buste de Toussaint-Louverture sur la rive droite en un mémorial à ciel ouvert, ou encore la création du Jardin de la mémoire au Jardin botanique.

Actions mémorielles

Action phare du plan d’actions mémoire, 5 plaques portant le nom de Bordelais de renom et négriers reconnus sont désormais installées.

Rue (Pierre et Paul) Desse

Pierre Desse (1760-1839), marin bordelais, a été capitaine de quatre expéditions négrières entre 1789 et 1818 et s’est aussi illustré comme capitaine corsaire. Il connut la gloire pour avoir sauvé 92 hommes d’un navire hollandais en perdition (le Colombus). La Chambre de commerce de Bordeaux fait frapper en 1823 une médaille en son honneur. Son neveu Paul (1808-1862) sauva lui aussi 112 hommes d’un navire anglais (le Marquis de Campden) en perdition en mer de Chine ce qui lui valut, semble-t-il, d’être associé à son oncle pour la dénomination de la rue. Plaque 27 rue Desse.

Passage Feger

 Il s’agirait des Feger-Latour. Entre 1742 et 1783, ils ont expédié 6 navires pour la traite sur 121 armements coloniaux. C’est dans les années 1770 que des Feger-Latour sont associés aux diverses facettes du négoce transatlantique et caribéen dont la traite des Noirs. Les membres de la famille font partie des notables de la ville et sont membres de la Chambre de commerce de Guyenne. Plaque 13 passage Feger.

Rue David Gradis (1665-1751) 

La firme David Gradis et Cie a armé 221 navires pour les colonies de 1718 à 1789 dont 10 pour la traite des Noirs. La firme gérée par la même famille depuis l’origine se maintint jusqu’au XXe siècle. En 1724, David Gradis acheta près du cours de la Marne un terrain qui devint le premier cimetière juif de Bordeaux. C’est à ce titre et parce que ses descendants furent aussi des notables bordelais que son nom a été donné à cette rue. Plaque 2 rue David Gradis.

Rue Gramont 

Jacques-Barthélemy Gramont (1746-1816) a financé 3 expéditions de traite : une en 1783 et deux autres en 1803. Il devient consul de la Bourse de Bordeaux en 1784. Il est conseiller général de Gironde entre 1800 et 1807, président de la Chambre de commerce de Bordeaux de 1806 à 1809. Il est nommé adjoint au maire de Bordeaux en 1806 puis maire pendant les Cent Jours le 2 mai 1815. Il est l’un des cinq négociants qui font partie de la commission de neuf membres qui représente Bordeaux auprès de Napoléon Bonaparte lors du débat sur le rétablissement de la traite des Noirs en 1801-1802 dont le rapport plaide en faveur de la « liberté de commerce » et donc de la traite. Plaque 49 rue Gramont.

Place Mareilhac

Jean-Baptiste Mareilhac (1756-1838) a été maire de Bordeaux en 1796 et conseiller général de 1800 à 1807. Ce riche armateur était membre de la Chambre de Commerce et délégué du Conseil de commerce de Bordeaux. Mareilhac a investi dans le système de production et d’échanges transatlantique. Il est désigné comme l’un des neuf délégués du Conseil du commerce de Bordeaux devant rédiger un rapport en réponse à l’enquête lancée par le gouvernement à propos du devenir de la loi contre l’esclavage en 1801-1802. Il s’associe le 15 février 1802 à ses conclusions favorables à son rétablissement outre-mer. Il aurait organisé une expédition négrière en 1792. Plaque 16 place Mareilhac.

Trous de Mémoires : la traite des noirs et l’esclavage à Bordeaux

Jamais la ville de Bordeaux n'avait questionné son passé négrier. C'est chose faite avec ce documentaire qui nous entraîne sur les quais et dans les rues de Bordeaux où sont inscrites, de manière indélébile, comme dans les mémoires, les traces du passé douloureux et d'un drame humain sans précédent, la traite négrière

Réalisation : Batiste Combret ; Sébastien Gouverneur; Nicolas Guibert

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