Esclavage : Bordeaux poursuit le travail de mémoire

  • Catégorie : Bordeaux Métropole

L’ONU a fixé au 2 décembre la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage*. La Ville de Bordeaux s’associe à cette commémoration. Premier port colonial et troisième port négrier entre le 17ème et le 19ème siècle, Bordeaux a engagé un profond travail de mémoire .....

.... depuis plus de 10 ans, au travers de l'ouverture de salles sur l'esclavage et la traite négrière au Musée d'Aquitaine. En 2018, Alain Juppé a renforcé ce travail de mémoire et notamment sa visibilité dans l'espace public.

Lundi 2 décembre 2019 dans les jardins de l’hôtel de ville, à l'occasion de cette Journée internationale, Nicolas Florian maire de Bordeaux a inauguré une sculpture mémorielle de l'artiste réunionnaise Sandrine Plante-Rougeol. Il a aussi présenté 6 plaques explicatives portant des noms de négriers posées bientôt dans les rues.

Marthe Adélaïde Modeste Testas Le 10 mai 2019, à l'occasion de la journée nationale de commémoration de l'esclavage, de la traite négrière, et de leurs abolitions, un monument à l'effigie de Modeste Testas a été inauguré quai Louis XVIII par le maire de Bordeaux, en présence du sculpteur Woodly Caymitte dit Filipo, auteur de la statue, de Lorraine Steed, descendante de Modeste Testas et de la préfète de la Gironde et de la Nouvelle-Aquitaine.
Marthe Adélaïde Modeste Testas Marthe Adélaïde ModesteTestas née Al Pouessi (Afrique orientale 1765 –St Domingue 1870), esclave africaine déportée à Saint-Domingue achetée par des Bordelais.
Le travail de mémoire entrepris par la Ville de Bordeaux s'est traduit par différentes actions, dont la pose d'une plaque commémorative sur les quais en 2006, l'inauguration de salles permanentes dédiées à l'esclavage et à la traite négrière au Musée d'Aquitaine en 2009, l’installation d’une statue à l’effigie de Modeste Testas esclave déportée à Saint-Domingue par des Bordelais, inaugurée le 10 mai 2019 sur les quais rive gauche de la Garonne, la transformation du square autour du buste de Toussaint-Louverture sur la rive droite en un mémorial à ciel ouvert, ou encore la création du Jardin de la mémoire au Jardin botanique.

Bordeaux a été, entre la fin du 17ème siècle et le début du 19ème, le premier port colonial pour le commerce en droiture et le troisième pour la traite négrière. 150 000 esclaves ont été déportés. Ces crimes contre l’Humanité ne peuvent être effacés ni réparés. Mais cette histoire doit être assumée et regardée en face, car l’esclavage produit encore ses effets. Les théories racistes continuent encore aujourd’hui à fracturer la société et servent de légitimation à la haine.

*Date anniversaire de l'adoption par l'Assemblée Générale des Nations Unies, de la Convention pour la répression et l'abolition de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui, le 2 décembre 1949.

Action phare du plan d’actions mémoire, six plaques portant le nom de Bordelais de renom et négriers reconnus seront posées en début d’année 2020.

  • Cours Journu-Aubert : Bernard Journu-Aubert (1748-1815) a été président du Tribunal de commerce (1792-93) puis de la Chambre de commerce de Guyenne, conseiller général, député et sénateur. Il a été impliqué indirectement dans la traite des Noirs puisqu’il était associé dans sa jeunesse au déploiement des activités de négoce familial par le biais de la société Journu Frères. Celle-ci a organisé cinq expéditions de traite négrière entre 1787 et 1792.
  • Rue Mareilhac : Jean-Baptiste Mareilhac (1756-1838) a été maire de Bordeaux en 1796 et conseiller général de 1800 à 1807. Ce riche armateur était membre de la Chambre de commerce et délégué du Conseil de commerce de Bordeaux. Il a investi dans le système de production et d’échanges transatlantique. Il est désigné comme l’un des neuf délégués du Conseil du commerce de Bordeaux devant rédiger un rapport en réponse à l’enquête lancée par le gouvernement à propos du devenir de la loi contre l’esclavage en 1801-1802. Il s’associe le 15 février 1802 à ses conclusions favorables à son rétablissement Outre-mer. Il aurait organisé une expédition négrière en 1792.
  • Rue Gramont : Jacques-Barthélemy Gramont (1746-1816) a financé trois expéditions de traite : une en 1783 et deux autres en 1803. Il devient consul de la Bourse de Bordeaux en 1784. Il est conseiller général de Gironde entre 1800 et 1807 et président de la Chambre de commerce de Bordeaux de 1806 à 1809. Il est nommé adjoint au maire de Bordeaux en 1806 puis maire pendant les Cent Jours le 2 mai 1815. Il est l’un des cinq négociants qui font partie de la commission de neuf membres qui représente Bordeaux auprès de Napoléon Bonaparte lors du débat sur le rétablissement de la traite des Noirs en 1801-1802 dont le rapport plaide en faveur de la « liberté de commerce » et donc de la traite.
  • Passage Feger : Il s’agirait des Feger-Latour. Entre 1742 et 1783, ils ont expédié six navires pour la traite sur cent vingt et un armements coloniaux. C’est dans les années 1770 que des Feger-Latour sont associés aux diverses facettes du négoce transatlantique et caribéen dont la traite des Noirs. Les membres de la famille font partie des notables de la ville et sont membres de la Chambre de commerce de Guyenne.
  • Rue David Gradis : La firme David Gradis et Cie a armé deux cent vingt et un navires pour les colonies de 1718 à 1789 dont dix pour la traite des Noirs. La firme gérée par la même famille depuis l’origine se maintint jusqu’au XXe siècle. En 1724, David Gradis (1665-1751) acheta près du cours de la Marne un terrain qui devint le premier cimetière juif de Bordeaux. C’est à ce titre et parce que ses descendants furent aussi des notables bordelais que son nom a été donné à cette rue.
  • Rue (Pierre et Paul) Desse : Pierre Desse (1760-1839), marin bordelais, a été capitaine de quatre expéditions négrières entre 1789 et 1818 et s’est aussi illustré comme capitaine corsaire. Il connut la gloire pour avoir sauvé quatre-vingt-douze hommes d’un navire hollandais en perdition (le Colombus). La Chambre de commerce de Bordeaux fait frapper en 1823 une médaille en son honneur. Son neveu Paul (1808-1862) sauva lui aussi cent douze hommes d’un navire anglais (le Marquis de Campden) en perdition en mer de Chine ce qui lui valut, semble-t-il, d’être associé à son oncle pour la dénomination de la rue.

 

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