Construction : une exposition du designer Martin Szekely

  • Catégorie : Bordeaux Métropole
Musée des Arts décoratifs et du Design du 26 avril – 16 septembre 2018
Musée des Arts décoratifs et du Design du 26 avril – 16 septembre 2018

Le musée des Arts décoratifs et du Design (madd-bordeaux) invite le designer Martin Szekely à exposer son travail dans l’ancienne prison, nouvel espace d’exposition situé à l’arrière de l’hôtel de Lalande. Cette présentation sera l’occasion pour le public de découvrir un ensemble ....

... d’une quarantaine de pièces du designer, réunies autour du thème de la construction. Conçus entre 1981 et 2018 - le plus récent d’entre eux, The Drawers and I, est en cours de production et sera ici présenté pour la première fois – ces meubles et ces objets semblent réinventer leur composition même : ils sont tous le résultat d’un défi structurel.

Exposition Construction, Martin Szekely - madd-Bordeaux

Pour Martin Szekely, construire relève de l’essence même du métier du designer : « J’envisage ma pratique sous l’angle du constructeur et de l’usage qui sera fait de ma construction ; ce qui implique d’emblée l’usager, son corps et son environnement. Qui implique l’usager, appelle l’histoire des usages. Qui construit - ce qui est le propre du designer contrairement à l’artiste qui peut se suffire des idées - appelle l’histoire des structures et des technologies qui les sous-tendent ».

Exposition Construction, Martin Szekely - madd-BordeauxExpérimentant tous les matériaux, traditionnels ou nouveaux, Martin Szekely aborde chaque projet comme une nouvelle remise en question. Ses pièces rendent perceptibles des principes physiques qui questionnent notre rapport au monde matériel. Dans l’espace, les meubles et les objets du designer affichent leur précision mathématique, résultat d’un travail expérimental sur l’équilibre à partir de données de masse, de pesanteur et de réseaux de forces, le plus souvent invisibles à l’œil nu.

Sa réflexion est corrélée à une recherche de simplification pour approcher, avec exigence, l’état limite des matériaux. Dans ce processus de réduction, voire d’effacement, le designer tend vers un dispositif structurel a minima. Les pièces paraissent simples, évidentes et possèdent une dimension universelle. Cette notion de minimum, qu’elle soit visuelle ou structurelle, est, pour Martin Szekely, partageable  avec tous.

Les œuvres présentées - toutes des pièces d’usage – rayonnent dans l’espace de la prison. Elles ne se contentent pas d’occuper le lieu mais s’en saisissent. Simplifiées à l’extrême, elles offrent la quintessence même de leur forme. S’en dégage une dimension cachée.

Cette exposition ambitionne de montrer, par un travail historique et thématique, la voie singulière empruntée par ce grand designer.

Exposition Construction, Martin Szekely - madd-Bordeaux

L'exposition

Le musée des Arts décoratifs et du Design invite Martin Szekely à exposer dans l’ancienne prison, nouvel espace d'exposition, une quarantaine de pièces réunies autour du thème de la construction.

« Construire est un langage de spécialiste même si chacun de nous, à un moment donné de sa vie, en a fait l’expérience. Construire des châteaux de sable implique, par exemple, une multitude de questions et problèmes à peine encore résolus par les sachants. Pour ma part, j’ai une approche dans ce domaine plus intuitive que savante. Quand une nouvelle question se présente, ma réponse se nourrit d’une multitude d’expériences vécues. Je ne suis pas en mesure de calculer une structure à l’état de projet mais je la ressens tant d’un point de vue physique que cérébral. Nombre de fois, je me suis opposé aux ingénieurs qui me prédisaient le pire, mais en fin de compte nos approches respectives s’additionnent pour parvenir au résultat désiré ; l’intuition et la science font bon ménage.

Exposition Construction, Martin Szekely - madd-BordeauxÀ l’origine d’une construction, il y a le matériau, lui-même fait de réseaux de forces complexes souvent invisibles à l’œil nu. Les ingénieurs essaient de traduire la construction en modèle mathématique mais seule l’expérimentation matérielle embrasse l’ensemble des données en jeu. Mon travail est de penser ce qu’il adviendra du dispositif structurel a minima imaginé en situation dynamique ou en charge.

Le matériau est une donnée importante parmi d’autres. Un matériau dicte par lui-même la façon dont on doit l’envisager et le travailler compte-tenu de son histoire, de ses connotations et de sa constitution physique. Un matériau est une sorte d’organisme régi par ses qualités intrinsèques. Dans le passé, les objets étaient le plus souvent soit mono-matière (terre, cuir, bois, pierre…), soit faits de matériaux juxtaposés ou assemblés. Ces dernières années a eu lieu une révolution : l’avènement de la colle, ce qui a permis d’envisager les « matériaux composites » (fibre de carbone et résine, nid d’abeilles en aluminium et feuilles d’aluminium, plâtre haute densité, latté de bambou…). Un matériau composite surpasse en solidité la résistance de chacun de ses composants pris isolément. De leur cohésion résulte un matériau inédit, pourvu de qualités nouvelles. Cela revient à envisager une infinité de possibilités pour chacun des cas.
Ainsi, nous pouvons penser le matériau en fonction de l’objet à réaliser, et non plus adapter l’objet au matériau existant, ce qui modifie en profondeur l’approche du projet. Quant à construire « à la limite », c’est, de mon point de vue, travailler de plain-pied dans l’actualité des évolutions techniques. Cette limite se déplace au fil des inventions et des expériences. Il suffit de voir l’évolution de mon approche sur le thème de l’étagère à l’aune de toutes les expériences faites de par le monde. Il s’agit de se tenir au courant et de regarder de près les inventions ou modifications qui surviennent. C’est, de fait, une spécialisation qui a à voir avec la réalité du monde tangible, sa matérialité. Mais plus qu’une spécialisation qui serait une quantité de savoirs dans un domaine circonscrit, je crois plutôt qu’il s’agit de concentration dans un domaine sans limite. »

Martin Szekely
Extrait de la conversation épistolaire entre Martin Szekely et Constance Rubini (octobre 2017 - janvier 2018) qui sera publiée dans le catalogue de l’exposition.

Constance Rubini a souhaité accompagner la présentation des œuvres de Martin Szekely d'une composition musicale qui permettrait au public de créer des correspondances entre les choses vues, entendues et touchées. Ensemble, avec Martin Szekely, ils ont choisi de faire écouter la musique du compositeur américain Morton Feldman (1926-1987).

Pour Martin Szekely, « la musique, comme la lumière est une espèce de fluide qui s’immisce dans tous les interstices de l’espace disponible et jusqu’au fond de notre système auditif. Plus on s’éloigne de la source, plus l’effet se dissipe. Selon la proximité ou l'éloignement, cela peut s’avérer physiquement insupportable. Il s’agit de se trouver à la bonne distance pour éprouver aisément la chose. Parce qu'elle est avant tout une expérience physique, la musique peut se muer en instrument de torture ; question de dosage, de qualité et d’intensité ; aliénation, surdité et folie peuvent en être la conséquence.
Écouter la musique de Morton Feldman est différent. C’est, ni plus ni moins, respirer ou se mouvoir dans l’espace ; un acte vital qui ne nécessite pas de réflexion préalable. Elle n’illustre rien et ne vous mène nulle part. Un bruit de fond à l’image du paysage qui nous contient. Une musique qui ne s’impose pas, vers laquelle on peut aller et venir, une présence qui se substitue au vide et nous rend compte de la distance qui nous sépare des choses du monde. Il est à noter qu’elle n'est née d’aucun dictat ou d'aucune école, et Morton Feldman s’en est trouvé isolé. Un isolement qui embrasse l’universel. Reste à prouver ce que j’avance et faire écouter cette musique aux gens de contrées éloignées. Je suis confiant ».

Exposition Construction, Martin Szekely - madd-Bordeaux

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