Histoire de la base sous marine de Bordeaux

Ancrée dans le paysage Bordelais, la Base sous-marine construite par les Allemands est l’une de cinq structures réalisées en France au cours de la Seconde Guerre mondiale (Brest, Lorient, Saint-Nazaire et La Rochelle). Ce gigantesque bunker,  ....

.... organisé en onze alvéoles, occupe aujourd’hui une place incontournable dans le paysage culturel bordelais.

Dès le mois de septembre 1940, les autorités alleman­des d'occupation, décident la construc­tion d'une base sous-marine importan­te en Gironde. Par son ouverture sur l'Atlantique, l'importance de son port et son éloignement des bases aériennes anglaises, Bordeaux constitue pour l'oc­cupant un emplacement idéal pour abriter ses flottes de sous-marins.

Le choix de l'implantation de cette base se porte sur la zone des bassins à flots. A la construction de ces bassins, à partir de 1879, leur renouvellement en eau avait été pré­vu par un bassin tampon alimenté par un petit cours d'eau. Le 25 juillet 1940, l’Allemagne et l’Italie décident de construire ensemble une base sousmarine commune pour accueillir leur flotte.

A partir de décem­bre 1940, les travaux commencent à l'emplacement de ce bassin tampon. L'estey qui l'alimentait est dévié, et la construction de la nouvelle base débute en septembre 1941.

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Seconde Guerre mondiale : Bordeaux, ville occupée

Le chantier est placé sous la responsabilité de l’Oberbauleitung Bordeaux dirigée par Andreas Wagner. Des contrats sont passés avec des entreprises allemandes et françaises et des prisonniers de guerre, des réfugiés, des ouvriers de toutes nationalités, vont fournir la main d'œuvre.

Près de 6500 ouvriers – volontaires, contractuels ou forcés – français et étrangers (Espagnols, Belges, Italiens...) travaillent à l’édification de cette base capable d’accueillir 15 grands sous-marins. En 2012, un mémorial a été érigé en hommage à ceux qui ont pris part à la construction du bâtiment.Construction de bunkers pour la base sousmarine de Bordeaux, 1942 Photo : Bundesarchiv, Bild 101II-MW 6196/18AConstruction de bunkers pour la base sousmarine de Bordeaux, 1942 Photo : Bundesarchiv, Bild 101II-MW 6196/18A

Achevé seulement 1 an et demi plus tard, le U-Bunker de Bordeaux a une longueur de 235 mètres, une largeur approchant les 160 mètres et une hauteur moyenne de 19 mètres pour une superficie de plus de 41 000 m². Il abrite des centrales électriques et thermiques, une zone technique, des bureaux, des magasins et ateliers. Le volume total du béton utilisé s’élève à près de 600 000 m3. Les murs extérieurs ont une épaisseur de près de trois mètres et la dalle du toit dépas­se les six mètres

Les quatre premières alvéoles, les plus imposantes, uniquement utilisables à flot, peuvent chacune accueillir deux sous-marins. Les alvéoles de 5 à 8, de surface inférieure, sont utilisables en tant que cales sèches nécessaires pour l’accueil d’un sous-marin devant subir d’importants travaux. Enfin, les trois dernières alvéoles sont situées en retrait par rapport aux huit précédentes de plus faibles dimensions.

Au total, 15 sous-marins pouvaient trouver refuge à l’intérieur de la base pour des travaux d’entretien et de réparation. Le 17 mai 1943, visée par un bombardement allié qui fit 195 vic­times civiles, la base résiste aux impacts directs.

Jusqu’en août 1944, plus de 40 sous-marins y font escale ou relâchent. Dans l’enceinte de la Base, plusieurs groupes de résistants s’organisent et informent les « guérilleros » (groupes de résistants d’origine espagnole) de tout ce qui se passe sur le chantier et des mouvements des sous-marins allemands. Cet ensemble militaire est à de nombreuses reprises la cible des bombardements alliés, dégradant faiblement le bâtiment. En dépit des nombreuses tentatives des armées de Libération, la robustesse de la structure n’a jamais pu être ébranlée. Le 28 août 1944, la ville de Bordeaux et son port sont évacués par les Allemands.

L’Après-guerre : un lieu artistique

À la Libération, l’écluse couverte et la soute à torpilles sont détruites, mais la structure principale de la Base est conservée. En 1945, la Base est confiée, par la Marine Nationale, au Port Autonome de Bordeaux. Les grands coûts d’entretien et de gestion freinent la réhabilitation du lieu par le Port Autonome de Bordeaux. Entre 1960 et 1990, des entreprises occupent partiellement les cellules, dont les Ateliers métallurgiques de la Base. Parallèlement, le lieu attire et interpelle les artistes qui ne tardent pas à investir cet imposant vestige. Certaines expérimentations, à savoir le tournage de la scène finale du longmétrage Le Coup de Grâce de Jean Cayrol en 1965, les représentations du festival Sigma en 1978, les installations du plasticien Sarkis en 1980 et le tournage d’un épisode de la série Highlander en 1996, annoncent la future vocation culturelle du lieu.

Suite au déclassement des bassins à flot par le Port autonome de Bordeaux en 1982, le U-Boot-Bunker s’inscrit désormais au sein d’une immense friche industrielle, portuaire et militaire. Le public attendra jusqu’à l’été 1993 pour visiter la Base, alors transformée en Conservatoire international de la plaisance jusqu’en 1997.

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À partir des années 2000 : un lieu pour découvrir l’art « en train de se faire »

Aujourd’hui, les espaces d’expositions pilotés par la Ville de Bordeaux développent un projet artistique mêlant création contemporaine, fabrique de l’image et laboratoire artistique. Fermés temporairement pour plusieurs mois de travaux, ils re-ouvriront dès le 8 octobre 2020 à l’occasion de l’inauguration de l’exposition présentée dans le cadre de la saison culturelle Africa 2020, initiée par le Président de la République et porté par l’Institut Français/Ministère des Affaires étrangères, qui se déroulera sur l’ensemble du territoire national (métropole et territoires ultra-marins) du 1er juin à mi-décembre 2020.

L’exposition questionnera l’oralité au XXIe siècle, autour des oeuvres d’une quinzaine d’artistes. Jouant avec les vecteurs plus traditionnels de diffusion orale de connaissances, d’histoires et de morales (télévision, radio, cinéma et la musique), celles-ci partageront l’espace d’exposition avec de nouveaux supports nés des innovations numériques, notamment plusieurs films en VR. Ce site a le désir de mettre le public au cœur du projet, notamment via des ateliers et des rencontres avec des artistes.

Pour en savoir plus sur l’histoire de la base


 Source DP Bordeaux Lumières et Dictionnaire de Bordeaux

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