Narcisse ou la floraison des mondes

  • Catégorie : Bordeaux Métropole

Yto Barrada, Couronne d’Oxalis, de la série Iris Tingitana 2007, photographie couleur montée sous diasec. 127x126,5x3cm (encadrée), collection Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, photo Jean-Christophe GarciaYto Barrada, Couronne d’Oxalis, de la série Iris Tingitana 2007
Collection Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA Photo Jean-Christophe Garcia

L’omniprésence des fleurs dans l’art contemporain signe le profond renouveau d’un sujet le plus souvent consi­déré comme ornemental. La fleur est une matrice puis­sante qui compose les trois-quarts de la biodiversité vé­gétale, produit l’air, le légume et le fruit.

C’est ce lien nécessaire, essentiel que les artistes tels que Bas Jan Ader, Yto Barrada, John Giorno, Camille Henrot, Suzanne Husky, Jeff Koons, Suzanne Lafont, Thu-Van Tran, Lois Weinberger, et bien d’autres encore, interprètent et ré­investissent aujourd’hui à travers de nouveaux regards.

Delphine Chanet, Epicène #5, 2019, série de 12 photographies, 61 x 48,5 cm chaque, production Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, © Delphine ChanetDelphine Chanet, Epicène #5, 2019, série de 12 photographies,
  Production Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, © Delphine Chanet
"Et d’abord qu’est-ce qu’une fleur"
questionnent Sixtine Dubly et Claire Jacquet commissaire de l'exposition.
"Une entité am-bivalente, entre force et fragilité, intimité et socié-té. Elle est le sexe de la plante frêle et matricielle.Elle est un enjeu de prédation, par nature politique. L’exposition Narcisse ou la floraison des mondes qui rassemble une centaine d’œuvres (vidéo, installation, peinture, dessin, photographie, sculpture) interroge la hiérarchie des genres artistiques et la fabrique du vivant industriel. Elle souligne les nouvelles sources d’inspiration que sont le mouvement écofémi-niste ou les récentes approches de la philosophie et des sciences.
Que ce soit par la morphogénèse, l’« être fleur » ou la pensée sauvage, les artistes multiplient les points de frottements avec cette fleur encore largement inconnue, dont seulement un cinquième a fait l’objet de recherches.Dès lors, Narcisse n’est pas tant le héros égocentrique qui domine et consume la terre, qu’un humain en pleine métamorphose, pressé de changer pour sur-vivre. Il est celui qui devient fleur et embrasse les contraires. Le Narcisse est la fleur du printemps et du renouveau, celle qui s’ouvre à la floraison des mondes."

L’exposition Narcisse ou la floraison des mondes interroge la hiérarchie des genres artistiques et la fabrique du vivant industriel. Elle souligne les nouvelles sources d’inspiration que sont le mouvement écofémi­niste ou les récentes approches de la philosophie et des sciences. Que ce soit par la morphogenèse, l’« être fleur » ou la pensée sauvage, les artistes multiplient les points de frottements avec cette fleur encore largement inconnue, dont seulement un cinquième a fait l’objet de recherches.

Pour cette exposition, des œuvres inédites de Hicham Berrada, Delphine Chanet, Suzanne Husky, Elodie Pong ont bénéficié d’une aide à la production du Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.

Bas Jan Ader Primary TimeBas Jan Ader, Primary Time, 1974 - © Bas Jan Ader, Fondation Louis Vuitton, Paris

Une exposition en 12 Chapitres

L’exposition se déroule en une série de chapitres donnant à voir les réflexions qui entourent la fleur. Ils indiquent, par leur thématique et leur titre, une progression dans le récit qui nous mène des conditions de la fleur pour exister jusqu’à son avenir (parmi et avec nous), en passant par ses différents états de métamorphose.

Cosmogonie

Sous ses airs frêles, la fleur est une matrice puissante. La fleur est aux origines des nourritures terrestres mais aussi du sauvage, des cosmogonies, d’une certaine magie. Pourtant, c’est le plus souvent sous un angle angélique, charnel et décoratif qu’elle a été convoquée dans l’histoire de l’art. Cet ornement coloré s’est tout de suite imposé comme un faire-valoir masculin, un reflet féminin, un vivant végétal par nature inférieur.
À l’aube du XXIe siècle, l’empreinte visible des activités humaines sur la terre dévoile la fragilité d’une nature qui semblait se régénérer à l’identique à chaque printemps. Cette soudaine menace fait de la fleur une géante dont le caractère sexuel et politique intrigue aujourd’hui les artistes tout en faisant vaciller les certitudes.
Avec : Jef Geys, Marianne Loir, Martial Raysse, Lionel Scoccimaro, herman de vriesLois Weinberger, Green Man, 2004, photographie couleur, 105 x 105 cm, collection Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, © Lois Weinberger, photo J. C. GarciaLois Weinberger, Green Man, 2004
Collection Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA © Lois Weinberger Photo J. C. Garci

Eros, la vie

La fleur est bien le sexe de la plante. Un sexe le plus souvent homme et femme à la fois, hermaphrodite de surcroît. Plus que l’érotisme, la floraison exprime l’incroyable pulsion du vivant, qui a permis aux plantes à fleurs (les angiospermes) de coloniser toute la terre et qui constitue les trois quarts de sa biodiversité.
Cet art de butiner le monde ou de se laisser butiner appartient aussi à l’activité de l’artiste qui embrasse les fleurs dont le génie et le façonnage dépassent encore l’entendement humain, mais dont la présence, l’observation, voire la mimésis, constituent déjà une jouissance.
Avec : François Aloujès, Mark Lewis, Patrick Neu, Man Ray

Les troubles du Printemps

À partir du Siècle des Lumières, le registre virginal du langage des fleurs cède la place à des interprétations polysémiques. La femme et la fleur se reflètent l’une l’autre, fragiles et convoitées. Elles sont « objets » et non encore véritablement « sujets ». Au XXesiècle, la fleur est toujours le miroir du regard de l’artiste, le plus souvent masculin. Elle sanctuarise la beauté et le pouvoir, moque la consommation, la séduction et la publicité. Elle vient – dans un abécédaire de moins en moins traditionnellement codifié – militer en faveur des libertés et des questions liées au genre et se retrouve en cette fin de XXe siècle sous une forme plus critique, presque sarcastique, qui préfigure le changement de regard de l’être humain sur la plante.
Avec : Nobuyoshi Araki, Jules Elie Delaunay, Hieronymus Galle, Jeff Koons, Robert Mapplethorpe, Pierre Molinier, Pierre et Gilles, Alain Séchas

Inventaire-Inventeurs

L’exercice de la collecte, et donc de l’herbier, est celui du jardin dans le jardin. Une mise en abîme précieuse et détaillée. Quand il réapparaît à la fin du XXe siècle, son principe demeure, mais sa forme et son concept ont évolué. Il est le plus souvent photographique. Le retour à la matière botanique, à travers la recherche et l’observation, élargit le champ de la création.
Avec : Armand Clavaud, Pierre Joseph, Suzanne Lafont

Une fleur à soi

Si aujourd’hui la fleur n’est plus employée comme faire-valoir d’un homme ou d’une femme, mais choisie par l’artiste pour elle-même, se pose alors à nouveau la question délicate de sa représentation. Que ce soit dans une photographie, une peinture ou une installation, l’artiste tente de transcrire sa vision de la fleur, en dehors des jugements de valeur et des conventions. Ce peut être une diffraction ou une construction, une présence ou une simple vibration cosmique.Pierre et Gilles Le désespéréPierre et Gilles, Le désespéré, 2013
Collection privée de Bernard Magrez © Photo Pierre et Gilles

Avec : Delphine Chanet, Florence Doléac, Joachim Mogarra, Jean-Luc Moulène, Ida Tursic et Wilfried Mille

La révolte des hortensias

Au XXIe siècle, l’écologie est prégnante, voire oppressante. Introduite physiquement dans les œuvres par le biais de l’Arte Povera, du Land Art, de l’écoféminisme, l’écologie devient un moteur artistique, un prisme de lecture. Après la forêt, l’arbre, c’est au tour de la fleur, moins sculpturale, plus périssable, et donc moins muséale, de devenir une source d’inspiration, un sujet politique, pour les artistes.
Avec : Bas Jan Ader, Yto Barrada, Suzanne Husky, Kapwani Kiwanga, Majida Khattari, Naufus Ramirez-Figueroa, Marc Riboud, Thu-Van Tran, Suzanne Treister

Les paradis artificiels

La fleur n’a pas échappé à l’industrialisation généralisée du quotidien. Conscients des enjeux liés à la production du vivant, les artistes s’en retournent aux champs, plus largement ils pénètrent les coulisses de la production « florale » en intérrogeant la prédation végétale.
Avec : Xavier Antin, Charles Fréger, Jeff Koons, Mathieu Mercier, Amy Yao

Jungle depuis ma fenêtre

L’idée que l’on se fait de la « vraie » nature (désormais si lointaine, stylisée) n’est plus celle d’un Paradis mais d’une menace. Comment l’apprivoiser à nouveau sous un angle apaisé ?
Avec : Maya Andersson, David Claerbout, Ernest T

La chambre double

Support revendiqué de la rêverie, la fleur est aussi cette muse phyto-active. Pavot ou cannabis d’un côté, passiflore ou camomille de l’autre. Elle excite ou apaise les sens et les imaginaires artistiques, abolissant les frontières, cette fois entre le réel et la fiction.Avec : Manuel Álvarez Bravo, Maya Andersson, Marc Camille Chaimowicz, Jacques Vieille

Kapwani Kiwanga Flowers for Africa GhanaKapwani Kiwanga, Flowers for Africa : Ghana, 2014 Collection FRAC Poitou-Charentes © Photo: Aurélien Mole ©Kapwani Kiwanga & Galerie Jérôme Poggi, Paris © ADAGP, Paris
Marc Camille Chaimowicz A Partial VocabularyMarc Camille Chaimowicz, A Partial Vocabulary, 1984 - 2008 Collection Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA © Marc Camille Chaimowicz Photo Jean-Christophe Garcia

Le noir floral

La morphogenèse, dont Goethe a eu l’intuition dans « Métamorphose des Plantes » (1790), a été confirmée par la science moderne et constitue un axe de recherche majeur. Elle désigne la capacité de la plante à modeler les différentes parties de son corps au fur et à mesure de sa croissance. Autrement dit, la fleur peut se dessiner elle-même ou co-créer, elle est libre et puissante.
Avec : Hicham Berrada, Josef Sudek

L’être-fleur

L’exercice consiste à tendre vers un état par nature inconnu. Il ne s’agit pas de devenir fleur à travers des expérimentations physiques trop intrusives, mais de faire résonner le mélange floral déjà présent dans le corps humain. Pour cela, l’artiste recherche des voies de traverse, oscille entre abandon et activisme.
Avec : Serge Comte, Sophie Grandval, Suzanne Husky, Elodie Pong, Shimabuku, Lois Weinberger

Politique de la métamorphose

Contre toute attente, le mythe de Narcisse est bien plus intéressant qu’il n’y laisse paraître. Après trois rencontres décisives, le jeune éphèbe se transforme in extremis, devant le Styx, le Fleuve des enfers, symbole des catastrophes écologiques qui menacent. Narcisse échappe à la mort, se réincarne en fleur, réconcilié avec lui-même et le monde. Il embrasse de l’autre côté du miroir les fleurs marines.
Avec : John Giorno, Hugues Reip, Jehan Georges Viber

NARCISSE OU LA FLORAISON DES MONDES
EXPOSITION JUSQU'AU 21 MARS 2020 / FRAC NOUVELLE-AQUITAINE MÉCA - BORDEAUX

 

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